éditorial



Jospin est fidèle à son camp, celui du patronat,
soyons fidèles au nôtre

Lors de l’université d’été du Parti Socialiste, Jospin a longuement plaidé pour prouver sa fidélité à ses engagements et expliqué avec de nombreux exemples à l’appui qu’il n’avait rien promis ni dit qui corresponde à une remise en cause un tant soit peu radicale de la politique des gouvernements précédents. Et en particulier bien sûr, qu’il n’avait jamais dit qu’il abrogerait les lois Pasqua-Debré sur l’immigration. Jospin réclame notre confiance, et bien, acceptons ce qu’il nous dit. C’est vrai, il n’a jamais dit qu’il affronterait la droite et le patronat sur le terrain des lois réactionnaires sur l’immigration pas plus que sur les problèmes sociaux. Pourquoi lui faire un mauvais procès ? Il n’a jamais pris le moindre engagement à l’égard des classes populaires et surtout à l’égard des travailleurs, des chômeurs, des exclus ou des jeunes. Ceux qui lui prêtent des intentions qu’il n’a jamais eues sont ceux qui en ont eu besoin pour justifier leur participation au gouvernement, les Verts ou le Parti Communiste ou ceux qui nous demandent de le soutenir, de l’aider, de le pousser...

Jospin a toujours dit qu’il était au pouvoir pour défendre les " intérêts de la France ", c’est-à-dire de ceux qui dans ce pays jouissent des privilèges et du pouvoir économique ou social. Il n’a jamais pris le moindre engagement à notre égard.

" Au rythme où vont les choses, on finira par se dire, un jour, qu’il vaut mieux être de gauche pour faire en toute bonne conscience et sans crainte d’être dérangé, la politique de la droite. " concluait la semaine dernière un éditorial du Figaro. Derrière le dépit de la droite, il y a l’aveu d’une certaine vérité, celle que la gauche mène exactement la même politique que la droite. La raison en est simple, il n’y a pas de politique de droite ou de gauche, il ne peut y avoir qu’une politique au service des classes possédantes ou une politique au service du monde du travail.

Robert Hue réclame " un vrai changement ". Louis Viannet pour la CGT lui emboîte le pas. Ils ont indiscutablement raison, mais ce " vrai changement " ne peut venir d’un gouvernement qui n’a d’égard que pour les riches et le patronat, les autorités en place, de cette " gauche réaliste " qui se met à genou devant les classes dominantes comme devant le pape.

Alors il faut choisir, ou soutenir un gouvernement qui n’a pris aucun engagement à l’égard du monde du travail et dont tous les actes comme les déclarations prouvent qu’il entend servir les classes privilégiées ou rester fidèle aux intérêts des travailleurs, des chômeurs, des exclus, des jeunes. Cela veut dire se préparer à la lutte, se donner les moyens de peser sur la vie politique et sociale, s’organiser.

Le " vrai changement " ne pourrait venir que d’un gouvernement qui serait réellement engagé vis à vis des travailleurs, dont les membres comme les organisations et partis qui le soutiendraient, se soient engagés sur un programme de défense des travailleurs et des chômeurs et sur les moyens de le réaliser, c’est-à-dire l’organisation et la mobilisation dans les entreprises, les bureaux, les quartiers du monde du travail. Seul un gouvernement constitué par les organisations des travailleurs, des partis se revendiquant de la défense de leurs intérêts pourrait réellement apporter des solutions au chômage comme au recul de la société parce que seul un tel gouvernement oserait et pourrait s’en prendre aux riches et au patronat.

Le programme de ce gouvernement ne pourrait être que le programme autour duquel nous devons unir nos forces pour nous défendre et mettre un coup d’arrêt à une situation qui ne cesse de se dégrader.

Oui, il faut une revalorisation globale des salaires. Viannet a raison, il ne devrait pas y avoir de salaire inférieur à 8500 F par mois. Il faut les 35 heures immédiatement, pas pour l‘an 2000, et sans diminution de salaire. Contre le chômage, il faut imposer la répartition du travail sous le contrôle des organisations ouvrières et de façon plus générale, il faut garantir le droit à la population laborieuse d’exercer son contrôle sur la marche des grandes entreprises, des banques, comme de l’administration et de l’Etat.

Ce programme ne pourra prendre vie que par notre mobilisation, notre organisation, notre volonté d’agir pour empêcher que la société ne s’enfonce dans la crise, dans le désordre, dont les forces réactionnaires, l’extrême-droite, les Le Pen et autres profiteraient pour nous imposer leur loi.

La bourse, les financiers, les politiciens qui les servent, affichent leur euphorie, pour eux, tout semble aller pour le mieux. Ils bluffent, leur monde et leur société craquent de partout pourris par la loi du fric, la course folle au profit. Parfois les plus adulés d’entre eux en sont eux-mêmes les victimes, mais c’est toute la société que leur folie conduit au drame.

Si Jospin ne veut pas abroger les lois Pasqua Debré, c’est qu’il veut mener la même politique qu’eux !

Devant les réactions de protestation suscitées par la parution du projet de loi de Chevènement, Jospin, Chevènement et certains ministres socialistes ont tenté d’allumer un contre-feu en déclarant que tout cela n’était que querelle sur les mots et qu’il ne fallait pas s’attacher à des symboles, l’abrogation des lois Pasqua-Debré, mais au contenu de la nouvelle loi.

Le problème, c’est que le contenu est à la hauteur du symbole : le projet de Chevènement reprend l’esprit et les principales dispositions des lois précédentes parce qu’il s’inspire de la même logique qui est de faire des immigrés des boucs émissaires des problèmes sociaux actuels.

Une loi aussi répressive contre les immigrés que les précédentes

Tout d’abord ce sont les mêmes hommes, les préfets, qui auront la responsabilité d’appliquer la loi et ils le feront sous le contrôle du même directeur des libertés publiques que sous Debré. La politique des visas instaurée par Pasqua est maintenue. Seule différence en cas de refus, il faudra motiver la décision mais il n’y a pas d’obligation de délai qui est aujourd’hui en moyenne de 4 ans ! Enfin, le projet de loi maintient les dispositions les plus réactionnaires : la double peine qui ajoute à la condamnation pour un délit commis par une personne de nationalité étrangère, une mesure d’expulsion même si elle a vécu toute sa vie en France et n’a aucune attache ailleurs, les tracasseries concernant les mariages français-immigrés sont maintenues, notamment le droit pour un procureur de s’y opposer s’il soupçonne un mariage blanc. La loi prolonge le délai de rétention à 21 jours dans le but de rendre les expulsions plus faciles ce qui est la volonté avouée du projet Chevènement.

La loi Chevènement sera donc dans la logique des lois Pasqua et Debré, qui a d’ailleurs dit qu’il serait prêt à la voter.

Un recul devant l’opinion publique réactionnaire qui est le pendant de la servilité de la gauche devant les possédants

Les socialistes justifient souvent le fait qu’ils ne peuvent pas prendre des mesures favorables aux travailleurs parce que " la situation économique ne le permet pas ". Dans le cas de l’immigration, les socialistes prennent souvent comme le fit Mitterrand pour justifier le fait qu’il ne donnait pas le droit de vote aux immigrés dans les élections locales comme il s’y était engagé, le prétexte de " l’opinion publique ". Derrière cela, c’est en fait leur propre pleutrerie que les socialistes mettent en avant, car à supposer que " l’opinion publique " soit hostile à l’immigration, - ce que les manifestations de dizaines de milliers de jeunes notamment contre les lois Debré-Pasqua mettent en doute - il y a bien des domaines dans lesquels les socialistes n’hésitent pas à affronter le mécontentement de l’opinion publique, et notamment celle des milieux populaires et des salariés pour imposer des mesures qui sont défavorables aux travailleurs.

L’immigration sert au gouvernement de gauche, comme à tous les gouvernants, d’alibi commode : car si les vrais responsables du chômage et de la situation actuelle, les possédants, ne sont pas désignés, il faut alors en désigner d’autres : les immigrés. En ce sens, le gouvernement Jospin ne diffère pas des gouvernements de droite mais aussi de tous les gouvernements de gauche qui les ont précédés : pour servir les intérêts des riches, il faut s’en prendre aux pauvres.

Les mesures de Chevènement concernent au-delà des travailleurs immigrés, l’ensemble des travailleurs. C’est une déclaration de guerre aux plus exploités et aux plus vulnérables, et c’est l’affirmation politique que le gouvernement Jospin n’hésite pas y compris à renier les quelques promesses qui ne l’engageaient pas à grand-chose, pour s’en prendre aux travailleurs et servir les intérêts des patrons.

Le peuple algérien soumis a la terreur des bandes armées des intégristes et de l’Etat pendant que l'impérialisme s’approprie les richesses du pays 

Des massacres pour soumettre la population, qui font autant le jeu des généraux algériens que des dirigeants intégristes

Le massacre de Raïs, qui a fait plus de 300 morts, a été le plus meurtrier de tous ceux qui se sont succédé quasi quotidiennement pendant les mois de juillet et d’août. Dans le week-end qui a suivi, une cinquantaine de nouveaux assassinats ont été commis. Depuis 1992, où les attentats terroristes des intégristes et la répression de l’armée algérienne ont pris une ampleur meurtrière, c’est 60 000 Algériens qui sont morts. L’Algérie connaît depuis cette époque une véritable guerre civile entre deux bandes armées qui se disputent le pouvoir : celles des intégristes et l’armée algérienne.

Les méthodes des uns et des autres sont à ce point semblables qu’il est difficile de dire à qui les massacres doivent être attribués. A des groupes du GIA qui essaient par la terreur de contraindre la population à les soutenir ? A des groupes proches du pouvoir qui veulent terroriser les paysans de la Mitidja, cette plaine fertile au sud d’Alger, pour s’accaparer leurs terres  ? A des membres des services de sécurité, opposés aux négociations qui semblent engagées entre le pouvoir et le FIS après la libération de deux de ses leaders Hachani et Madani et qui voudraient par ces massacres rendre toute négociation impossible ?

La terreur contre la population va tellement dans le sens de leurs intérêts, soumettre par la terreur la population à l’ordre social, qu’il est difficile de répondre. Les survivants de Raïs ont souligné l’absence d’intervention de l’armée alors qu’une caserne était à proximité du village et que les incendies de maisons et les rafales d’armes automatiques ne pouvaient pas passer inaperçus.

Il est vraisemblable de penser que les intégristes ont massacré et que l’armée a laissé faire. Cela correspond à la logique des uns et des autres : les intégristes contraignant la population à les soutenir sous peine d’être massacrée et l’armée, laissant massacrer des populations qui par le passé avaient soutenu le FIS, pour bien faire mesurer le prix de sa protection et les contraindre à s’incorporer dans les " milices patriotiques " mises en place dans les villages sous contrôle gouvernemental.

Un accord entre les généraux et les dirigeants intégristes est-il possible ?

Certains dirigeants algériens semblent se poser le problème d’une négociation avec le FIS, comme en témoignent les libérations de deux de leurs dirigeants. Madani, le principal dirigeant du FIS, a saisi l’occasion d’une intervention de Kofi Annan, le secrétaire général de l’ONU à la suite des massacres, pour lancer une proposition de trêve en préalable d’une discussion avec le gouvernement. Cette politique malgré les difficultés et les résistances qu’elle peut rencontrer, pourrait aboutir à un compromis entre le pouvoir actuel et les leaders intégristes. Mais cette solution ne signifierait pas forcément la fin du terrorisme contre la population et elle s’accompagnerait de toute façon d’une répression par l’armée et d’un encadrement de la vie sociale par les intégristes, appuyés par les moyens de l’Etat qui soumettraient le peuple algérien à une dictature aussi féroce qu’aujourd’hui.

En tout cas, quelle que soit l’issue de ces négociations, l’armée et les chefs intégristes savent bien quels intérêts il faut ménager. Car si la population algérienne subit le terrorisme des uns et le contre-terrorisme des autres, les intérêts de la bourgeoisie algérienne et des pays impérialistes sont soigneusement préservés par les deux cliques qui se disputent le pouvoir.

L’impérialisme continue à piller les richesses du pays

Pendant que la population est soumise au terrorisme et à la répression, les recettes rapportées par le gaz et le pétrole ont considérablement augmenté ces derniers mois. La hausse de la production et la hausse du dollar ont sensiblement accru les recettes tirées des exportations de pétrole et de gaz, qui constituent 97 % des exportations algériennes. Mais le peuple algérien n’en profite absolument pas et les promesses du gouvernement de consacrer une partie de ces ressources à créer des emplois et à construire des logements, sont dérisoires.

Ce sont les bourgeois algériens et les dignitaires du pouvoir qui s’accaparent une partie de ces richesses. Mais ce sont surtout les banques et les compagnies occidentales qui en empochent la plus grande partie. Les compagnies pétrolières américaines qui peuvent désormais avoir accès au pétrole et au gaz algériens, autrefois contrôlés par une compagnie d’Etat, la Sonatrach, mais aussi et surtout les compagnies et les banques de l’impérialisme français, s’approprient les richesses produites par le peuple algérien. Le trust coréen Daewoo va investir un milliard de dollars en Algérie. Tant que les profits rentrent tout va bien. Et la terreur exercée contre la population est la garantie pour l’instant de ce qu’ils appellent le " calme social ", c’est à dire de la possibilité de piller en toute impunité les richesses du pays. Ce que le ministre des Affaires étrangères du gouvernement Jospin, Hubert Védrine, a cyniquement exprimé en disant après le massacre de Sidi Raïs : " il appartient aux Algériens de trouver entre eux une solution à leurs problèmes. "