Quand les salaires font aussi de linterim...
Un jeune, son diplôme déducateur en poche, est recruté par une boîte dintérim de Rouen pour aller travailler dans un centre départemental déducation, afin de faire les services de nuit et de week-end. Dès le premier mois, son salaire ne correspondait pas aux heures effectivement faites. La vérification du bulletin de salaire, qui sest révélé un véritable casse-tête, a pris un après-midi entier, avec laide dune amie compétente, calculette à la main. Il pose donc la question à la boîte dintérim qui lui répond que nayant pas reçu du centre le décompte exact des heures, ils ont calculé un salaire moyen, mais que tout sera régularisé par la suite. Il en a été de même le deuxième mois. Au cours de ce deuxième mois, léducateur sest trouvé en arrêt maladie. Il sest aperçu au bout de quelques temps quil navait pas perçu dindemnités journalières, bien quil ait envoyé ses feuilles darrêt. Renseignement pris auprès de la caisse de Sécu, il a eu lagréable surprise de constater quil navait pas été déclaré. La Sécu lui a donc remis un formulaire à faire remplir par lemployeur, pour permettre louverture de ses droits. La boîte dintérim a fait traîner laffaire. Dans le même temps, le problème du décompte des heures nétait toujours pas réglé, par la " faute de lordinateur ". Comme léducateur commençait à manifester un certain agacement, la boîte dintérim a mis fin à sa mission en oubliant de lui payer son dû, qui se montait à ce moment-là à 2 600 F dheures non payées (astreintes...) sur les 3 mois. Par ailleurs, la déclaration à la Sécu navait toujours pas été faite. Celle-ci ayant menacé dengager des poursuites à lencontre de la boîte dintérim, et après lintervention par téléphone dun inspecteur du Travail, lordinateur de la boîte sest miraculeusement remis en marche et les heures dues ont enfin été payées.
Le chômage engendre la pauvreté et attire les charognards !
Une étude du CERC, organisme de statistiques supprimé par Balladur en 1994, qui pensait quen cassant le thermomètre on pourrait supprimer la fièvre, fait état de la dégradation croissante de la situation sociale. Le nombre de ménages dont la vie dépend des revenus sociaux minimums - de 1131 F à 3433 F mensuels - est passé de 2,3 millions en 70 à 3,3 millions en 1995 soit une hausse de 43 %. Si lon prend en compte les personnes vivant au sein dun ménage touchant ces revenus minimums, leur nombre a doublé en 25 ans pour atteindre un total de six millions fin 1995.
Mais les ressources consacrées à ces minimums sociaux nont pas augmenté : les 80 milliards de francs dépensés pour ces revenus sociaux minimums ne représentent que 1 % du Produit Intérieur Brut et autour de 4 % des dépenses de protection sociale soit en fait un peu moins quen 1982.
Laccroissement de la pauvreté nest pas mystérieux, il est le produit du chômage. Une étude de la Caisse Nationale dAllocations Familiales a estimé que sur 10 chômeurs de longue durée, 2 devenaient RMIstes au bout de trois mois, cest-à-dire que si le nombre de chômeurs de longue durée saccroît de 100 000 personnes, celui des prestataires du RMI augmentera de 20 000.
Pas étonnant dans ces conditions que la chaîne Crazy-George, qui fait payer aux plus pauvres le double du prix des produits déquipement les plus élémentaires, ait ouvert un nouveau magasin au Havre. Jadis Jospin navait pas manqué de sindigner de louverture du premier magasin de ce type. Aujourdhui, cest lui qui leur fournit les clients.
SNCF vue côté jardin (du ministère) et côté chantier (des cheminots)
Pour 1997 la SNCF prévoyait d'embaucher 5000 personnes. Le gouvernement a décidé 1000 embauches supplémentaires au statut. La SNCF embauchera donc 6000 personnes cette année. Et tous ceux qui s'acharnent à nous prouver que le gouvernement " va dans le bon sens " d'applaudir...
Seulement la SNCF elle-même estime à 6700 le nombre de départs pour 1997. Ce qui fait qu'au bout du compte il y aura un déficit de 700 embauches. Et cela après les milliers de suppressions de postes des années précédentes.
Sur le terrain les cheminots savent bien que, loin d'aller " dans le bons sens ", c'est de pire en pire.
Sur la région de Rouen-Sotteville les exemples abondent :
Aux ateliers de Quatre Mares, alors que la réparation de nouvelles machines, les " 25000 ", s'effectue dans des conditions de sécurité de plus en plus limites, on parle de refaire des heures supplémentaires le samedi matin mais pas d'embauches.
Chez les contrôleurs de Rouen c'est l'effectif minimum. Des congés sont refusés en permanence, des journées de travail bricolées, des agents mobilisés en réserve pour pallier le manque d'effectif.
Au dépôt de mécaniciens, ce sont des dizaines de trains supprimés par manque d'engins moteurs ou de mécaniciens. Et là aussi les congés sont refusés, les roulements de pire en pire.
Au service intérieur (dégarage des engins moteurs), c'est une nouvelle réorganisation des secteurs et des horaires, avec un effectif en baisse.
Au triage la direction veut supprimer un chantier et réduire les effectifs. A la suite d'une première mobilisation elle a repoussé la date de fermeture à octobre. Mais le problème reste entier.
Les cheminots sont d'autant plus furieux qu'il y a de nombreux employés en CES ou CDD que la direction se refuse à transformer en emplois fixes.
Il y a les belles phrases au niveau du gouvernement et il y a la réalité vécue par les cheminots. A trop tirer sur la corde des effectifs et des conditions de travail, la direction SNCF pourrait bien finir par faire éclater la contradiction...
La Poste championne de la précarité
La Poste applique les critères de rentabilité pratiqués dans le secteur privé : en premier lieu la baisse des effectifs. Pour faire davantage d'économies, elle favorise la précarité en remplaçant les fonctionnaires titulaires par des contractuels sous-payés. En trois ans, 4165 contractuels ont remplacé 15 586 postiers, c'est-à-dire plus de un pour trois. Selon le bilan social de 1996, les chiffres parus sont parlants : plus de 20 % des effectifs de la Poste sont sous contrats précaires divers, CDD, CDII, CES et similaires, apprentis, etc.
La grande majorité de ces contrats est composée d'emplois à temps partiel allant de vingt minutes par jour à 6h 30. Des contrats appelés CDII, contrats à durée indéterminée intermittents (!) autorisent la Poste à employer de 1000 heures à 1400 heures par an un contractuel, quand elle en a besoin. Fi des week-end, des sorties avec les enfants ou tout simplement du moment prévu pour faire les courses. Un coup de fil et tu bosses. Mais il faut rester près du téléphone car si on ne répond pas immédiatement présent, on risque de ne plus avoir de boulot l'an prochain.
Le résultat est qu'à la Poste, près de 16 % du personnel perçoit moins de 3 000 F de salaire mensuel. Car il faut compter dans ce nombre grandissant, les CES, apprentis, CEC (contrat emploi consolidé) qui font la fortune des exploiteurs sans que soit garantie aux employés par leur salaire leur propre survie.
L'Etat se prépare maintenant à financer la Poste pour qu'elle crée 5 000 emplois-jeunes. Et voilà qu'une nouvelle flopée d'emplois précaires est annoncée par le gouvernement et la direction générale de la Poste en prévoyant néanmoins qu'ils seront cette fois à temps plein. Mais ces emplois-jeunes ne sont qu'une ènième variante de contrat puisqu'ils se terminent dans le meilleur des cas au bout de cinq ans et qu'ils sont renouvelables chaque année. Rien n'est prévu pour les transformer en emplois définitifs et ils ne peuvent pas donner accès au statut de fonctionnaire. D'autre part, dans la mesure où l'effectif global n'augmente pas, et même diminue, cela veut dire que ces contrats en remplaceront d'autres. C'est à dire que la Poste supprimera d'une main les emplois qu'elle est censée créer de l'autre.
Education nationale : des mesures pour le communiqué
Mardi 27 août, nous avons vu apparaître Ségolène Royal sur les chaînes de télévision. Il fallait quelle annonce une bonne nouvelle aux parents denfants scolarisés et aux enseignants : 800 postes sur les 1200 qui devaient être supprimés à la rentrée vont être réouverts en maternelle et primaire, dans les zones rurales et les quartiers en difficulté.
Pour maintenir ces 800 postes, Ségolène Royal va puiser dans le volant des instituteurs remplaçants, ce qui augure mal du remplacement déjà problématique des instituteurs malades durant lannée scolaire. Dautre part, elle a récupéré aussi une centaine de postes dans les réserves du ministère - postes-soupapes qui servent toujours à la rentrée quand parents et enseignants manifestent, occupent des écoles en réclamant louverture dune classe -... En tout et pour tout, le ministère concède donc la création de 300 postes ce qui apparaît comme une goutte deau face aux besoins de lenseignement en maternelle et primaire.
Somme toute, il y aura 400 postes de moins par rapport à la rentrée 1996 ! Il ny a donc pas de quoi parader...
Dans le même temps, le ministre de lEducation nationale annonce lemploi de 75 000 jeunes dici deux ans dans les écoles, des aide-éducateurs comme il les appelle déjà. Mais ces jeunes, payés au SMIC sous contrat, seront embauchés sans formation dans des zones sensibles, difficiles ou rurales. Cela ne réglera pas ce que réclament depuis des années les instituteurs : la création de postes, une baisse réelle des effectifs dans les classes car il y a encore 30 enfants par classe en maternelle par exemple, le maintien du personnel municipal - les dames de services ou ASEM qui jouent par leur savoir-faire un rôle important pour aider les institutrices en maternelle dautant plus que la scolarisation des enfants de deux ans est de plus en plus appliquée.
Il y a toutes les chances pour que ces futurs aide-éducateurs soient utilisés au maximum et même exploités sans pour autant leur donner un travail stable et définitif.
Inde : un pays victime du colonialisme et de l'impérialisme
Il y a maintenant presque un mois, lInde a commémoré le cinquantième anniversaire de son indépendance (15 août 1947). En Inde même, les cérémonies officielles nont pas suscité beaucoup denthousiasme parmi la population... Et pour cause, cette date nest en rien pour elle synonyme dindépendance et de liberté. Bien au contraire, non seulement lannée 47 fut une des années les plus sanglantes pour les masses pauvres indiennes. La partition de lInde en deux Etats, lInde et le Pakistan, décidée arbitrairement par limpérialisme anglais afin de mieux sauvegarder ses intérêts selon la logique " diviser pour régner ", aboutit à lexode forcé de plus de 55 millions de personnes et à un véritable bain de sang faisant plus de 500 000 morts. Elle ne fut en rien une rupture dans leurs conditions de vie puisque la bourgeoisie indienne prit le relais de limpérialisme britannique dans lexploitation des richesses du pays.
Pour de nombreux journalistes en France, cet anniversaire fut loccasion de dresser un bilan du développement économique de lInde durant ces cinquante dernières années. De nombreux articles ont insisté sur le pourcentage élevé de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté (un peu plus de la moitié), sur la faible espérance de vie ou sur les conditions proches de lesclavage des millions denfants qui travaillent. Il ne sagit pas de contester ces faits : lInde est effectivement un des pays les plus pauvres de la planète et le capitalisme dans les pays pauvres charrie la misère la plus extrême. Les mesures dirigistes ou même les nationalisations effectuées par la bourgeoisie indienne (d'ailleurs remises en causes ces dernières années) n'ont pas suffi pour faire sortir l'Inde de son arriération.
En fait les progrès ne peuvent venir que des révolutions, cest-à-dire lexpropriation par les masses pauvres des classes possédantes pour récupérer les richesses dont elles ont été spoliées durant des siècles. Seul pays pauvre à avoir connu une révolution ouvrière victorieuse, l'URSS a été pendant près de 70 ans la preuve vivante que c'est uniquement en débarrassant un pays de l'emprise de la bourgeoisie que celui-ci peut connaître un réel développement économique. Quand bien même une telle révolution ne s'est pas produite en Chine ou à Cuba, c'est bien parce que des millions de paysans et d'ouvriers se sont soulevés pour balayer les tares de la féodalité et ont battu en brèche jusqu'à un certain point la domination de l'impérialisme que ces pays ont connu un tout autre développement économique que l'Inde. Alors pour l'Inde comme pour tous les pays pauvres de la planète l'avenir réside dans la prise en main par les masses pauvres de l'économie et lexpropriation des classes possédantes.