Comment surmonter l'émiettement de l'extrême-gauche ?
Depuis notre exclusion de Lutte Ouvrière en mars dernier, " Voix des Travailleurs " a entamé des discussions avec plusieurs groupes d'extrême-gauche. Nous voulons contribuer à ce que le mouvement révolutionnaire surmonte son émiettement hérité du passé et accomplisse des progrès décisifs dans la construction d'un parti exprimant les intérêts fondamentaux de la classe ouvrière.
Avec certains groupes et certains militants, les discussions ont débouché sur des collaborations militantes. Sur les secteurs SNCF de Rouen-Sotteville, les militants cheminots de VDT et de l'A.R.T. (Association pour le Rassemblement des Travailleurs) continuent à faire paraître ensemble un bulletin. En juillet dernier nous avons fait un meeting commun à Rouen avec les camarades de la " Gauche Révolutionnaire ". Le 20 septembre, une fête commune à VDT, la LCR, l'A.R.T. et la Gauche Révolutionnaire aura lieu à Rouen. Les 27 et 28 septembre, c'est à Bordeaux que se tiendra une fête commune organisée par VDT et la LCR.
Par ailleurs, avec les camarades de la fraction minoritaire de Lutte Ouvrière, nous avons décidé détablir des relations régulières afin de confronter nos activités et nos positions respectives. Nous espérons que ces relations ne sont qu'un premier pas vers une collaboration plus poussée avec la fraction de LO et avec d'autres tendances du mouvement révolutionnaire, notamment la tendance " R " de la LCR.
En effet, ce serait tourner le dos à nos responsabilités que de déplorer l'émiettement de l'extrême-gauche et de disserter à perte de vue sur ce sujet, sans jamais prendre des mesures pour le surmonter.
Evidemment il y a des divergences entre les groupes révolutionnaires. Elles doivent pouvoir se formuler en toute clarté, publiquement, afin que tous les militants et tous les travailleurs puissent les connaître et en juger la teneur. Cela a été le cas au cours des débats qui ont suivi les meetings que nous avons organisés. Ce sera le cas au cours des débats qui se tiendront durant les fêtes communes ce mois-ci.
Mais ces confrontations de points de vue ne suffisent pas. Dans l'avenir il nous semble indispensable que les tendances qui en éprouvent comme nous la nécessité se donnent les moyens de créer un organe de presse commun qui pourrait être mensuel, permettant des tribunes de discussion.
L'émiettement prolongé de l'extrême-gauche n'a fait que renforcer les tendances au sectarisme, à l'opportunisme, à la confusion politique. Ces tendances ont renforcé le repli sur soi, le refus de discuter avec les autres ou en tout cas l'habitude de ne pas le faire. La discussion fraternelle mais sans complaisance doit être considérée comme un besoin vital par toutes les tendances révolutionnaires, de même qu'une bonne information sur les activités militantes des uns et des autres et sur les raisons des choix qui ont conduit à entreprendre ces activités.
Chaque groupe a une identité propre à laquelle il tient légitimement. Les confrontations multiples et permanentes entre les tendances ne léseraient personne, permettraient de surmonter les désaccords sans importance et de déterminer tout ce qui est susceptible de nous souder au sein d'une même organisation.
Les différentes tendances révolutionnaires apprendront d'autant mieux à clarifier leurs positions et à agir ensemble qu'elles le feront au sein d'une organisation commune apparaissant comme l'embryon du futur parti. Il n'y a pas de temps à perdre pour progresser dans cette voie. La rupture s'impose avec les attitudes stériles du passé où tout un chacun se trouvait des prétextes pour mener sa vie de petit groupe, passivement, sans se poser réellement les problèmes de la construction d'un parti révolutionnaire. Il nous faut balayer toutes les formes de diplomatie mesquine et plus ou moins secrète où chacun cherche à tirer son épingle du jeu aux dépens des autres tendances. Il n'est pas question non plus de vouloir une unité des révolutionnaires factice, inconsistante, qui n'aboutirait qu'à créer un nouveau PSU. C'est dans cette voie que semble vouloir toujours s'orienter la direction de la LCR, ce qui ne ferait que transformer les militants révolutionnaires en caution de gauche du PS et du PCF, en supplétifs de la gauche gouvernementale gérant les affaires de la bourgeoisie. Mais le refus d'une unité sans principe et au contenu inacceptable ne justifie en rien le repli de chacun dans sa tour d'ivoire.
Parce que toute l'évolution politique et sociale actuelle en exprime la nécessité, les militants révolutionnaires doivent se regrouper pour constituer un pôle solide sur le terrain de la lutte de classe. C'est à cette condition qu'ils pourront jouer un rôle dans les luttes futures de la classe ouvrière.
L'cuménisme de Lutte ouvrière
Fin août, léditorial des bulletins dentreprises de LO était pour le moins étonnant. " La messe est finie quen restera-t-il ? " titrait LO. Voilà une question intéressante que se pose tout travailleur. Et suit un article de bon apôtre qui fait les comptes des mérites de cette jeunesse qui sest retrouvée à Longchamp après avoir fait ceux de lEglise, avec un respect derrière lequel pointe ladmiration voire une certaine jalousie. Ah, linfaillibilité papale !
Drôle dapôtre que celui qui a écrit cet article, qui se penche longuement sur " lidéal " et la " joie " des jeunes venus sagenouiller devant le pape à Longchamps. " Cest une joie quon comprend, surtout quand on la connue au sein des grandes manifestations du mouvement ouvrier. En novembre-décembre 1995 par exemple. " va-t-il jusquà écrire comparant les manifestations ouvrières et la messe. Autant confondre la joie de la contestation sociale, de la révolte et de la lutte avec celle du conformisme et de la soumission.
Il est vrai quil semble regretter que ces jeunes " ne retiennent des discours du pape que ce qui les arrange, en ne se privant pas de rejeter ce qui pourrait les gêner. "
Sans doute notre apôtre est-il de ceux qui se prennent pour " les représentants moraux du prolétariat "
Les 35h à la sauce patronale et gouvernementale
D'après une étude des services du ministère de Martine Aubry, les 35h ne seraient pas instaurées avant le 1er juillet de l'an 2000. La compensation financière serait négociée cas par cas.
Martine Aubry était visiblement mécontente que les projets gouvernementaux préparés en coulisse soient annoncés trop tôt.
Le gouvernement veut faire croire au petit jeu de la concertation avec les syndicats car il a besoin de la caution syndicale pour faire avaler ses couleuvres aux travailleurs. Cet appui syndical, à condition de respecter un minimum les formes ne devrait d'ailleurs pas être difficile à trouver : avec Nicole Notat, il a déjà une alliée sûre puisque celle-ci juge irréalistes " les 35h payées 39h ".
Le tout est donc de trouver comment appliquer les 35h sans mordre du tout sur les profits des capitalistes. Le patronat comme d'habitude demande beaucoup pour avoir beaucoup et cherche à faire monter les enchères au maximum. Pour lui, il n'est pas question de remplacer la loi de Robien par d'autres dispositions moins avantageuses et il exige le maximum d'aides gouvernementales. Dores et déjà l'Etat devrait accepter de réduire les cotisations sociales des entreprises qui devancent l'appel des 35h. Mais cela ne suffit pas. Quelle sera l'étendue de la réduction des charges sociales, pour combien de temps ? Le patronat exige également que tout soit négocié entreprise par entreprise. On comprend bien pourquoi il y tient tant. Chacun sait que, de cette façon, le patronat obtient ce qu'il veut puisqu'il trouve toujours des responsables syndicaux prêts à signer les accords qui lui sont favorables ! Dans ces conditions, ils y trouveront leur compte surtout si les 35h sont assorties d'une annualisation du temps de travail permettant davantage de flexibilité, ce qu'ils cherchent à développer partout.
Dans ces conditions, dans le cadre de négociations à l'amiable où tout est fait pour préserver les intérêts patronaux, on ne voit pas comment cette loi sur la diminution du temps de travail pourra permettre de créer des emplois et résorber en quoi que ce soit le chômage.
Le CNPF dit ouvertement : " On se déclare idiot au point de ne pas parvenir à comprendre comment le passage à 35 heures du temps de travail pourrait être bénéfique à l'économie et donc à l'emploi ".
Et bien on leur fera comprendre comment on peut y arriver. Par les luttes on peut imposer les 35h applicables immédiatement, sans perte de salaires et l'économie s'en portera mieux, tous les salariés aussi, même si les profits patronaux s'en portent mal.
Je travaille, tu travailles, ils profitent
extrait du bulletin Renault-Cléon (Seine-Maritime)
A la fin août, Renault a cédé l'ensemble de ses actions dans Volvo (3 % du capital) et réalisé un milliard de francs de bénéfices dans l'opération. Volvo, lui aussi, avait cédé un peu avant sa part dans le capital de Renault à l'Union des banques suisses.
Ainsi, en l'espace d'une semaine, Renault empoche un milliard de francs et annonce une hausse de 6,3 % de son chiffre d'affaires pour le premier semestre 1997.
Cela prouve bien que tout ce qui avait accompagné l'annonce de la fermeture de Vilvorde et que le gouvernement Jospin a entériné, n'était qu'une vaste mise en scène pour justifier les mauvais coups que Renault impose aux travailleurs du groupe pour faire toujours plus de profits sur notre dos.
Pics de pollution = feu vert pour larnaque
Contre la pollution de lair, Dominique Voynet, ministre " verte " de lenvironnement a présenté ses mesures. Elles ont malheureusement un air de déjà vu. Taxer encore plus le gazole et favoriser la circulation des véhicules les moins polluants en leur collant une pastille verte et en les autorisant à circuler en cas dalerte à la pollution de niveau 3, tels sont les projets annoncés.
Bien sûr, cest aux particuliers que Dominique Voynet a décidé de sen prendre. Pourtant, la pollution nest pas simplement due à lutilisation massive de voitures. Dans les projets annoncés, la pollution industrielle est comme par hasard passée sous silence. Pourtant, le mardi 21 juillet le seuil dalerte de pollution de niveau 2 a été dépassé dans la banlieue rouennaise, à Grand-Quevilly, plus connue pour sa zone industrielle que pour sa circulation forcenée dautomobiles ! Ce même jour, la teneur de lair en dioxyde de soufre à Lyon venait peut-être plus de la raffinerie de Feyzin que de la seule circulation...
Mais cela, Dominique Voynet se garde bien den parler car il faudrait alors en toute logique quelle sen prenne aux intérêts des industriels, quelle leur impose de mettre un terme à la pollution quils propagent.
Il lui est plus facile de sen prendre aux automobilistes et de prélever une nouvelle taxe sur leur dos.
Aragon, de la révolte individuelle au stalinisme puis au patriotisme ou la logique de la servilité
A loccasion du centenaire de la naissance dAragon, diverses manifestations sont prévues, en particulier dans le cadre de la fête de lHuma. Cette " reconnaissance " de toute la France officielle, de gauche comme de droite (Chirac prévoit lui aussi sa petite visite commémorative), est celle dun homme qui fut à la fois une des gloires intellectuelles du P.C.F. à ses pires heures staliniennes, le défenseur de la " France ", le " patriote professionnel ", toujours à la recherche de reconnaissance sociale, et pour cela ne reculant devant aucun reniement. Lui-même écrivit, avec cette complaisance vis à vis de sa propre médiocrité, " à chaque instant je me trahis, je me démens, je me contredis. Je ne suis pas celui en qui je placerai ma confiance ".
Au lendemain de la première guerre mondiale, revenant du front révolté comme beaucoup de sa génération, Aragon prit part au mouvement surréaliste qui regroupait des artistes contestataires tels que Breton, Benjamin Péret, et dont Prévert fut un temps compagnon. Aragon se révoltait alors contre le patriotisme, écrivant " jarrache de moi cette France qui ne ma donné que de petites chansons et des vêtements bleus dassassin ". Mais il disait aussi son " peu de goût pour le gouvernement bolchevique et avec lui pour tout le communisme ", la révolution russe étant pour lui " à léchelle des idées, au plus une vague crise ministérielle ". La révolte dAragon nétait pas une révolte sociale, mais celle dun petit-bourgeois qui disait, en 1925, vouloir être " un porteur de germe, un empoisonneur public " mais aussi : " Je ne mabaisse pas à parler aux gens, il marrive de penser devant eux (...) Quon affame le peuple afin quil connaisse le goût du pain de la colère ".
En 1927, il adhérait au parti communiste, ainsi que dautres surréalistes. Mais contrairement à nombre dentre eux, il sadapta très bien à la bureaucratisation de lURSS et à la dictature stalinienne. Invité en 1930 à un congrès décrivains en URSS, il signa ce quon lui demandait : une dénonciation du surréalisme... et de Trotsky, faisant, comme il le dit lui-même " bon marché de ses années de jeunesse ". Cétait le début dune carrière au sein du P.C.F. au cours de laquelle il se répandit en servilité à légard de Staline " le plus grand philosophe de tous les temps ", et ne recula devant aucune justification. En 1931, il écrivait un poème à la gloire du Guépéou, la police politique de Staline, " Vive le Guépéou, figure dialectique de lhéroïsme ; Vive le Guépéou, véritable image de la grandeur matérialiste "... Alors que Staline faisait assassiner des milliers de militants révolutionnaires sous laccusation de " trotskisme ", Aragon justifiait : " léclat des fusillades ajoute au paysage une gaieté jusqualors inconnue "... et, en 1936, il dénonçait " Trotsky, leur maître à tous, allié de la Gestapo, saboteur international du mouvement ouvrier dont le travail est si profitable à Hitler ".
Durant la seconde guerre mondiale, il emboucha les trompettes du nationalisme, " décidant de faire taire tout esprit de querelle et doffrir à la nation lexemple de la fraternité ". Jean Malaquais, lauteur des " Javanais ", écrivit à son propos, dans "Aragon ou le patriote professionnel" : " Hier antimilitariste, aujourdhui bombant le ventre sous ses décorations, hier hystériquement internationaliste, aujourdhui xénophobe à tout crin... il a tout piétiné, y compris sa propre ombre. "
La suite de sa carrière, jusquà sa mort en 1982, fut une suite de justifications, de reniements, de mensonges, jusquà l'un de ses derniers ouvrages dont le titre est un programme : " Mentir vrai ".
Quant aux " poèmes damour " dAragon, dont certains ont été chantés par Ferrat, ils sont souvent, derrière leurs accents pathétiques, leur exaltation, une bien hypocrite glorification de la femme. Cet homme pour qui " lamour est la seule perte de liberté qui donne de la force ", pour qui " aimer une femme cest considérer celle-ci comme lunique préoccupation de sa vie, devant laquelle toute autre préoccupation cède ", ne pouvait pas plus concevoir des rapports libres, respectueux et honnêtes avec une femme quavec qui que ce soit.
Dans les années 20, quand les combats de la classe ouvrière internationale attiraient et donnaient un sens à la révolte dune génération de jeunes intellectuels, Aragon sen désintéressait, sa révolte restait celle dun petit-bourgeois individualiste. Il ne fut attiré par lURSS et le Parti Communiste que quand, justement, ils se détournaient de la classe ouvrière. De sa révolte individualiste au stalinisme, il ny avait quun pas, du stalinisme à la défense de limpérialisme français, une logique, celui de légoïsme social et de la servilité.