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Rompre avec le gouvernement pour être en mesure de faire barrage au front national

Fin août, le Front National a fait sa rentrée à son université d’été à Orange. Le Pen et Mégret y ont développé, chacun dans son registre, les perspectives d’accès de leur parti au pouvoir.

Si Mégret en axant ses interventions sur les élections régionales qui auront lieu l’an prochain a affirmé à plusieurs reprises que le Front National est un " vrai mouvement de gouvernement ", et laissé entendre qu’il pourrait parvenir au pouvoir dans une coalition parlementaire, à la condition, a-t-il précisé, qu’il y soit en position dominante, Le Pen, lui, s’est placé dans la perspective d’une " aggravation de la décadence actuelle ", se posant lui-même en sauveur et le Front National en recours.

Le Front National a deux fers au feu : la voie parlementaire et la voie extra-parlementaire, à plus long terme. Chacun de ses chefs dans la lutte d’influence qui les oppose met l’accent sur l’une ou l’autre de ces possibilités selon leur propre calcul. Mais quels que soient ses choix ultérieurs, qui dépendent non des calculs actuels de l’un ou de l’autre, mais de l’évolution de la situation, déterminée par le rythme d’aggravation de la crise, le Front National escompte bien accéder au pouvoir en profitant du mécontentement suscité par la politique du gouvernement de gauche. Il compte gagner le soutien, à côté de son électorat réactionnaire traditionnel, d’une fraction de la population qui appartient au monde du travail, dont il cherche à exploiter, en les dévoyant, le désespoir devant l’aggravation de sa situation matérielle qui lui paraît sans issue, et la révolte devant les discours mielleux et hypocrites des politiciens de la gauche au pouvoir qui font étalage de leur cynisme et de leur indifférence. Il sait que le gouvernement travaille pour lui.

Les démagogues d’extrême-droite entendent détourner le mécontentement suscité par la politique de droite, bourgeoise, de la gauche contre les idées dont la gauche se revendique et qu’elle trahit, les idées du socialisme et du communisme pour les déconsidérer, et contre ceux qui soutiennent la gauche, les salariés, les travailleurs, les classes pauvres et bien sûr tous les militants de la classe ouvrière, syndicalistes, militants d’association ou militants de gauche.

Si nous ne voulons pas que se réalisent les ambitions du Front National, il n’y a qu’une seule voie : la rupture avec la politique de ce gouvernement, la constitution d’un pôle d’opposition ouvrière à sa politique bourgeoise afin que le mécontentement légitime des classes populaires puissent déboucher sur un combat progressiste, démocratique, défendant les intérêt de la collectivité. C’est le choix qui est aujourd’hui devant tous les militants de la classe ouvrière.

Semabla - Blaye : des causes connues et évitables

A Blaye, dans la région bordelaise, l'explosion d'un silo à grains de la SEMABLA le 20 août a fait onze morts. C'est la troisième explosion de ce type dans la région : une en 1980 a fait un mort et douze blessés, l'autre en 1982 sans victime. Mais c'est aussi la onzième en France depuis 1977 qui porte le nombre de morts à 26 et de blessés à 17. Dans le reste du monde on en connaît quinze avec 97 morts et 234 blessés.

Tous ces accidents ont lieu dans des silos à grains, à farine, des sucreries, des huileries, des fabriques d'aliments pour bétail, toutes entreprises utilisant des produits alimentaires en poudre.

Le risque d'explosion y est connu de longue date, c'est même le risque numéro 1. Il est du aux poussières alimentaires accumulées qui sont hautement explosives en fonction de la chaleur, la ventilation, des sources d'inflammation. Les moyens d'éviter ce genre de risque sont étudiés et connus, ils ont fait l'objet de nombreuses études et réglementations qui, si elles étaient appliquées et obligatoires, limiteraient les conséquences d'une explosion.

Mais à la Semabla, les victimes travaillaient toutes dans le bâtiment administratif, en dehors des circuits de production, au cœur de la zone à risque puisque les bureaux étaient installés sur une plate-forme entre deux tours de 35 mètres. Elles ont été recouvertes par des tonnes de béton, poutrelles et gravats et 30 000 tonnes de céréales, l'éboulis recouvrant près de deux hectares. Les travailleurs n'avaient aucune chance de s'en sortir.

La Semabla ne pourra pas dire qu'elle l'ignorait. Depuis 1985, suite à une explosion qui a fait douze morts et deux blessés dans une malterie de Metz, la réglementation avait été modifiée et des consignes techniques d'implantation des lieux de travail publiées (consignes approuvées par le patronat).

Ces consignes précisent : " implanter les locaux abritant les services administratifs et l'atelier d'entretien dans des zones suffisamment éloignées du silo pour éviter leur destruction en cas d'explosion. " (Comité Technique national des industries et commerces de l'alimentation du 26/6/1985). C'était exactement le contraire à Blaye.

Alors pourquoi ? Parce que Blaye a été mis en service en 1972 et n'était pas concerné par les nouvelles normes. Pire, les nouvelles mesures de sécurité ne seront obligatoires qu'en 2003 et applicables aux seuls matériels neufs. Quand on est patron on peut donc faire courir des risques mortels aux travailleurs en toute légalité, la loi le permet.

L'entreprise " a été visitée en début d'année et n'avait jamais attiré d'attention particulière compte tenu de la QUALITE DU SITE " a déclaré le sous-préfet. Et cela, alors qu'il y a quelques années un des compartiments mal construit d'un silo de Blaye s'était ouvert, sans conséquence heureusement.

Ce n'est même pas une question de finances, puisqu'en 1993-1994, cette zone portuaire bordelaise a bénéficié de 63,3 millions de francs d'investissements financés à 50 % par la même Semabla.

Maintenant les experts vont chercher les causes de l'accident, causes que tous connaissent. Les autorités feront des enquêtes comme à Metz où le directeur de la malterie a été condamné en 1995 à 6 mois de prison avec sursis pour " homicides et blessures involontaires " après un non lieu en 1989 !

Suède : des pratiques barbares au pays de la social-démocratie

La Suède s'est forgée au cours des décennies une image de société social-démocrate avancée, à la pointe des progrès sociaux. Mais la crise aidant, le nombre des mécontents augmentant, le mythe s'effondre, et un grand quotidien, le " Degens Nyheter ", met les pieds dans le plat : il y a eu en Suède entre 1935 et 1976 plus de 60 000 stérilisations forcées.

Ainsi, tandis que les nazis - en Allemagne - décrétaient la stérilisation forcée des malades mentaux en vue de " purifier la race ", les social-démocrates suédois décrétaient, eux, en 1934, une loi similaire. Et c'est après la seconde guerre mondiale, après la découverte des camps d'extermination nazis, que les stérilisations se sont intensifiées en Suède.

Qui en était victime ? Toutes les personnes désignées par le racisme social ordinaire : handicapés mentaux, suédois d'origine tsigane, femmes jugées " libertines ", élèves en échec scolaire, personnes ayant un " mode de vie asocial "... Les gens en difficultés ou extrêmement pauvres ne devaient pas avoir de descendance.

Ce sont des questions économiques, des questions de gestion du fameux système de protection sociale qui ont justifié, aux yeux des dirigeants social-démocrates, le programme de stérilisation forcée. Par " réalisme " budgétaire, ils ont fait le choix d'éliminer ceux qu'ils considéraient comme des inactifs potentiels, mutilant à vie des dizaines de milliers de personnes, essentiellement issues des milieux populaires.

Ces pratiques, couvertes par le silence de l'Eglise luthérienne et du corps médical, reposaient sur les conceptions les plus réactionnaires en particulier le préjugé que la délinquance, l'intelligence, ou tout autre trait de caractère, seraient héréditaires.

Une fois cette infamie révélée, les langues se sont déliées ailleurs et on a appris que la Suède n'avait pas le monopole de ce type de mesures : la Finlande et les Etats-Unis ont aussi pratiqué massivement la stérilisation dans la même optique. Dans la société divisée en classes, quelle que soit la couleur des gouvernements, l'Etat, l'Eglise, la presse... entretiennent le mépris des exploités et c'est sur ce terreau que se développe ce genre de mesures barbares.

Crise dans les pays d'Asie : le capitalisme, un système failli

Malgré le " plan de sauvetage " de la Thaïlande décidé à la mi-août par le FMI, la crise monétaire et boursière a gagné l’ensemble des pays du sud-est asiatique, ainsi qu’en Extrême-Orient, le Japon, la Corée du sud et Hongkong, jusqu'à, tout dernièrement l’Australie.

La dégringolade des monnaies et des cours de la Bourse a démenti, jour après jour, les prévisions optimistes des commentateurs et experts des groupes financiers qui tiennent à affirmer, quoi qu’il arrive, la stabilité et la fiabilité du système capitaliste. Le plan du FMI devait à les entendre stabiliser la situation en Thaïlande et empêcher la contagion de s’étendre, mais les monnaies de la Thaïlande, de l’Indonésie et des Philippines ont continué à se déprécier, leur baisse depuis juillet atteignant 20 à 40 %. S’agissant de Singapour et de Hongkong, les mêmes affirmaient que les économies de ces pays, plus solides, et disposant de réserves monétaires plus importantes, ne pouvaient être atteintes par la déconfiture. Or, les cours de leur monnaie et de la Bourse y ont chuté de plus de 10 % en quelques jours. Evoquant enfin la possibilité que le krach s’étende jusqu’aux places occidentales, ils rejetaient cette éventualité, démentie provisoirement par le redressement de la Bourse de Paris (+4,4 % en une séance mardi 2 septembre), qui a été annoncé triomphalement dans la presse.

Bref, tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes capitalistes : bien sûr, certains y auront laissé des plumes, mais les plus puissants des groupes financiers se seront au contraire enrichis. Quant aux conséquences en Asie même de cette crise, ce seront la population, les travailleurs, qui les paieront, par les licenciements, la surexploitation, la décomposition sociale liée aux réductions massives des dépenses publiques. Et c’est bien là le dernier souci des capitalistes qui iront voir ailleurs pour faire du profit, tel cet expert de la banque anglaise Barings affirmant qu’il " pariait maintenant sur les pays de l’Est ".

Sauf que ce n’est pas si simple, et que ces craquements en Asie pourraient s’étendre à toute la planète : crises monétaire et boursière ne sont en effet que la manifestation de l’asphyxie de l’économie capitaliste due à la saturation progressive des marchés.

Accident de carrosse ou les victimes de leur propre système

Le "métier" des aristocrates et des milliardaires est parfois dangereux. Par exemple, lorsque ces gens-là se font conduire par un chauffeur ivre à près de 200 km/h, à travers Paris, à bord d'une voiture coûtant 400 000 francs, ils font penser irrésistiblement aux nobles d'antan traversant les villes dans leurs carrosses à bride abattue, au mépris de la vie des " manants " sur leur passage. Mis à part quelques gestes de charité pour la galerie, la vie de ces parasites consiste à ne rien faire, à quitter un palace pour se rendre à un château, ou à un yacht. Mais leurs faits et gestes rapportent gros à ceux qui exploitent ce créneau. La photo d'un baiser entre Lady Di et Dody Al Fayed aurait fait gagner 10 millions de francs à la presse à scandales.

Ces médias-là sont bien conformes à une société capitaliste en pleine putréfaction qui prive la majorité de la population de travail et de conditions de vie décentes. Cette société voudrait en plus les déposséder de leurs sentiments et de leurs émotions pour les faire rêver, pour quelques francs seulement, d’une fausse cendrillon milliardaire. Mais les hommes et les femmes de la classe ouvrière n'ont pas besoin d'idoles et quand ils prendront en main les destinées de cette société, il n'y aura plus ni milliardaires, ni aristocrates. La presse à scandales disparaîtra avec le scandale de l’exploitation.