Quand les voleurs crient au vol
La semaine dernière, dans lesprit de bon nombre de travailleurs, cétait le doute, lexpectative, comme si nous nous sentions pris à contre-pied par le déroulement de la conférence sur lemploi et les salaires, ou plutôt comme si nous hésitions à dire ce que nous avions compris de ce qui venait de se passer, à accepter lévidence : les rôles avaient été inversés, les gagnants se disaient bernés avec un culot et un cynisme bien à limage de larrogance actuelle du patronat, alors que ceux qui prétendent nous représenter, nous qui avions été réellement bernés et trompés, affichaient leur contentement.
Le patronat voudrait faire croire que la loi sur les 35 heures pour lan 2 000 est un coup contre les entreprises. Cest faux. Dans cette loi, tout est à négocier, sauf les milliards qui seront versés à fonds perdus une fois encore dans la poche des patrons, sous forme de subventions directes ou de réductions des charges. Pour quelques emplois créés dans une entreprise, 6 % de plus, et une diminution du temps de travail de 10 %, un patron pourra par exemple encaisser 9 000 F par salarié y travaillant. Pour les autres, rien nempêchera bien évidemment les heures supplémentaires et, surtout, ce qui va se négocier, au rythme que voudra bien accepter le patronat, cest lannualisation du temps de travail, cest-à-dire la flexibilité.
Les travailleurs nont rien gagné dans cette conférence. Le patronat empoche le cadeau, feint la colère ; manuvre de diversion qui permet au Parti Socialiste et aux organisations syndicales de sauver la face, pendant quil se prépare à se battre pour obtenir toujours plus.
Ces gens-là sentendent comme larrons en foire, habitués quils sont à se rencontrer autour des tables de négociation et dans les coulisses ou dans les conseils dadministration. Il ne faut pas oublier quavant de devenir ministre de ce gouvernement, Martine Aubry fut pendant deux ans le bras droit de Gandois.
La conférence terminée, les nouvelles discussions sur le budget annoncent la hausse des taxes de toutes sortes. Pour financer ces largesses à légard du patronat, la gauche gouvernementale fait payer toute la population suscitant contre elle un mécontentement général que Le Pen se prépare à capitaliser pour le retourner contre nous et contre nos organisations.
Alors, quand la CGT écrit dans ses tracts, " le 10 octobre, une source de confiance pour agir vite ", elle se moque de nous. Comment pourrions-nous nous sentir prêts à agir et à lutter alors que ceux qui prétendent diriger nos luttes abdiquent par avance, faisant passer la solidarité avec la gauche au gouvernement avant la défense des intérêts du monde du travail ? Les travailleurs nont pas confiance.
Il serait faux et surtout lourd de danger de croire que nous navons pas dautre attitude possible que de nous rallier à ce soutien, que dapprouver et dentériner la politique des organisations syndicales. Beaucoup nous disent quil nous faut aider le gouvernement à réussir, que la pire des choses serait son échec qui ouvrirait la voie à Le Pen. Cest une vue erronée des choses. Cest bien parce que la gauche mène la même politique que la droite, quelle se met consciemment et volontairement au service du patronat, quelle suscite un mécontentement qui, si nous laissons faire, fournit un terrain favorable à Le Pen. La différence entre la gauche et la droite est une illusion pour nous tromper. Cette gauche parlementaire et gouvernementale est là pour gérer les intérêts de la bourgeoisie, comme la droite. Et cest parce quils se détournent de la défense des intérêts de la population que les uns et les autres font le jeu des démagogues de lextrême-droite.
Alors oui, dans ce contexte, on ne peut que se réjouir des succès recueillis dimanche dernier par les candidats du Parti Communiste face aux candidats du Front National aux élections cantonales partielles. Mais les travailleurs ne doivent pas se bluffer. Ces résultats ne peuvent masquer les progrès du Front National, progrès qui sont, pour beaucoup, le résultat de la politique de la gauche.
Cette gauche se prépare aux pires capitulations comme elle la toujours fait, ainsi que le rappellent les différents épisodes du procès Papon. Parce que cette gauche a depuis longtemps renoncé aux idées dont elle se revendique, elle na pas dautre choix à chaque période de crise que de se mettre à genoux devant les classes dominantes pour exécuter leur volonté. Nous ne pouvons lui faire confiance.
Oui, lappel dArlette Laguiller au lendemain des élections présidentielles de 1995 à la construction dun parti des travailleurs prend aujourdhui un contenu concret, vivant, dynamique, celui de la nécessité de construire une opposition de gauche à la politique de ce gouvernement, celle du monde du travail, une opposition authentiquement socialiste et communiste. Cest de cette perspective et des moyens dy parvenir quil nous faut discuter.
Il y a 10 ans le krach boursier doctobre 87, lhistoire pourrait bien se répéter, comme un drame
Cest le 19 octobre que démarrait à Wall Street le krach boursier de 1987. En une journée, le cours des actions chutait de plus de 22 % soit deux fois plus quen octobre 1929. Une panique contagieuse semparait de tous les marchés que seule une intervention massive des banques centrales réussit à contenir en évitant le pire. Des milliards étaient partis en fumée, mais la santé des profits accumulés lors des décennies passées était suffisamment grande pour que les affaires redémarrent. Un accident de fièvre de léconomie capitaliste sans trop de conséquences disent aujourdhui avec contentement les journalistes, à ceci près que ce sont les travailleurs et les peuples opprimés qui ont payé laddition.
Lenvolée des actions sans rapport avec la production
Avant de chuter brusquement, le cours des actions avait connu une hausse de 40 % depuis le premier janvier de la même année et de 243 % durant les cinq années précédentes. Cette hausse était sans rapport avec les progrès de la production qui stagnait et bien plus importante que la progression des profits.
Cest cette envolée spéculative qui explique le krach et non on ne sait quel affolement des ordinateurs comme on a bien voulu le dire.
Inquiets à lannonce dun nouveau déficit du commerce extérieur américain, et de lagitation qui régnait, la semaine précédant le krach, autour des monnaies et des taux dintérêt, les financiers, par crainte de ne pas empocher leurs bénéfices, ont commencé à vendre, provoquant une crise de confiance, puis la fuite en avant et la panique...
Un krach rampant...
Deux années plus tard, la bulle spéculative, boursière et immobilière, éclatait à Tokyo ébranlant sur ses bases financières le miracle japonais qui narrive pas à sen remettre. Le Japon avait pris le relais des Etats Unis dans une ambiance tout aussi malsaine. La bourse de Tokyo perdait en mai 90 près de 50 % de sa capitalisation boursière.
Toute la marche du capitalisme est prise de fièvre, dans un état de " krach rampant ", dont le dernier épisode secoue aujourdhui tous les pays du sud-est asiatique.
Leuphorie des USA, cause dun possible nouveau krach
Depuis 1987, lindice Dow Jones qui indique le cours de lensemble des actions sur la place financière de New York a grimpé de 370 %. Une telle ascension, qualifiée d" exubérance irrationnelle ", cest le moins que lon puisse dire, na eu lieu quà deux occasions, les années 20 ou les années 80. Irrationnelle, oui, par rapport à la marche dune économie organisée et contrôlée pour satisfaire les besoins des hommes, rationnelle dans la folle logique de la société de profit.
La bourgeoisie, en particulier américaine, a pu surmonter le krach de 87 du fait que la bourse noccupait pas encore la place quelle a prise dans la dernière décennie. La capitalisation boursière, cest-à-dire la masse des capitaux qui sy échangent, y était encore relativement faible. A Wall Street, elle a, depuis, plus que quadruplé. Et surtout la crise économique laissait encore une marge de manuvre relativement importante aux capitalistes, alors que le recul de la classe ouvrière, comme des luttes des peuples, leur permettaient davoir les mains libres pour faire pression sur les populations afin de drainer des sommes croissantes sur les places financières. Leuphorie boursière exprime la confiance aveugle de la bourgeoisie comme si la source de profits sans cesse croissants, lexploitation du travail humain, ne devait pas connaître de limites
Des rajustements inévitables
Pour que le rendement des actions puisse continuer de grimper au même rythme que celui quil connaît depuis 1990, il faudrait une croissance bien supérieure à ce quelle est aujourdhui. Et la confiance, sans laquelle tout lédifice boursier et financier seffondre, repose sur cette croissance constante des rendements. Sinon les capitalistes ne pouvant plus escompter les mêmes bénéfices pour leurs placements, vendront, et alors la même panique quen 87 peut semparer des places financières.
Un nouveau 87 provoquerait un effondrement de la production
Les conséquences dun nouveau 87 seraient aujourdhui dune toute autre gravité. La somme des capitaux qui séchangent actuellement sur les places financières a connu un tel gonflement que les banques centrales seraient bien incapables de colmater la brèche. Ce serait alors des pertes considérables pour les trusts, les banques, les fonds de pensions. Des millions de personnes pourraient brutalement se retrouver privées de leurs revenus, de petits épargnants ruinés, portant un coup sévère à la consommation. Toute lactivité économique pourrait connaître un recul sans précédent provoquant des vagues de licenciements.
Le " New Age ", les intellectuels de la bourgeoisie sous linfluence des euphorisants financiers
La confiance aveugle dintellectuels subjugués par la puissance de la bourgeoise a donné naissance à une nouvelle théorie le " New Age ". Cet âge nouveau serait celui du triomphe de léconomie de marché, portée par une ascension constante des profits et de la bourse. Un nouveau paradis capitaliste. Ces intellectuels ressemblent à ceux qui la veille du krach de 1929 affirmaient, péremptoires, que les actions avaient atteint " un haut niveau permanent ". Le rêve mensonger pour conjurer le mauvais sort
La réalité de leuphorie boursière, cest lextension de la misère pour les travailleurs des puissances impérialistes comme pour les peuples saignés par les financiers. La folle logique du système marche tant que la machine à pressurer les masses draine des profits. Jusquau jour où la machine semballe de trop, leuphorie cède à la panique, plongeant le monde dans une nouvelle crise. Elle nest probablement pas si loin que cela.
Congo : horreur pour la population, sécurité pour Elf
Après cinq mois de combats acharnés, Sassou Nguesso et ses troupes ont pris jeudi dernier le contrôle de Brazzaville, la capitale du Congo et surtout de Pointe Noire, capitale économique du pays et centre pétrolier.
Sassou Nguesso nest pas un nouveau venu de la politique puisquil a déjà été chef dEtat de 1979 à 1992, débarqué lors des élections de 1992 par Lissouba qui a été mis hors course lors des derniers événements.
Les affrontements sanglants ont fait des milliers de morts, des milliers de gens ont été déplacés. Brazzaville a été complètement dévastée et pillée, il y aurait eu plus de 10 000 victimes.
Pendant ce temps là, à Pointe Noire, cétait le calme, les affaires continuaient, lexploitation du pétrole aussi. Le terminal pétrolier de Djeno na été arrêté quune trentaine dheures. Les milieux pétroliers restaient sereins, surtout Elf, principale compagnie installée au Congo, qui a soutenu de longue date Sassou Nguesso et entretenu les meilleurs rapports avec lui quand il était au pouvoir. Le retour de leur protégé na suscité que des réactions positives de la part de cette société dont un des responsables sur place déclarait " les choses vont dans le sens dune normalisation " et de lensemble de la diplomatie internationale qui sans lombre dune réticence sest empressée de reconnaître le nouveau pouvoir et de faire semblant de croire à ses promesses dorganiser des élections à une date indéterminée, comme par hasard.
Pour la France comme pour les Etats - Unis, le sort des populations congolaises qui ont été les victimes de la guerre entre ces deux factions na aucune importance, pourvu que Elf, Oxy et autres compagnies pétrolières gardent leurs intérêts sur place et quils puissent continuer en toute quiétude lexploitation de cette région.
Affiches des réunions publiques sur les 80 ans de la révolution russe