éditorial



Préjugés réactionnaires et manœuvres politiciennes qui servent le Front national

Lundi, a été voté à l’Assemblée nationale le nouveau code de la nationalité, proposé par le gouvernement. Ce dernier aura réussi à faire passer son projet malgré l’abstention de la plupart des députés des Verts et du Parti Communiste, en dépit des injonctions tant de Voynet que des dirigeants du PC. Comme le disait un député communiste, " aucune proposition de la gauche plurielle n’a été retenue "… mais les députés communistes se sont contentés de s’abstenir, soucieux de ménager leurs amis socialistes cautionnant une politique avec laquelle ils ne sont pas d’accord. Ces députés soucieux de leur influence locale ne veulent pas jouer " les godillots ", mais ils ne veulent surtout pas mettre en difficulté leurs amis. Dur jeu d’équilibristes, quelque peu hypocrites…

Le Code de la Nationalité proposé par le gouvernement, revient sur la loi Méhaignerie de 1993, en reconnaissant le droit à la nationalité française aux fils d’immigrés, nés en France, à l’âge de 18 ans. Il n’y a là rien d’extraordinaire ni de très démocratique. Les parents, eux, n’auront pas automatiquement les mêmes droits. Il serait pourtant simple et possible de garantir les mêmes droits à tous ceux qui vivent et travaillent sur le même sol, le même territoire, avant de pouvoir en finir avec cet héritage du passé, les frontières, ces barrières qui divisent et opposent les peuples pour les seuls intérêts des classes privilégiées.

Ce ne sont que les propos particulièrement bornés de la droite et de l’extrême-droite qui peuvent donner à ce gouvernement qui se contente d’amender prudemment les lois de la droite, une allure moderne. Les Sarkozy et autres poussent des cris indignés contre " la braderie de la nationalité française ", vantant cette " âme française " qu’ils ont rencontrée, c’est vrai, mais sous la forme très palpable d’un héritage, d’un droit de propriété, ce droit des bourgeois à jouir des richesses produites par tous les exploités du monde, qu’ils aient ou non une carte d’identité française.

L’unique député du Front National, préoccupé de surenchères démagogiques à des fins électorales, s’est fait le porte-parole de cette peur de tous les petits-bourgeois réactionnaires qui craignent de voir les affamés d’Afrique envahir la vieille Europe.

Tous ces politiciens préparent le débat qui s’ouvre sur l’immigration en perspective des élections régionales. La gauche se drape dans un nationalisme qui se voudrait raisonnable et moderne, la droite joue à la vertu outragée, pendant que le Front National, brutalement, met les pieds dans le plat. Mais tous se font les apôtres du nationalisme, une idée qui n’a rien de moderne, une idée dépassée, réactionnaire.

Dans le cadre de ce débat et de la préparation du débat à propos des lois sur l’immigration, Jospin a voulu mettre en garde l’opposition parlementaire de droite contre " les alliances électorales perverses " avec l’extrême-droite, ce qu’il appelait " la tentation mortelle ". Jospin et le Parti Socialiste veulent ainsi se situer comme le seul recours possible face à la montée du Front National. Ils préparent ce qui sera sans doute l’un de leurs thèmes essentiels de la campagne électorale pour les élections régionales, occasion pour eux d’essayer de faire approuver leur politique. Mais comme ils sont gênés pour faire approuver directement cette politique qui n’est en rien en faveur des masses populaires, ils se présentent comme le moindre mal, le seul garant contre l’extrême-droite. Et ce faisant, sous couvert de combattre son influence, ils se placent sur le même terrain qu’elle.

Ils sont pour un nationalisme raisonnable, comme ils sont pour une exploitation capitaliste raisonnable.

Mais il ne peut pas plus y avoir d’exploitation capitaliste raisonnable que de nationalisme raisonnable. Le nationalisme, c’est l’idéologie des classes dominantes, de celles qui profitent de l’aggravation constante du chômage, de la dégradation de nos conditions d’existence, de la misère, c’est l’idéologie d’un système dépassé qui voudrait protéger les quelques pays riches où se sont accumulées depuis des décennies des richesses dont profite avant tout une minorité, contre les travailleurs et les peuples qu’ils ont pillés et exploités.

Les capitalistes et les politiciens qui les servent voudraient nous rendre solidaires d’eux et en retour nous faire accepter les sacrifices qu’ils nous imposent pour sauvegarder leurs propres privilèges. Et ils voudraient en prime nous diviser, nous opposer les uns aux autres.

On peut, sous les lustres du pouvoir, prôner la tolérance, faire la morale, parler de bonne éducation, déplorer le racisme tout en défendant le nationalisme, il n’y a là que condescendance et mépris qui révèlent les préjugés des prétendus socialistes qui sont au pouvoir.

Les travailleurs n’ont pas de patrie. Notre peuple, c’est l’Humanité, notre patrie, la planète et ce n’est qu’en en finissant avec cette société d’exploitation que nous en finirons avec les préjugés du nationalisme, du chauvinisme, du racisme, grâce auxquels capitalistes et politiciens voudraient nous lier les mains.

Il n’y a pas de nationalisme moderne. La seule modernité, c’est l’abolition des frontières, en faveur d’une fédération des peuples.

35 heures : les travailleurs trancheront le débat avec leurs propres armes

Le baron Seillière, nouveau chef du CNPF, est parti en guerre contre la loi sur les 35 heures qui sera présentée le 10 décembre devant le Conseil des ministres. Il a affirmé qu’il ne pouvait que protester, ne disposant que d’un sabre de bois face à la toute puissance de l’Etat. Le baron des patrons ne saurait mieux se comporter en comédien roublard puisque les chefs d’entreprise ont en fait tous les pouvoirs : celui de licencier, celui de tirer toutes les ficelles de l’appareil d’Etat et celui de faire marcher dans le droit chemin et à leur rythme tous les ministres.

Bien que patrons et gouvernants se connaissent très bien et soient pour la plupart du même monde, celui de la bourgeoisie, ils doivent tout de même sacrifier à une certaine division du travail politique pour duper la population travailleuse et la petite bourgeoisie.

La question des 35 heures est un très bon thème de diversion pour eux afin de donner l’impression de s’affronter, tout en collaborant de conserve pour orchestrer de nouvelles attaques contre la classe ouvrière. Quelques patrons dont Guillaume Sarkozy, PDG de la société Tissage de Picardie et frère de Nicolas, l’ancien ministre RPR, ont ainsi créé une sorte de club pour mener campagne contre les 35 heures. C’est un bon thème également pour les centrales syndicales pour faire croire qu’elles ont chacune une position originale sur le sujet, les unes étant pas très pour, moyennement pour ou chaudement pour sans qu’aucune ne pose clairement à quelles conditions les 35 heures seraient un progrès et comment faire passer cette revendication dans la réalité. De son côté, le gouvernement s’ingénie à trouver sous quelles modalités les 35 heures pourraient séduire le patronat mais n’ose quasiment plus dire que " cela créerait des emplois ".

Les travailleurs comprennent très bien qu’il y a une supercherie quelque part. A priori personne ne pourrait être contre faire 35 heures au lieu de 39 par semaine : à condition que les salaires ne baissent pas, que le travail ne soit pas encore plus dur, que des pauses ne soient pas supprimées, les horaires flexibles, etc. Il est également très clair que les 35 heures ne peuvent pas créer des emplois dans la mesure où cela ne s’accompagne pas d’une série de contraintes sur le patronat qui ne peuvent être exercées que par les travailleurs. Au-delà de tous les discours trompeurs des patrons, des politiciens et des dirigeants syndicaux, les objectifs que les travailleurs peuvent se fixer sont simples. Il leur faudra imposer l’interdiction des licenciements, l’arrêt des suppressions de postes, la transformation des emplois précaires en emplois définitifs et la répartition du travail entre tous. Sur ces objectifs qui supposent que les travailleurs exercent un contrôle sur les affaires de la bourgeoisie et de son Etat, un front de tous les travailleurs doit se constituer. La gauche gouvernementale et les dirigeants syndicaux jouent la montre et s’imaginent que le monde du travail ne se rendra pas compte avant longtemps qu’on se moque de lui et qu’il encaissera les mauvais coups et leur fera toujours confiance. Laissons-les à leurs illusions et préparons dès maintenant le regroupement de tous les travailleurs socialistes et communistes pour imposer les intérêts vitaux du monde du travail.

GAN, "le crédit lyonnais de l'assurance", ou les révélations de la crise financière

Le journal " Le Parisien " nous apprend que le GAN, 5ème plus gros assureur français, aurait perdu 50 milliards de francs entre 1991 et 1996. La Cour des comptes, qui est en train d'enquêter, évalueraient ces pertes à 40 milliards et le GAN à 37,5. Ces sommes sont un beau gâchis quand on sait que 37,5 milliards représentent l'équivalent d'un salaire de 8 500 F versé à plus de 73 000 travailleurs par mois pendant 5 ans.

A Paris, comme à Tokyo, l’heure des comptes a sonné. La crise financière se répand.

Le GAN, est encore une entreprise publique, mais bien évidemment toute dévouée au privé. Ses activités sont extrêmement diversifiées mais avec une prédilection pour l’immobilier comme tous les financiers, et aussi le pétrole.

Les 37,5 milliards de pertes déclarées par le GAN sont réparties entre l'immobilier (29,3) et l'assurance (8,2). Pendant des années, l'UIC (Union Industrielle de Crédit) a financé des promoteurs immobiliers avec l'argent public et a continué à le faire bien après la chute des cours dans l'immobilier. L'argent du contribuable aura servi à augmenter les profits de ces entrepreneurs, comme par exemple cet entrepreneur qui s'était vu accorder 1,5 milliard de francs d'un seul coup par l'UIC pour acheter et rénover un bâtiment à Neuilly. Mais très vite le " pauvre homme " s'est trouvé dans l'impossibilité de rembourser ses dettes. Résultat : 1,1 milliard d'argent public envolé dans ces poches bien privées ! Après l'affaire du Crédit Lyonnais, l'histoire semble se répéter.

Quel avenir pour le GAN possédé à 93 % par l'Etat, mais surtout quel avenir pour les salariés qui y travaillent en nombre et pour l'argent des contribuables ?

La privatisation du GAN a été décidée le 18 juillet 1997 par le gouvernement Jospin. Elle a été acceptée par la Commission européenne à condition que l'Etat français accorde une aide de 23 milliards de francs au GAN pour éponger les pertes de sa filiale l'UIC. La presse ne dit pas exactement encore par quels moyens l'Etat va trouver ces 23 milliards. Mais déjà elle parle d'un " plan d'assainissement " de 300 suppressions d'emplois à l'UIC. Elle ne fait visiblement que lever un bout du voile sur l'avenir des salariés de l'entreprise.

En tout cas, certaines entreprises ont l'air de faire confiance à l'Etat pour trouver cet argent : car comme les groupes Allianz et Groupama, ils se portent déjà acquéreurs du GAN ; ainsi que la BNP et la Société Générale qui voudraient reprendre les 67 % du capital du CIC privatisé au début de 1998.

Il ne manque pas de démagogues pour s’emparer de ce scandale pour vanter les mérite des privatisations face à la prétendue irresponsabilité de l’Etat. " Privatiser ! " titre le Figaro. Mensonges démagogiques, le scandale c’est que l’Etat soit au service des intérêts privés. L’Etat comme les groupes capitalistes sont irresponsables à l’égard de la société parce qu’ils ne sont responsables qu’à l’égard du capital et sa folle course au profit.

Comme un relent de franquisme

Le Tribunal Suprême espagnol a condamné chacun des 23 dirigeants d'Herri Batasuna, l'organisation indépendantiste basque, à 7 ans de prison ferme et 20 000 F d'amende pour " collaboration avec une organisation armée ". Le Parti Populaire au pouvoir, le Parti Socialiste et le parti nationaliste catalan " Convergence et Union " se sont félicités de ce jugement.

Les dirigeants de ces mêmes partis ont couvert, quand ils ne les ont pas armés, les assassins des " GAL ", ces commandos terroristes paramilitaires qui firent des dizaines de victimes parmi les nationalistes basques. Mais ils trouvent " totalement normal " que la justice envoie en prison pour 7 ans toute la direction d'un parti politique pour avoir diffusé une cassette vidéo où l'on voyait des membres de l'ETA prendre la parole. C'est la mesure de ce qu'ils entendent par " démocratie ". C'est au nom de cette démocratie-là que la justice et la police françaises et espagnoles travaillent la main dans la main pour faire la chasse aux membres de l'ETA réfugiés en France.

Plus de vingt ans après la mort de Franco, l'appareil d'Etat et le personnel politique montrent qu'ils n'ont pas perdu la main en matière de répression politique.