Une semaine de mobilisation des
chômeurs dElbeuf
(Seine Maritime)
Mercredi 7, nous avons occupé lANPE à une quarantaine, militants et chômeurs, dont des jeunes, jusquà ce que les CRS nous en fassent sortir par une intervention musclée à 17 heures 30. Lors des discussions sur la suite à donner au mouvement, nous étions tous daccord que notre objectif est dabord dobtenir un boulot, bien plus quune prime de fin dannée, même si celle-ci serait le minimum pour des privés demplois qui galèrent parfois depuis plusieurs années. Plus tard, Didier Marie, maire PS dElbeuf, est venu au local de lADEBE pour demander à son responsable de " calmer ses chômeurs ". Il a pu entendre les réactions de colère des chômeurs qui venaient de se faire expulser par les C.R.S.
Dans les jours qui ont suivi, nous avons multiplié les apparitions publiques, avec la participation de la CGT. Lannonce du milliard de Jospin, le vendredi 9, na pas eu leffet escompté par le gouvernement : tout le monde, à lassemblée générale du soir (45 personnes), était déterminé à poursuivre le mouvement. Nous avons distribué des tracts devant des entreprises de lagglomération, entre autres Renault-Cléon. En effet, dun côté la direction de Renault Cléon explique quil va falloir produire plus de moteurs et travailler davantage le samedi. Dun autre côté, et dans la même agglomération, il y a des milliers de chômeurs qui ne demandent quà être embauchés !
Lundi après-midi, nous avons occupé la Chambre de Commerce et dIndustrie. Cette fois, nous étions près dune centaine, dont une petite délégation douvriers de Renault. Tout le monde affirmait quil faudra bien faire payer les grands patrons.
Mardi matin à 7 heures nous en avons été expulsés par les CRS. Ceux-ci sont arrivés par derrière et sont intervenus sans sommation. La commissaire qui dirigeait lopération a crié : " Il faut me jeter tout ça dehors ! ". Un autre flic a déclaré : " On ne peut pas faire de forçage sans casse...". Ils ont cassé une porte vitrée et déchiré une des banderoles que les chômeurs avaient installée. Pas démoralisés du tout par cette nouvelle intervention des flics à laquelle nous nous attendions, nous nous sommes rendus dans la journée à la mairie dElbeuf dont laccès était bloqué par un barrage. Le maire socialiste nous a fait attendre plusieurs heures sous la pluie avant de nous recevoir, pendant que la police fermait le passage, empêchant ainsi le personnel dentrer. Le maire sest une fois de plus défilé quand nous lui avons demandé des explications sur son attitude hypocrite depuis le début du mouvement.
La manifestation de soutien qui avait lieu dans les rues de Rouen a rassemblé près de 1000 personnes. Un des jeunes qui participe à la lutte a exprimé le ton du mouvement : " La vie, cest un combat. On ne veut pas se battre seulement pour survivre mais pour vivre vraiment ".
Mouvement des
chômeurs à Bordeaux :
tous ensemble avec les salariés et les
jeunes !
Mercredi 7 janvier, la journée d'occupation de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Bordeaux s'est terminée une nouvelle fois par les CRS venus en force nous déloger. Le lendemain, le mouvement a continué par l'occupation de la banque du CIC aux cris de : " De l'argent, il y en a, on sait qu'il est là ! ". Nous y sommes restés toute la journée en déployant banderoles et drapeaux. C'est en chantant l'Internationale que nous avons bu l'apéro offert sur place par le syndicat CGT de la banque avant de rejoindre le restaurant de la BNP où un repas chaud nous a été servi. Le représentant de la CGT de la banque a exprimé sa solidarité en nous disant que dans la banque aussi il y avait des restructurations et donc des licenciements. Vendredi c'est la CAF que nous avons occupée où, après la déclaration de Jospin, un chômeur a vite fait le compte : un milliard de francs = 143 F par chômeur. Dans l'AG qui a suivi, les réactions de colère face aux miettes et au mépris du gouvernement ont été virulentes. Il était souvent question des 130 milliards alloués au Crédit Lyonnais face au petit milliard pour les chômeurs. Dans l'après-midi, lors de l'AG à la Bourse du Travail, un tract a été rédigé en commun entre la CGT et les associations de chômeurs pour la manifestation de samedi qui a regroupé plus de 1000 personnes dont beaucoup de salariés. Lundi matin, nous avons envahi le luxueux bâtiment de l'Hôtel de Région où nous avons contraint le président du Conseil Général Valade qui présentait ce jour-là ses vux à la presse, à venir écouter nos vux à nous. Les camarades venus porter le casse-croûte ayant été bousculés par les forces de l'ordre, le député PC Barrière nous a distribué une copie d'un fax qu'il venait d'envoyer à Chevènement et qui se terminait par ces deux phrases : " Il conviendrait que la légitime protection des établissements publics se fasse avec beaucoup plus de discernement. Je voulais vous le dire afin que la difficile mission de la gauche ne soit pas entachée ". A 15H 30 les CRS étaient là, ils nous ont fait sortir pendant que nous scandions des slogans et chantions l'Inter. Une fois dehors, nous sommes allés occuper pendant deux heures l'ANPE toute proche en disant devant les caméras : " on nous sort d'un côté, on rentre ailleurs quand on veut ". Mardi matin, la manifestation a regroupé un millier de manifestants dont des travailleurs de plusieurs entreprises venus à l'appel de syndicats CGT et SUD bien qu'il n'y ait pas eu d'appel national à la grève, ainsi que des jeunes, lycéens et étudiants. Parmi les slogans il y avait : " Tous ensemble ! ", " CES-CIE = travail gratuit, profits maxi ", " Oui à la consommation, non à la spéculation ! ", " Contrôle de l'argent versé aux entreprises pour l'emploi "... Dans l'AG qui a suivi, à la Bourse du Travail, la plupart des interventions militaient pour une lutte d'ensemble des salariés et des chômeurs ; nous avons discuté aussi des actions à mener le lendemain. Nous sommes toujours aussi déterminés et le mouvement, loin de faiblir, s'étend.
Au Havre les chômeurs continuent la lutte
Après lexpulsion de lANPE mercredi 7 janvier, une manifestation a eu lieu le vendredi suivant pour protester contre lintervention policière, regroupant environ 200 personnes. Le lundi, à une trentaine, les chômeurs ont proposé daller exprimer leur colère dans les banques. En effet, la fermeture des ASSEDIC a retardé leur virement et ils vont payer des frais bancaires et des agios sur des prélèvements qui ont créé des découverts. Un chômeur a dit : " les patrons qui ont touché de largent pour embaucher et qui ne lont pas fait, on devrait les forcer à rendre ce quils ont touché. Nous, quand on doit si peu que ce soit, on nous envoie lhuissier ; là il sagit de centaines de millions ". Un militant JC après avoir expliqué pourquoi le mouvement était encore minoritaire a poursuivi : " Chaque personne doit aller en trouver une ou deux autres pour la convaincre que la pauvreté ce nest pas comme la pluie. Quand il pleut on ny peut rien, mais la pauvreté cest voulu, il faut les convaincre quils doivent sortir dans la rue. Chez eux ils se sentent seuls mais tous ensemble on est une force qui peut prendre largent où il y en a ".
La militante dAC ! qui tient la réunion enchaîne : " Cest un début de mouvement. Cest pourquoi nous ne sommes pas nombreux. Mais nous les chômeurs nous commençons à redresser la tête. Il faut que nous nous battions aussi avec les autres salariés. Nous ne sommes pas responsables de ne pas avoir demploi, nous ne sommes pas responsables dêtre assistés. La honte doit retomber sur les vrais responsables : le patronat ".
Un assistant a proposé de manifester devant le local du PS. Cela a suscité une discussion, les uns pensant que les socialistes dici étaient pour le mouvement, les autres pensant quils avaient un double langage. La militante dAC ! a proposé une manifestation régionale le samedi 17 et il a été décidé de continuer des actions de harcèlement tous les jours.
Mardi 13 : rassemblement devant la sous-préfecture à 90 personnes. Quand on a vu que lASSEDIC était ouverte, on y est allés en trois groupes par trois trajets différents. La grande porte était fermée : on est rentré par une petite derrière. La militante dAC ! prend la parole sur les marches : " On se bat pour notre dignité. On fait peur à lEtat parce que nous, personne ne peut nous faire reprendre le boulot... On nous fait rentrer par la petite porte, cest honteux ". Alors la direction de lASSEDIC a ouvert la grande porte. Les chômeurs présents ont considéré cela comme une victoire. Un appel a été lancé pour la manifestation du soir à 17 heures.
Chômeurs : le mouvement à Angoulême
Cest lundi 12 janvier qua eu lieu la manifestation des chômeurs à Angoulême. Cette manifestation a été convoquée suite à loccupation des locaux des ASSEDIC le mercredi 7 janvier par une centaine de chômeurs en colère qui disaient : " Ces locaux ont été payés avec nos cotisations. On est chez nous ". La seule réponse du directeur régional des ASSEDIC aux chômeurs qui réclamaient du travail a été de demander au Préfet lévacuation des locaux ! La police est intervenue en effet peu après de manière particulièrement brutale malgré, notait la presse locale, " la présence de femmes, denfants et dun handicapé ".
Les chômeurs ne désarmaient pas pour autant et dans la soirée, ils bloquaient deux T. G. V. en gare dAngoulême et prenaient à partie le député du PS, Violet, qui passait par là. Le lendemain, les chômeurs reprenaient leurs actions et tentaient doccuper à nouveau lantenne ASSEDIC, mais la direction avait mis la clé sous la porte !
La manifestation de lundi, à lappel du Comité de chômeurs et de la CGT pour soutenir le mouvement des chômeurs et contre lintervention des flics a été un succès. 300 personnes ont défilé dans les rues, devant le CNPF et la Préfecture en criant des slogans contre le chômage et en chantant lInternationale. Beaucoup de manifestants étaient des salariés, militants syndicalistes, venus des grosses usines de la région (Leroy-Somer, Arsenal de Ruelle, Télémécanique, Saft... ) apporter leur soutien et affirmer leur solidarité avec les travailleurs privés demploi. Dans la manif les discussions allaient bon train pour commenter lattitude des patrons, du gouvernement et des syndicats. Nombreux sont ceux qui ont compris que ces gens ne sont pas du côté des chômeurs. Un responsable du comité de chômeurs de la CGT disait quil avait été outré des déclarations de satisfaction de Viannet à la sortie de son entrevue avec Jospin et que le comité lui avait écrit pour lui dire son désaccord complet.
Actions des chômeurs en Lorraine
Laction des chômeurs à Metz a débuté le mardi 6 janvier, avec loccupation par une cinquantaine de personnes dune antenne ASSEDIC à linitiative de la CGT et dAC !, et une manifestation le lendemain qui a rassemblé plus de 200 personnes. Pendant la manifestation, le directeur a envoyé un huissier pour constater que loccupation empêchait le fonctionnement de lantenne... alors quil avait lui-même renvoyé les salariés chez eux ! Il sest fait vivement interpeller par des chômeurs dans des situations très difficiles, les uns nayant pas travaillé depuis 7 ans ou plus, dautres ayant dû vivre dans la rue. Le tribunal de Metz a jugé loccupation illicite et jeudi 8 en fin de soirée cétait lexpulsion. Des chômeurs et des militants CGT dénonçaient la responsabilité du gouvernement dans ces expulsions musclées. Le lendemain, les chômeurs ont occupé la Chambre de Commerce, jusqu'à une nouvelle expulsion le dimanche 11 au soir. Lundi après-midi, loccupation de la Mairie de Metz na duré quune demi-heure avant une nouvelle expulsion. A chaque fois la même scène : les chômeurs assis et bien accrochés les uns aux autres... que les CRS ont bien du mal à démêler avant de les traîner dehors. A la manifestation de mardi 13, il y a eu 1000 personnes à Metz.
A Nancy, lANPE a été occupée à une centaine mercredi 7 janvier, jusquau lendemain soir, à linitiative dAC ! et de la CGT. Mercredi en fin de soirée, des syndicalistes (CGT, SUD et CNT) du tri postal sont venus proposer des repas chauds fournis par les cuisiniers de la Poste et apporter leur soutien à la lutte des chômeurs, applaudis par la quarantaine de présents : le tri compte une centaine demplois précaires, et les revendications des postiers rencontrent directement celles des chômeurs.
Jeudi soir en labsence de certains occupants actifs, le préfet a obtenu lévacuation de lANPE mais dès vendredi soir le choix doccuper était réaffirmé en assemblée générale. Tout en acceptant le soutien des organisations dans les occupations, il fût convenu que lassemblée des chômeurs resterait souveraine dans ses décisions.
Lundi 12 la manifestation dune centaine de personnes laprès-midi est parvenue à déjouer lattention des flics pour occuper... lantenne locale de la Bourse. Prise symbolique, permettant de dénoncer les milliards de profits pendant que les chômeurs revendiquent des mesures durgence, laugmentation des minima sociaux et lextension du RMI aux jeunes de moins de 25 ans. Nous sommes restés à une trentaine pendant la nuit, principalement des jeunes, travailleurs précaires ou sans emplois, étudiants, militants communistes ou libertaires. Le lieu choisi a été loccasion de discussions jusquau bout de la nuit, sur cette société dominée par les financiers. Le tract du Collectif unitaire contre le chômage appelant à la manifestation du 13 janvier qui a rassemblé plus de 300 personnes sachève ainsi : " Travailleurs privés demplois, salariés, étudiants, exclus : unissons-nous, cest tous ensemble quon doit lutter ".
La manifestation des chômeurs à Paris
A la manif à Paris, mardi dernier, qui commençait pourtant à midi, nous étions plus de 5000 à dire notre colère contre le mépris du gouvernement. Nous avons défilé dans les quartiers luxueux, entre le Ministère du Travail et le siège du CNPF où nous attendait un barrage de CRS. Les slogans sur le ras-le-bol du chômage étaient repris avec colère et on sentait chez tous les manifestants la volonté daller jusquau bout. Quand nous sommes arrivés devant le siège du patronat, alors que la CGT appelait à la dispersion, nombreux étaient ceux à ne pas vouloir en rester là. Lidée a circulé de continuer à manifester et daller occuper la Bourse du commerce. Dans le métro, lambiance était dynamique et fraternelle, les chômeurs appelaient les salariés à rejoindre leur lutte et nous étions accueillis avec beaucoup de sympathie. Les discussions allaient bon train. Chacun racontait comment il a été licencié, comment il survit avec des miettes : " Jai envoyé 250 lettres de candidatures, je nai pas eu un seul entretien ; alors maintenant jen ai assez de mendier un travail, jai décidé de me battre ". Une femme dune quarantaine dannées racontait quelle était au chômage depuis sept ans, quelle senfermait dans son isolement et que pour elle le fait de voir que nous nous retrouvions nombreux dans la rue lui a redonné de la dignité. Un homme dont cétait la première manif depuis 68 : " La gauche au gouvernement, cest vraiment de la m , maintenant on se fera plus avoir ! ". Une jeune femme qui a démissionné dun boulot de femme de ménage où elle était traitée comme une esclave, et qui, depuis, au chômage, ne touche aucune indemnité : " ce qui est terrible, cest quon se sent coupable mais maintenant cest fini, ils ne peuvent plus nous faire croire que les chômeurs sont des fainéants, nous sommes trop nombreux ! ".
Arrivés à la Bourse, nous avons devancé de peu les CRS qui nous attendaient à lHôtel de Ville. Quelques centaines de manifestants réussirent à entrer dans la Bourse avant que les CRS chargent sans ménagement. Ils cherchèrent à faire sortir violemment des occupants. Après deux heures doccupation, nous sommes repartis en cortège jusquau Sénat où les sans-papiers étaient rassemblés. Lidée que les luttes doivent fusionner et que nous avons les mêmes adversaires se fait de plus en plus évidente. Les slogans " travailleurs, chômeurs, immigrés, mêmes patrons, même combat ", ou " du travail pour tous et des papiers pour tous " accompagnaient les autres.
Le nouveau fonctionnement des ASSEDIC aggrave la précarité
Depuis le 15 décembre 1997, il nest plus possible de se réinscrire à lANPE directement. Dorénavant, chacun doit demander par téléphone un dossier à lASSEDIC. Lorsquenfin la communication a pu sétablir, le problème nest pas résolu pour autant. Quel que soit le délai de réception du dossier (environ 15 jours) on nous somme de le renvoyer impérativement dans les cinq jours, " sous peine de voir notre indemnisation retardée ". Le délai est dautant plus court quil faut y joindre de nombreux justificatifs et que le tout " doit être retourné par courrier obligatoirement ". Toutes ces procédures retardent notre indemnisation. Voilà comment la précarisation des chômeurs saggrave.