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La rencontre militante ouvrière : un succès qui ne restera pas sans lendemain

Plus de 500 militants se revendiquant des idées révolutionnaires et de la lutte de classes se sont retrouvés les 10 et 11 janvier dans la banlieue parisienne à l’initiative de la tendance Révolution! de la LCR, de la fraction Communiste Révolutionnaire (l’Etincelle) et de Voix des Travailleurs. Cette rencontre a été un succès qui a été ressenti comme tel par tous les participants. La plupart des groupes révolutionnaires avaient été invités et ont participé aux discussions. De fait, jamais une rencontre de ce type se donnant pour but d’échanger des expériences et des points de vue sur tous les problèmes concernant le monde du travail n’avait réuni jusqu’alors en France autant de militants de courants aussi différents. Plusieurs militants révolutionnaires anglais, allemands et italiens étaient également présents.

Un des buts que s’étaient fixés les tendances organisatrices et qui a été complètement atteint, était que les échanges puissent se faire sans sectarisme, sans formalisme et dans l’ambiance la plus fraternelle possible. Bien des militants et des travailleurs sympathisant avec tel ou tel courant auront pu constater avec plaisir que les discussions étaient non seulement enrichissantes mais qu’elles révélaient des convergences, voire des accords fondamentaux sur des questions essentielles. D’emblée tout le monde s’est retrouvé d’accord pour n’accorder aucune confiance au gouvernement de la gauche qui sert les intérêts de la bourgeoisie. De tous les débats il ressortait que nous ne comptions tous, pour changer cette société, que sur les luttes de la classe ouvrière et ses capacités à s’organiser démocratiquement. Et cela que ce soit dans des syndicats, des comités de grève ou au niveau le plus décisif, en construisant une force politique, un parti ouvrier capable de mener les luttes sans qu’elles puissent être trahies, un parti capable de donner des perspectives d’ensemble au monde du travail.

A présent chacun est en droit d’attendre que nous avancions dans notre rapprochement.

 

Fusions, acquisitions, O.P.A. : les records de parasitisme du capital financier

1997 aura été une année record pour les acquisitions ou fusions réalisées par les grands groupes capitalistes : sur l’ensemble du monde, ces opérations ont atteint 1600 milliards de dollars, contre 1100 l’an dernier, et 561 milliards en 1994. Des sommes colossales sont ainsi dépensées par les trusts pour accroître leur force de frappe dans la concurrence acharnée qui régit toute la vie économique, et leur impose de concentrer leur capital, sous peine d’être la proie de leurs adversaires. La richesse est monopolisée de cette manière entre les mains d’une oligarchie toujours plus restreinte, qui par le biais de la propriété du capital, oriente et détermine l’ensemble de la production et de la distribution des richesses.

L’accélération de ces opérations financières est le signe le plus manifeste du degré de parasitisme atteint par la domination de la bourgeoisie : les capitalistes ne développent pas la production, les plus gros d’entre eux se contentent de dépouiller les plus faibles, de concentrer entre leurs mains les profits tirés de la production déjà existante, d’augmenter ces profits par la restructuration des entreprises fusionnées, ce qui veut dire licenciements, baisse des salaires et aggravation des conditions de travail. En même temps, la taille atteinte par ces groupes capitalistes géants porte la concurrence à un degré encore plus élevé, qui nécessite l’accroissement des profits, de l’exploitation, entraîne la restriction des capacités de consommation, étouffe toute l’économie.

Il n’y a pas de réforme possible pour un tel système : plus que jamais l’activité économique est le fruit de la coopération de centaines de milliers de salariés au sein d’immenses entreprises, dont les actionnaires ne font que parasiter le travail. Et au-delà, de la coopération de centaines de millions d’hommes à travers le monde.

Seule l’expropriation de ces parasites et la prise en main collective comme l’organisation consciente de toute l’économie par le monde du travail à qui elle revient de droit, pourra libérer ses immenses capacités et satisfaire ainsi les besoins de tous.

" ...Le développement du capitalisme en est arrivé à un point où la production marchande, bien que continuant de " régner " et d’être considérée comme la base de toute l’économie, se trouve en fait ébranlée, et où le gros des bénéfices va au " génie " des machinations financières. A la base de ces machinations et de ces tripotages, il y a la socialisation de la production ; mais l’immense progrès de l’humanité qui s’est haussée jusqu'à cette socialisation profite ...aux spéculateurs. "

LENINE ( L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme)

 

 Vivre c'est aussi le droit de se soigner

Tout le monde a, paraît-il, le même droit à la santé mais la médecine à deux vitesses est devenue une réalité qui touche de plus en plus de personnes. De plus en plus de salariés et de chômeurs peuvent moins, voire pas du tout se soigner.

Selon une enquête récente, en 1993 déjà, une personne sur cinq disait avoir renoncé à se soigner au moins une fois dans l'année, c'est une sur quatre qui y a été contrainte en 1996 et un chômeur sur deux au lieu de un sur trois précédemment. Non seulement, les employés (33 % ), les ouvriers (27,8 % ), mais même les cadres supérieurs (15,7 % ) disent ne plus pouvoir systématiquement se soigner faute de moyens financiers.

Les restrictions sur les dépenses les plus élevées et les moins bien remboursées progressent. 42 % des restrictions sont faites sur les soins dentaires faute de pouvoir les payer. Mais c'est aussi sur l'accès le plus élémentaire aux soins médicaux que les restrictions gagnent du terrain : 29 % en moins pour les consultations et 3 % en moins pour les dépenses pharmaceutiques.

36 % de ceux qui touchent le RMI n'auraient aujourd'hui ni aide médicale ni exonération de la part des dépenses non remboursées par la Sécurité Sociale et seraient donc dans une situation dramatique. Pourtant depuis 1993, les soins sont pris en charge à 100 % pour les RMIstes. Et l'organisme de statistiques qui met ce fait en exergue en conclut qu'il est nécessaire que l'information circule mieux et pour cela qu'il est nécessaire " de mettre en place des structures pour informer ces personnes ". Mais ce n'est pas un simple problème d'information. L'exclusion de la société exclut la possibilité pour ceux auxquels on concède quelques droits de s'en servir entièrement. L'assistance avec le relent de mépris social qu'elle véhicule ne peut rien contre une société de plus en plus dure où la charité d'en haut n'est qu'un emplâtre qui ne peut empêcher la dégradation de se poursuivre.

 

Centenaire du " j’accuse " d'Emile Zola : quand les hommes de la bourgeoisie ont besoin de redorer leur blason

Une toile de 150 m2 reproduisant le texte de Zola et éclairée la nuit par des projecteurs bleu-blanc-rouge sur le fronton de l’Assemblée Nationale, des lettres de Chirac aux familles de Dreyfus et de Zola, qui ont donné " tout leur sens aux valeurs de liberté, de dignité, et de justice ", un communiqué de Fabius qui organise une semaine de commémoration à l’Assemblée, voulant " marquer l'attachement de l'Assemblée nationale aux valeurs de justice, de vérité et de liberté ", un discours de Jospin dénonçant l’antisémitisme, qui est " aux antipodes de l’idéal républicain " : ils se sont tous emparés du centenaire de l’engagement de Zola dans l’affaire Dreyfus.

C’est que l’anniversaire tombe bien, en plein procès Papon, qui révèle le rôle de cet Etat " républicain " dans la déportation et l’extermination des Juifs.

Zola, malgré ses limites, a osé dénoncer l’état-major, gangrené par les idées d’extrême-droite et l’antisémitisme, et affronter toute l’opinion réactionnaire, chose dont ils sont bien incapables. Lucides sur leur médiocrité et leur incapacité, du fait de leur arrivisme, à agir en fonction d’un quelconque idéal, tous ces politiciens ont besoin d’aller chercher dans le siècle passé des représentants plus présentables de leur classe. Au mépris là aussi de toute vérité, puisque la réhabilitation de Dreyfus, loin d’appartenir à la bourgeoisie, a été le fait du mouvement ouvrier socialiste de l’époque, derrière Jaurès, qui s’est engagé dans l’affaire à la suite de Zola.

Le geste de Zola fut un acte de courage, mais son renom, outre qu’il s’inscrit dans cette lutte politique, est dû bien plus à la position sociale de l’écrivain. Affronter les autorités pour dénoncer une injustice, faire respecter les autres, refuser le mensonge et la délation, ce sont des actes de courage fréquents parmi les travailleurs, qui veulent préserver leur propre dignité.

Quant à Zola lui-même, il ne dépare pas au fronton de l’Assemblée. Il a montré assez de courage pour s’engager sans réserve dans une cause juste, et mettre sa plume à son service, mais c’était un intellectuel de la bourgeoisie, qui n’a jamais dépassé les préjugés de son milieu social. Peu de temps avant la répression sanglante des ouvriers parisiens de la Commune, qui fit 50 000 morts, il approuvait la politique de Thiers qui s’apprêtait à l’écraser, condamnant " l’anarchie " et le " désordre "... pour s’apitoyer ensuite sur les victimes. Comme bien des intellectuels de la bourgeoisie, à qui celle-ci permet une relative indépendance en période de calme social, Zola a choisi son camp lorsque la classe ouvrière menaçait l’ordre établi. Du côté du peuple, il ne l’était que lorsque celui-ci était soumis ou vaincu.

 

Chez Leclerc à Marly (près de Metz), on n’est pas a la fête !

Pendant la période des fêtes de fin d’année, les patrons de la grande distribution font des affaires en or, et l’exploitation des salariés s’intensifie. Alors que Leclerc impose fréquemment des contrats de 30 ou 22 heures, bon nombre d’entre nous ont dû faire des heures supplémentaires, et cela malgré les quelques embauches en CDD faites pour l’occasion. A ces derniers, la direction a également imposé des heures supplémentaires : ils ont ainsi parfois travaillé jusqu'à 12 heures par jour, étalées de 5 heures du matin jusqu’à la fermeture du magasin (21 heures), sans avoir le choix. Ces heures supplémentaires, la direction n’envisage pas de les payer, et il sera très difficile pour les camarades en contrat longue durée de les récupérer. A cela s’ajoutent les horaires flexibles, donnés d’une semaine sur l’autre dans certains rayons comme les fruits et légumes ou la boulangerie, ce qui rend impossible de prévoir quoi que ce soit à l’avance.

Depuis quelques années, l’inventaire du mois de décembre était habituellement fait le 31 après la journée de travail, parfois jusqu'à 21 heures : bonjour le réveillon ! Cette année, il a été reporté au 3 janvier, et la résistance des travailleurs concernés n’y est sans doute pas étrangère. Jusqu’au printemps 97, il arrivait que certains d’entre nous fassent l’inventaire mensuel jusqu'à 22 heures pour reprendre le lendemain matin à 5 heures. Depuis un coup de fil à l’inspection du travail, si on fait l’inventaire le soir on ne reprend que le lendemain après-midi.

La sécurité quant à elle laisse souvent à désirer. Ainsi à la réserve surgelés, le sol est une vraie patinoire, tous les néons ne fonctionnent pas et la veilleuse ne marche plus depuis longtemps, ce qui laisserait ceux qui y travaillent dans le noir complet par –25°C en cas de fermeture accidentelle des portes du congélateur. Les tentatives auprès des responsables pour remédier à la situation sont restées vaines et sans explications. En fait, il faudrait effectuer des réparations sur la ventilation, ce qui signifie vider la réserve et donc du " manque à gagner" pour Leclerc.

Le discours de la direction, c’est qu’il faut que le centre Leclerc de Marly récemment implanté soit rentable... Mais c’est dans tout le groupe Leclerc les mêmes méthodes.

 

Changement de propriétaire à Chambourcy

Deux mois après l’annonce de la fermeture du site de Carbon Blanc dans la banlieue de Bordeaux, le trust Nestlé a finalement trouvé un repreneur, un certain Aubagnac, qui possédait encore récemment plusieurs usines qu’il a revendues ; nous n’en savons pas plus sur ce Monsieur Providence !

Nestlé disait fermer le site de Carbon Blanc pour cause de " faible densité laitière dans la région " et prétendait que l’usine était déficitaire. En fait, l’usine va continuer à tourner avec le lait produit dans la région et même à fabriquer des produits Nestlé pendant encore 15 mois.

Il apparaît aujourd’hui clairement, ce que tout le monde savait déjà, Nestlé ferme pour augmenter la productivité des quatre sites restants et faire encore plus de profits.