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La réforme des Caisses d’Epargne : les économies de la population kidnappées au profit de la finance

Mercredi 17 mars, les députés doivent adopter la réforme du statut des Caisses d’Epargne. Dans le cadre de sa politique de privatisations tous azimuts, le gouvernement Jospin, après avoir fait baisser le taux de rémunération des livrets A, s’attaque maintenant à l’existence même des Caisses d’Epargne. Officiellement, il n’est pas question de leur privatisation, le mot n’est pas prononcé, mais le projet prévoit qu’elles pourront désormais participer aux rachats et fusions bancaires en plein boom. Et si les députés du Parti communiste et des Verts ont eu des velléités d’opposition, il semble que l’adoption de leurs amendements, sur " la mission de lutte contre l’exclusion " pour ceux du Parti communiste et sur " la protection de l’environnement et le développement durable du territoire " pour les Verts, amendements sans conséquence réelle, les ait convaincus. Seuls les députés du Parti communiste ne se sont pas encore prononcés sur leur vote au Parlement.

Pour l’essentiel recueillant les économies de la population mises de côté pour faire face aux coups durs de l’existence, il est inacceptable pour les banquiers que ces sommes d’argent ne puissent pas servir à la spéculation financière. Hypocritement, le gouvernement déclare que le nouveau statut tient compte de " la mise en œuvre des principes de solidarité et de lutte contre les exclusions ", mais le fait qu’elles puissent participer désormais à l’euphorie de la spéculation du capital, en font des organismes qui n’auront rien à envier au privé. Et comme à chaque fois que le ministre de l’Economie se prépare à de nouveaux mauvais coups, un rapport d’un expert soi-disant objectif a été réalisé en avril dernier, déclarant que le statut à but non lucratif des Caisses d’Epargne n’était plus adapté. Désormais, dotées d’un statut de banque coopérative semblable à celui de banques comme le Crédit Agricole ou le Crédit Mutuel, elles devront alimenter jusqu’en 2003 le fonds de réserve pour les retraites mis en place par le gouvernement. 18 milliards de francs seront vendus en parts coopératives ou en obligations à taux fixe au profit de l’Etat qui, sans aucun contrôle, s’en servira pour les retraites ou sera l’intermédiaire pour d’autres placements auprès de la finance. A terme, il est question que l’existence même des livrets A soit remis en cause. En permettant à la finance de mettre la main sur les Caisses d’Epargne, le gouvernement fait un beau cadeau aux financiers avec l’argent de la population.

Cette politique ne passe pas auprès des employés des Caisses d’Epargne qui ne sont pas dupes des déclarations comme quoi il s’agit de " répondre plus complètement aux attentes des clients, dans un monde bancaire en pleine évolution ", selon le Cencep, organisme dirigeant le groupe. Les 2 et 3 mars derniers, ils étaient en grève à l’appel de l’intersyndicale CGT-CFDT-Syndicat unifié de l’Ecureil, après avoir déjà manifesté à plusieurs reprises.

Pour la régularisation de tous les sans-papiers,
Pour une Europe démocratique des travailleurs, ouverte et solidaire,
manifestation européenne le 27 mars à Paris

Pour dénoncer la politique des gouvernements européens, pour exiger la régularisation de tous les sans-papiers, l’arrêt des expulsions et le retour des expulsés, la fermeture des centres de rétention, l’abolition de la double peine, pour affirmer la nécessité d'une Europe démocratique, ouverte à tous, qui naîtra des luttes des opprimés de toute l’Europe, avec ou sans-papiers, participons nombreux à la manifestation européenne, samedi 27 mars à 14 h, Place d’Italie à Paris.

Après le succès du 15 mars, la mobilisation des enseignants se poursuit et se renforce

Lundi 15 mars, la journée de grève dans l’Education nationale a mobilisé une majorité d’enseignants. Les pourcentages de grévistes varient beaucoup mais toutes les écoles, les collèges et les lycées ont été touchés dans tout le pays et les grévistes ont représenté en moyenne une bonne moitié des effectifs présents. Des manifestations ont eu lieu dans toutes les grandes villes et souvent dans les villes moyennes. Il y avait longtemps qu’on n’avait pas vu une telle mobilisation, toutes catégories d’enseignants confondues. Le fait qu’elle ait lieu alors que ce sont les partis de la " gauche plurielle " qui sont au gouvernement est significatif de la profondeur du mécontentement. Le mot d’ordre " démission d’Allègre " (souvent alors traité de " bouffon "), scandé un peu partout par une fraction significative des enseignants entérine le discrédit du ministre et, à travers lui, de la politique libérale du gouvernement Jospin. Allègre et " son ami de 40 ans " Jospin acquiescent au désir de la bourgeoisie de casser le service public d’éducation : les économies sur les budgets et les effectifs, la précarisation des personnels, la mise sous tutelle par le patronat de l’enseignement professionnel, la mise en concurrence des établissements pour les crédits sont les lignes directrices de cette politique. Le mépris et la démagogie d’Allègre n’en sont que les avatars. Qu’il en ait rabattu dans ce domaine est un premier acquis des mobilisations et nombreux sont les enseignants à y voir un encouragement à poursuivre la lutte.

La prochaine étape est la manifestation nationale du samedi 20 mars. Celle-ci doit être la plus massive possible. La dernière manifestation de ce genre remonte à 1994… contre un gouvernement de droite. Cela mesure le chemin déjà parcouru dans les esprits de tous ceux qui auront à cœur de défiler samedi. Ce sont ces enseignants, qui pourront donner une suite au mouvement, en menant une véritable lutte d’influence contre le poids du PS, de ses réseaux et contre les tergiversations des directions syndicales

Aucune des fédérations syndicales de l’enseignement ne veut réellement s’affronter au gouvernement. Celles qui, comme le SNES, syndicat majoritaire dans les collèges et les lycées, s’affirment aujourd’hui contre les projets d’Allègre ont longtemps hésité à le faire et tiennent encore aujourd’hui à affirmer qu’il y a " des points positifs " ou se refusent à exiger la démission d’Allègre. Les autres fédérations syndicales, notamment le SNUIPP, majoritaire dans les écoles, sont même en deçà, puisqu’elles se déclarent, en gros, " pour les réformes, mais avec des moyens ". C’est avec beaucoup de réticences que ces syndicats ont appelé à la grève le 15 mars et pour la manifestation parisienne, ils ont même tenu à faire deux cortèges séparés. Les syndicats du primaire refusent d’ailleurs d’appeler à la manifestation nationale prévue le 20 mars.

C’est sous la pression de la base des enseignants, des personnels de l’Education nationale et des lycéens que les fédérations syndicales ont fini par lancer des mots d’ordre nationaux. La mobilisation des surveillants puis des lycéens en octobre et novembre dernier, la multiplication des mouvements de grèves en région parisienne, puis dans de nombreux établissements en province, l’apparition des " coordinations " et des " collectifs " se prononçant clairement contre Allègre et sa réforme, tout cela a incité les fédérations syndicales à prendre un certain virage, bien timide pour la plupart, et à appeler à la mobilisation.

La volonté de rejeter Allègre et de combattre la politique gouvernementale, qui est profonde, doit se frayer un chemin et trouver son expression claire et nette. Il faut pour cela que les enseignants les plus déterminés militent autour d’eux, se servent des collectifs et des coordinations pour créer des lieux d’échange, de confrontation, lieux que sont incapables d’offrir les syndicats enseignants aujourd’hui. Il ne faut pas pour autant renoncer à gagner la confiance et le soutien des militants syndicalistes, dont certains sont finalement soulagés qu’on les aide à rompre leur solidarité avec ce gouvernement.

Un des enjeux pour la suite, après le 20 mars, est que la mobilisation enseignante parvienne à entraîner toutes les catégories de personnels, les parents d’élèves et les lycéens. C’est-à-dire à retrouver une mobilisation du type de celles qui s’étaient faites en Seine-Saint-Denis l’an dernier, ou en novembre 1995.

Les enjeux sont grands, car à travers la lutte contre la politique d’Allègre, c’est toute la politique du gouvernement qui peut être battue en brèche à l’heure où il multiplie ses attaques, main dans la main avec le patronat, contre tous les salariés, avec ou sans emploi, du public ou du privé.