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La démission de Deschamps, secrétaire national de la FSU, à la veille du 15 mars : un désaveu de la grève et du mouvement des enseignants

Trois jours avant la grève du 15 mars de toute l’Education, Michel Deschamps a démissionné de son poste de secrétaire de la FSU, le principal syndicat enseignant. Il avait déjà annoncé pour bientôt sa retraite, mais il justifie son départ précipité par la campagne pour les élections européennes, après avoir accepté de Hue une place sur la liste du Parti communiste, comme " personnalité du mouvement social ". " Personne ne m’a demandé de devenir communiste, j’appartiens au mouvement social ", a déclaré cet ancien militant CGT, ancien membre du Parti communiste qu’il dit avoir quitté dans les années 70.

Ce qui est sûr, c’est qu’il n’appartient pas au mouvement social enseignant qui partout, depuis plusieurs mois, conteste Allègre et ses réformes et la politique libérale du gouvernement dans l’Education ! Ce n’est que poussé par la large contestation contre la réforme des lycées que le SNES (syndicat du secondaire) a signé le manifeste anti-Allègre lancé par les professeurs des classes préparatoires et largement repris par les profs. Quant au SNUIPP (enseignement primaire), il n’est pas opposé à la Charte du XXIème siècle que rejette la majorité des instituteurs, et est prêt à en discuter avec Allègre.

En démissionnant 3 jours avant la grève, Deschamps désavoue le mouvement des enseignants et lui tourne le dos, en même temps qu’il tourne le dos au mouvement social.

Prison avec sursis pour un portable : la justice condamne un simple geste de solidarité

Une gardienne de prison déjà suspendue de ses fonctions depuis novembre dernier, a été condamnée à un mois de prison avec sursis pour avoir prêté un téléphone portable à une détenue. Corinne Moreau, ancienne ouvrière en bijouterie pendant 11 ans, licenciée, est devenue surveillante de prison pour pouvoir élever seule sa fille de 11 ans.

Valérie Subra, la détenue, avait été condamnée, pour " complicité d’assassinats en bandes organisées ", à la réclusion criminelle à perpétuité avec peine incompressible de 16 ans. En 1984, à 18 ans, rêvant d’argent facile, elle avait servi " d’appât " pour séduire des hommes riches et les dépouiller avec son compagnon et un complice, mais pris dans l’engrenage de la violence, ces vols se sont soldés par la mort d’un avocat parisien et d’un commerçant.

Ayant déjà fait 15 années, Valérie Subra vivait dans l’espoir d’une réduction de sa peine. Mais le juge lui a récemment signifié qu’elle ne sortirait pas avant 2 018 quand elle aura 52 ans après avoir passé 34 années en prison. Il n’est pas difficile d’imaginer son désespoir, ni que ce désespoir ait ému sa gardienne. " J’étais mal, stressée, angoissée. Avec aucune perspective de sortie ". " Elle sentait que j’étais prête à mettre fin à mes jours. Grâce à elle, je n’ai pas commis l’irréparable ".

Devant la Cour, les deux femmes sont restées solidaires et dignes, assumant pleinement leurs actes. " J’ai agi librement. J’avais conscience des risques. (…)Il m’a semblé que de lui apporter une aide, c’était plus important que l’interdit ". Pendant un mois, Valérie Subra a passé 173 coups de fil à ses proches dont 42 appels le soir à sa gardienne devenue son amie et qui a ainsi réussi à éviter le pire.

Le procureur a déclaré " Ce portable aurait pu servir à une évasion ". Après l’avoir traitée de " diabolique " lors de son procès, la justice, contre l’évidence même, continue à vouloir faire passer Valérie Subra pour une dangereuse criminelle allant même jusqu’à dire : " Si elle était membre d’Action directe, ce serait la porte ouverte à l’introduction d’explosifs en prison " !

A propos de la gardienne, il a conclu " Mme Moreau n’est pas faite pour ce type de métier ". Il serait plus juste de dire que ce " type de métier " n’est fait pour aucun être humain.

Non aux expulsions

Le 13 mars à Paris, plusieurs centaines de personnes ont manifesté avec à leur tête A. Jacquard, Miou-Miou, T. Monod et des militants d'extrême-gauche pour réclamer l'arrêt des expulsions, le droit au logement revendiquant " un toit, c'est un droit ".

La trêve hivernale " a pris fin, terme hypocrite qui cache la réalité sordide des expulsions de ceux qui n'ont plus les moyens de payer leur logement. Ils n'ont d'autres choix que de se retrouver à la rue ou de se refugier chez des amis et ou dans de la famille. Ces regroupements de sauvetage ne sont pas sans entraîner souvent leur lot de misère physique ou morale lié au surpeuplement.

Certains expulsés qui ont pourtant un revenu minimum et pourraient avoir droit à un logement à loyer modéré voient leur demande de logement social rejeté. Les villes n'ont pas le plus souvent de logements à proposer car la construction des logements sociaux stagne depuis des années. A Paris, il y avait 60 000 dossiers prioritaires en 1996 et cela n'a pas manqué d'augmenter.

Des milliers de gens en France, faute de pouvoir se loger correctement en sont réduits à chercher à vivre dans des immeubles, sans titre, sans droit, sans hygiène. Ce sont des logements vétustes, souvent hors normes et dangereux pour les occupants avec, par exemple, des peintures au plomb qui provoquent la terrible maladie du saturnisme. L'offre de logements à bas prix se raréfie, l'habitat d'urgence ou temporaire se multiplie, des filières se créent avec la crainte permanente d'une expulsion et de se retrouver un jour SDF, sans-abri.

Besson, le secrétaire d'Etat au Logement, en retard de trois métros vient de sortir des dispositions qui ne seront valables que... l'an prochain.

Et pourtant, face à l'urgence de la situation, des dizaines de milliers de familles expulsées ou expulsables, il y aurait des mesures concrètes à prendre. Des milliers de logements sont vides, inoccupés depuis des mois, voire des années, parce que les propriétaires veulent tirer profit de la location. C'est la réquisition des ces appartements qui est à l'ordre du jour, seule mesure capable de répondre à la nécessité de loger dignement ceux qui en ont besoin.