| " En face des organisations fantaisistes et antagonistes des
sectes, lInternationale est lorganisation réelle et militante
de la classe prolétaire dans tous les pays, liés les uns avec
les autres, dans leur lutte commune contre les capitalistes, les
propriétaires fonciers et leur pouvoir de classe organisé dans
lEtat. Aussi les statuts de lInternationale ne connaissent-ils
que de simples sociétés " ouvrières " poursuivant
toutes le même but et acceptant toutes le même programme qui
se limite à tracer les grands traits du mouvement prolétaire
et en laisse lélaboration théorique à
limpulsion donnée par les nécessités de la lutte
pratique, et à léchange des idées qui se fait,
dans les sections, admettant indistinctement toutes les convictions socialistes
dans leurs organes et leurs congrès. "
Le conseil général de lAIT (Ière internationale) et ses secrétaires -correspondants, le 5 mars 1872. |
En présentant, samedi dernier, une liste " douverture à une modernité humaniste " quil conduira aux élections européennes, Robert Hue a franchi un pas de plus dans la " mutation " quil veut irréversible, du Parti communiste, pour en faire un véritable parti gouvernemental, allié dun Parti socialiste toujours plus à droite. Composée pour moitié de personnalités extérieures au PC, cette liste qui, selon les mots du journal Libération, " ne se veut surtout pas communiste ", prétend représenter - outre les différents courants du PC, des compagnons de route comme le chanteur Jean Ferrat, et des milieux intellectuels proches du Parti socialiste, comme larchitecte Roland Castro -, le mouvement social, avec des militants antiracistes, féministes, du mouvement des chômeurs APEIS, etc, mais qui sont loin de représenter réellement les mouvements de lutte de ces derniers mois, puisquils soutiennent tous, sur le fond, le gouvernement. Cest ainsi que Fodé Sylla, lancien président de SOS Racisme en 5ème position sur la liste, sest déclaré favorable à des quotas dimmigration.
Cest symboliquement en dehors du siège du PC du Colonel Fabien, quont été organisées à cette occasion des festivités, auxquelles a participé le PDG dYves Saint-Laurent, et dont Robert Hue a donné la tonalité, un enthousiasme jovial pour le " changement ". Une campagne qui sera " sérieuse et joyeuse ", a-t-il promis, " on nous voyait le dos rond [...] On attendait un discours frileux, eurosceptique et terne. Nous affirmons un projet euroconstructif. On nous imaginait isolés, voire marginalisés. Nous proposons une liste dynamique et ouverte ".
Comme lancienne déléguée interministérielle, n°2 de la liste, Geneviève Fraisse, Hue se déclare aujourdhui partisan enthousiaste de lEurope, quil veut, dit-il, " sociale ". Tout comme les dirigeants socialistes nous parlent dune Europe sociale tandis quils mettent en uvre les privatisations, le démantèlement des services publics et de la protection sociale, et quils encouragent, les fusions, et leurs cortèges de licenciements.
Louverture prônée par Hue, cest louverture à la politique gouvernementale du Parti socialiste, et au " marché " dont les " communistes, dit-il, ne sont pas des adversaires ". Voici comment le journal patronal La Tribune, commente linterview que Hue lui a accordé lundi dernier : " Lionel Jospin peut dormir tranquille. Les ministres communistes ne claqueront pas la porte du gouvernement pour cause dindigestion de privatisations. " Ceux qui pensent le contraire se trompent, nous navons plus du tout ce genre de démarche ", affirme sans détour Robert Hue. Le Premier ministre a donné son feu vert pour privatiser 91,5 milliards de francs dactifs publics depuis juin 1997. En un peu plus dun an et demi, cest environ deux tiers de la performance réalisée par Edouard Balladur puis Alain Juppé entre 1993 et 1997. Un détail quomet aujourdhui de préciser le secrétaire national du PCF, même sil ne rate jamais une occasion de fustiger " les privatisations rampantes " menées par le gouvernement. Ce dernier va donc pouvoir privatiser ou ouvrir le capital dEramet et du Crédit Lyonnais, et demain, peut être, achever de se désengager de Renault, Thomson-CSF, Thomson Multimédia... Le PCF haussera sans doute le ton, mais lorage passera. "
Ils lont dit et redit, Hue et les dirigeants du Parti communiste comptent rester au gouvernement, et sils affirment rompre avec leur passé stalinien, de toute façon révolu, cest pour assumer jusquau bout la politique anti-ouvrière et libérale du Parti socialiste. Ils rompent de façon irréversible avec les militants du PC restés fidèles au camp du monde du travail, ils tournent le dos à leurs aspirations, et ne leur laissent pas dautre choix, sils veulent continuer à défendre les intérêts et les idées de leur classe, que de satteler, avec les militants dextrême-gauche, à la construction dune nouvelle force politique, véritablement communiste et socialiste, un parti démocratique révolutionnaire des travailleurs et de la jeunesse.
Wall Street, nouveau sommet historique... ou le mirage de l'euphorie américaine, la surchauffe avant le krach
LEuro recule, le dollar monte et leuphorie boursière nen finit pas d'entraîner Wall Street vers de nouveaux records. Elle franchissait mardi dernier le niveau historique des 10 000 points ayant gagné plus de 8 % depuis le début de l'année et ..300 % depuis moins de dix ans. Léconomie américaine subjugue tous les champions du libéralisme. Strauss-Kahn se répand en compliments qui cachent mal sa jalousie, lui qui voit poindre la stagnation pour la France, dans une Europe où les tensions se ravivent sous les effets de la crise mondiale. En ministre qui ne voit pas plus loin que le bout de la Bourse, il croit quil suffirait dimiter les Américains pour que tout aille bien dans le meilleur des mondes capitalistes où la Bourse nen finirait pas de monter. " Jai la conviction profonde que la France est en train dentrer plus vite que ses voisins, dans un nouveau régime de croissance, plus durable, car porté par les nouvelles technologies, comme cela sest passé aux Etats-Unis ". Oui, les Etats-Unis concentrent tous les progrès techniques les plus modernes. Ils les utilisent contre leurs concurrents impérialistes, et surtout contre les peuples et la classe ouvrière américaine dans cette guerre économique qu'ils dominent et qui ravage léconomie mondiale. La croissance américaine se nourrit, dans cette concurrence acharnée, de la récession qui frappe déjà 40 % des populations de la planète, elle lentretient et menace de laggraver.
La France pour essayer de tirer son épingle du jeu comme le rêve Strauss-Kahn, doit intensifier son offensive contre les travailleurs. Subjugué, Strauss-Kahn oublie que si Wall Street atteint des niveaux records, cest que les bourses européennes marquent le pas, que lEuro baisse, parce que lEurope nest pour les financiers encore quun décor sans réalité économique et politique au regard de la force des Etats-Unis. Strauss-Kahn, ébloui par Wall Street, n'en oublie pas cependant quelques évidences libérales. Quand il vante la croissance américaine, cest pour vanter la déréglementation, la libre entreprise, " lesprit dinitiative et de responsabilité " qui privent les travailleurs de tout droit. Il nous vend lavenir qu'il nous prépare, qui est déjà en grande partie là, celui de conditions de travail et de vie sacrifiées pour donner confiance aux financiers, enfin sûrs de faire de fabuleux profits sur la misère du monde du travail.
Une telle politique à laquelle se plient les partis de la gauche plurielle est une folie, elle ruine la croissance réelle qui utiliserait " les progrès technologiques " pour satisfaire les besoins de la population au lieu de les utiliser contre elle pour nourrir le gonflement des profits financiers qui tire toute la société en arrière.
La finance est une véritable drogue pour léconomie capitaliste, elle exige des doses croissantes de profits, fragilise lensemble de lorganisme, le ruine.
Wall Street donne une image fausse, inversée, de la santé de léconomie et de la société américaine, en réalité minée par laggravation des inégalités, la pauvreté et la misère. " Lexubérance irrationnelle " de Wall Street est la conséquence de la récession qui frappe 40 % de la planète comme dune aggravation de lexploitation aux USA.
" Le chômage américain rassure les marchés " titrait Les Echos. Les financiers sont rassurés, le chômage dont on avait tant vanté les chiffres indiquant un recul, augmente à nouveau légèrement alors que les salaires stagnent. Pour les financiers, tout va bien. Et tous de chanter les louanges de cette croissance américaine sans inflation, fermant les yeux sur linflation des profits, la bulle financière.
Cette inflation des profits saccompagne dune reprise du chômage et du blocage des salaires, dune dépression économique mondiale quelle aggrave sans fin jusquà ce que sopère un brutal réajustement. Les dirigeants de l'économie le savent. Greenspan, le Président de la Réserve fédérale (la banque centrale américaine), déclarait : " Une correction des prix des actions pourrait conduire à un ralentissement de la croissance des investissements. De plus, un déclin du marché boursier pourrait restreindre la consommation des ména-ges ". Tout cela est dit en termes mesurés, surtout ne pas créer de panique. Mais il est clair que la masse croissante de capitaux qui affluent à Wall Street ne pourra trouver sa drogue au moment où l'économie mondiale stagne. Les nouveaux profits ne pourront venir que de la ruine de concurrents, que de nouvelles concentrations, d'une exploitation encore plus féroce, limitant encore la production et la consommation. C'est la marche à reculons, la marche vers la récession. La prochaine étape de la crise mondiale pourrait bien être ni la Chine, ni le Japon, ni le Brésil, mais les USA.
La conférence internationale ouvrière de la Gauche de classe à Athènes
Une conférence internationale sest tenue à Athènes du 6 au 10 mars à linitiative de plusieurs organisations et groupes trotskystes, notamment le Parti révolutionnaire des Travailleurs (EEK) de Grèce, le Parti Ouvrier dArgentine, le groupe italien Proposta, le Parti Cause Ouvrière du Brésil, le groupe espagnol publiant " En defensa del Marxismo ", lopposition de gauche du POR de Bolivie, la Ligue trotskyste des USA et lopposition trotskyste internationale (ITO). Les organisateurs de cette conférence avaient invité des représentants de plusieurs autres groupes, des militants de Turquie, de Grèce, du Brésil et de notre tendance Voix des Travailleurs. Lutte Ouvrière avait également été invitée mais sest excusée de son absence dans une lettre où elle invoquait comme raison la mobilisation de tous ses militants pour la campagne des Européennes.
Les groupes organisateurs ont déjà tenu plusieurs conférences de ce type ces dernières années pour uvrer à la construction dune Internationale révolutionnaire qui, dans loptique de ces camarades, ne peut se concevoir que sous la forme de " la refondation de la IVème Internationale ". Même si nous ne pensons pas pour notre part que les conditions soient réunies aujourd'hui pour fonder une Internationale, quelle que soit la façon dont on le conçoive, nous souhaitons que se tissent le maximum de relations entre militants révolutionnaires de différents pays, en particulier entre les courants qui se revendiquent de lhéritage des idées défendues par Trotsky et ses camarades.
Indépendamment de cette différence dappréciation, les organisateurs ont tenu à ce que tous les groupes observateurs puissent participer pleinement à lensemble des discussions. Celles-ci ont été très nombreuses, animées, parfois polémiques mais constamment fraternelles. Elles ont porté sur lappréciation de la crise du système capitaliste et sur ses répercussions politiques à léchelle internationale. La situation politique et sociale de plusieurs pays et régions du monde a été plus largement abordée, celle du Brésil, des Balkans, du Kurdistan et de la France.
A propos de la situation en France, la plupart des militants présents étaient plus particulièrement préoccupés par le contenu de la plate-forme électorale commune à LO et à la LCR. Plusieurs camarades parmi les organisateurs considéraient cette plate-forme comme réformiste et ayant un contenu inquiétant pour lavenir du mouvement ouvrier. Nous sommes intervenus pour relever ce qui nous semblait des critiques très exagérées, notamment quand certains camarades affirmaient que, de fait, cette plate-forme allait dans le même sens que ceux qui réclament la taxe Tobin sur les mouvements de capitaux, sans mettre en cause la propriété des capitalistes. Sans nier que cette profession de foi ait des limites étroitement électorales dues à lévolution politique de ces dernières années aussi bien de LO que de la LCR, nous avons expliqué dans quel contexte politique et social ouvrant des perspectives inédites à lextrême- gauche se situait positivement laccord LO-LCR. A condition bien sûr que lextrême-gauche assume totalement ses responsabilités vis-à-vis des travailleurs qui sont en rupture avec la gauche gouvernementale et vis-à-vis de la jeunesse.
Nous nous sommes engagés à poursuivre des échanges dinformations et de mener des discussions par écrit avec ces camarades. Cette conférence est un nouvel exemple extrêmement positif de limportance des discussions entre tendances révolutionnaires à léchelle internationale comme à léchelle nationale. Les transformations à léchelle mondiale de ces dix dernières années donnent inévitablement un contenu de plus en plus concret et militant à de telles discussions, permettant de déboucher sur des collaborations de plus en plus solides alors que dans la période antérieure, malgré des phases de rapprochement, elles aboutissaient invariablement à recenser avant tout des divergences. Cela conduisait la plupart des tendances à se démarquer des autres, voire à rompre avec les autres. La conséquence en était lisolement des différentes tendances, le refus de débattre et de faire partager ses expériences à dautres militants. Cette époque est révolue. Une nouvelle génération est sensible aux idées de l'internationalisme comme la montré la présence de nombreux jeunes au meeting public réunissant plus de 400 personnes qui sest tenu à lissue de cette conférence.