page 6



Les USA continuent sans bruit leur sale guerre contre le peuple irakien

En décembre 98, malmené par l’affaire Lewinski, Clinton avait orchestré une grossière provocation de l’UNSCOM - cet organisme des Nations Unies dont on a appris depuis qu’il était infiltré par la CIA - pour ameuter la planète en vitupérant contre Saddam Hussein et en déclenchant, l’opération " Renard du désert ", quatre jours de bombardements intenses dont le peuple irakien avait été la première victime.

Depuis, les USA continuent sans relâche leur guerre contre le peuple irakien. Tous les jours, des avions anglais et américains survolent l’Irak et désormais, ils ne se contentent plus de tirer sur les batteries aériennes irakiennes, ils ont carte blanche de leur commandement pour tout objectif qui leur paraît dangereux. Ainsi bombardent-ils des centres de communications, des bâtiments censés être des dépôts ou des fabriques d’armements et les stations de pompage de l’oléoduc vers la Turquie. Officiellement, l’aviation américaine a fait 3 224 sorties et tiré 274 missiles en dix semaines de " paix ". L’un de ces missiles, début janvier, a détruit plusieurs habitations à Bassorah. Les militaires américains appellent cela des " dommages collatéraux ".

Les USA justifient leur sale guerre en disant qu’ils veulent renverser Saddam Hussein. Clinton l’a encore rappelé le 3 mars devant le Congrès : " tant que Saddam Hussein sera au pouvoir, il sera une menace pour son peuple, pour la région et pour la sécurité internationale ". Les USA ont même chargé un de leurs anciens diplomates en Turquie de distribuer quelques millions de dollars à quelques groupes d’opposition irakiens. Mais tout cela n’est que poudre aux yeux. Si Clinton, comme Bush avant lui, voudrait bien se débarrasser de Saddam Hussein pour faire un exemple du sort réservé à ceux qui ne se plient pas aux injonctions des USA, il est obligé de le laisser au pouvoir pour mater et museler son peuple. Le chef des troupes américaines dans le Golfe, le général Zinni a très clairement affirmé : " L’impact d’une désintégration de l’Irak pour la région serait bien plus grave que le maintien au pouvoir d’un Saddam que nous gardons en cage. "

Cela montre tout le cynisme des déclarations américaines justifiant leur guerre par le souci de libérer le peuple irakien de la dictature de Saddam et de lui apporter la paix et la démocratie. En fait, pour les USA, l’ennemi à abattre, ce n’est pas Saddam Hussein, c’est le peuple irakien qu’il affame par un embargo qui tue des milliers d’enfants, privés de nourriture et de médicaments. Ce que craignent les USA, c’est que leur oppression, celle des dictatures sur lesquelles ils s’appuient dans la région, ne provoquent des soulèvements populaires et ne mettent en cause leurs intérêts économiques, ceux de leurs multinationales pétrolières. C’est pour cela qu’ils bombardent et qu’ils affament le peuple irakien.

Démission de Lafontaine : Financiers et patrons resserrent leur pression sur le gouvernement Schröder

Six mois à peine après son arrivée au pouvoir, le gouvernement Schröder, reposant sur une alliance rose et verte est confronté à une crise politique provoquée par la démission du ministre des finances Lafontaine qui a quitté également son poste de président du parti social-démocrate allemand (SPD). Les milieux boursiers ont applaudi le départ de Lafontaine qui avait tenté de se tailler une cote personnelle en parlant de relance de la consommation par la hausse des salaires, et de diminution des taux d’intérêts.

Quelques journalistes ont voulu faire croire à un Schröder réformateur mais celui-ci n’a jamais fait beaucoup illusion auprès des travailleurs et chômeurs allemands. Il avait axé sa campagne électorale autour du slogan " Pour un nouveau centre " et il a toujours aimé se présenter comme " le camarade des patrons ". Aujourd’hui, la démission de Lafontaine confirme nettement cette orientation libérale. Non pas qu’il y ait entre les deux hommes une différence, l’un étant plus à gauche que l’autre. Cette étiquette de gauche collée à l’ex-ministre des Finances est largement usurpée. Etant en concurrence pour l’accession au pouvoir et pour la conquête du SPD, depuis des années, ils devaient bien trouver les moyens de se différencier. Mais sur le fond politique, ils étaient interchangeables. En 93, dans le SPD, Lafontaine apparaissait comme plus à droite que Schröder. Il était alors surnommé " le Thatcher du SPD ", champion de la rigueur pour les salariés bien sûr, préconisant des économies budgétaires et la réduction du temps de travail avec flexibilité sans compensation salariale.

Lafontaine ne voulait pas s’en prendre aux intérêts des patrons et financiers allemands. Il voulait seulement prendre certaines mesures fiscales qui leur déplaisaient, croyant servir ainsi le système financier en péril. Ils ont hurlé par exemple à l’idée d’imposer les provisions des groupes énergétiques, ceux-ci évaluant que cela leur coûterait 120 milliards sur quatre ans. Les patrons décident, les gouvernants doivent se soumettre ou se démettre. Plus largement les lobbies patronaux mènent campagne contre toute velléité du gouvernement Schröder de vouloir contenter son électorat sur quelques points. Face à l’offensive de la droite et de la grande bourgeoisie allemande, celui-ci recule même sur les plus petites choses. Après avoir annoncé la fin du retraitement des déchets allemands dès le 1er janvier 2000, le chancelier a renoncé à tout délai sous la pression des trusts électriques. Il a reculé aussi sur le projet d’accorder la double nationalité à des millions d’étrangers vivant en Allemagne. Face au problème du chômage, sujet de mécontentement numéro un, le gouvernement agite " le Pacte pour l’emploi " qui n’est qu’une version allemande des emplois jeunes, des emplois sous contrat, façon Aubry. Mais le patronat allemand n’a pas encore accepté d’engager des négociations sur le sujet faisant en permanence un chantage sur l’emploi.

Le grand patronat, de l’autre côté de la frontière, comme ici, veut avoir les mains libres pour mener la guerre tous azimuts contre la population laborieuse, pour augmenter ses profits en licenciant, en baissant les salaires, en prenant sur les crédits publics. Il a besoin pour cela de gouvernants complètement à sa botte. Tant pis si cette politique est désastreuse pour l’ensemble de la société. Tant pis si les dirigeants sociaux-démocrates se discréditent à toute vitesse. Des gouvernants, on peut toujours en changer quand ils sont usés. Surtout qu’en Allemagne, la droite n’est pas, comme en France, en pleine déconfiture, elle est encore puissante. La récente victoire électorale du CDU dans le Land de Hesse vient de le confirmer. Et un gouvernement de coalition entre les sociaux-démocrates du SPD et la droite représentée par le CDU (chrétiens démocrates) et les libéraux du FDP est toujours possible. Les Verts allemands au pouvoir n’ont plus qu’à adopter un profil bas s’ils veulent s’accrocher à leur fauteuil ministériel, comme l’a fait Voynet en France après quelques rappels à l’ordre de Jospin. D’ores et déjà, ils donnent des gages au gouvernement Schröder. " Nous voulons maintenant envoyer un signal positif aux entreprises et à l’économie " a déclaré Schlauch, coprésident du groupe parlementaire des Verts.

Les financiers et les patrons allemands n’ont même pas toléré les propos " sociaux " d’un Lafontaine. Tout le personnel politique doit être strictement à leur botte.

Reprise des négociations sur le Kosovo : Le piège inextricable des nationalismes

La première journée de reprise des pourparlers a été marquée par l’acceptation du plan de paix par la délégation des Albanais du Kosovo, alors que la délégation serbe marquait ses désaccords et même remettait en cause des points qu’elle avait acceptés auparavant. Pour autant, ce premier résultat répond aux vœux des membres des grandes puissances du " groupe de contact " qui avaient besoin de l’accord d’au moins une des parties et entendent exercer une pression accrue sur Milosevic.

Pour ce dernier, le Kosovo est partie intégrante de la Grande Serbie, il en est même le berceau historique et doit rester sous contrôle serbe. C’est en se servant de ces thèmes nationalistes que Milosevic avait consolidé son pouvoir en 1989, abrogeant le statut d’autonomie qui était celui du Kosovo depuis 1974. Dans les années suivantes, les Albanais avaient été chassés des universités, évincés de l’administration, persécutés par l’armée et la police contrôlées par les Serbes.

La violence de la répression a contribué à radicaliser la population albanaise qui avait jusqu’alors limité sa revendication à celle d’un statut de République au sein de la Fédération yougoslave. L’aspiration à l’indépendance a alors gagné du terrain. Elle s’est manifestée avec éclat lors du référendum clandestin de septembre 1991, puis de l’élection d’Ibrahim Rugova à la présidence de la " République du Kosovo " lors d’un scrutin déclaré illégal par les autorités de Belgrade. Mais Rugova a perdu sa place de leader incontesté quand sa politique de résistance non-violente s’est avérée incapable de faire respecter le droit des Albanais à décider librement de leur sort.

Le développement rapide de l’UCK (Armée de libération du Kosovo) date de mars 1998. Il s’est réalisé en riposte aux atrocités des forces de répression. La population a été contrainte de quitter les villages et une partie d’entre elle s’est enrôlée dans les rangs de l’UCK qui a proclamé des " territoires libérés ". La disproportion des forces militaires est cependant telle que l’armée serbe a rapidement reconquis l’essentiel du terrain perdu, sans pouvoir toutefois écraser l’UCK qui anime une guérilla permanente. Milosevic ne pourrait rétablir définitivement l’ordre qu’en rasant le pays, mais peut encore infliger des coups très durs au peuple albanais, surtout dans les campagnes où ses soldats se comportent comme des troupes coloniales.

Les indépendantistes ne peuvent espérer l’emporter sur le seul terrain militaire. Ils ont donc finalement décidé de jouer la carte des accords, même si les représentants des grandes puissances ne veulent pas d’un Etat kosovar, et si l’exemple de la Bosnie a montré que la présence de forces d’interposition ne constituait pas une garantie contre les massacres. En acceptant le plan de paix, les représentants albanais espèrent simplement que, lassés par les atermoiements du gouvernement serbe, les gouvernements occidentaux se décideront à une intervention militaire, et qu’ensuite, le temps jouera en leur faveur.

Cependant, d’éventuels bombardements et déploiements de troupes auraient pour premier effet de souder l’ensemble de la population serbe derrière Milosevic. Ce dernier, qui joue depuis le début la carte d’un nationalisme outrancier et bâillonne les quelques journalistes qui se risquent à vouloir informer, dénonce déjà la volonté d’une occupation étrangère d’une partie du territoire national. Des concessions qui lui seraient imposées par les forces de l’OTAN le desserviraient à tout prendre moins que si elles paraissaient librement consenties, car la plupart des partis d’opposition se livrent à une surenchère nationaliste et ne manqueraient pas de dénoncer un " abandon " de la cause serbe.

Anesthésiée depuis dix ans par la propagande nationaliste, la classe ouvrière ne joue actuellement aucun rôle politique indépendant en Serbie. Malgré les ravages de la crise économique qui sévit depuis 1989, la montée du chômage et la baisse du pouvoir d’achat des salaires, il y a peu de grèves et de manifestations. Dans le contexte de l’éclatement de la Yougoslavie, les différents nationalismes se sont acharnés à détruire la solidarité de classe entre tous les travailleurs de l’ex-Yougoslavie et ils y sont parvenus. C’est ce qui permet aujourd’hui à Milosevic d’avoir les mains libres pour exploiter et bâillonner les travailleurs serbes tandis qu’il exerce une oppression et une répression de plus en plus sanglante contre la population albanaise du Kosovo.

Mais la politique des dirigeants de l’UCK comme de la Ligue Démocratique du Kosovo, dont le programme est étroitement nationaliste et qui préfèrent s’en remettre à l’intervention de l’OTAN, ne lui offre aucune perspective. La seule politique permettant aux peuples de la région de se sortir du piège inextricable des nationalismes est celle qui permettra de créer des liens de solidarité entre tous les travailleurs des Balkans.