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35 heures : Martine Aubry peut compter sur des directions syndicales bien complaisantes. Les salariés le sont beaucoup moins !

Dans le cadre de la concertation sur la deuxième loi sur les 35 heures, Martine Aubry a reçu les directions syndicales pour qu’elles lui fassent part de leurs " propositions ", qui ont été très respectueuses des volontés ministérielles.

Transition ou pas transition : un nouveau faux débat pour noyer le poisson

La première de ces rencontres n’a pas vraiment été un affrontement brutal. Le responsable CFDT de " l’action revendicative " a estimé que le premier bilan de la loi Aubry est " positif et encourageant ". Il se félicite que le patronat " au fil du temps a changé de comportement, sûrement par principe de réalité ". Le patronat, Notat le défie… à sa manière : " aujourd’hui, [le patronat] nous dit : "donnez-nous un an et on négocie". Moi je le prends au mot et je lui dis "chiche" ". Et elle a affirmé qu’elle était favorable à une période de transition pour les négociations.

Les autres syndicats se sont empressés de montrer leur " différence ". La CGT a affirmé : " nous sommes contre la période transitoire " et pour FO, Blondel, affirme que les " 35 heures sont incontournables au 1er janvier 2000 ".

Et voilà donc une fausse polémique lancée, d’autant plus dérisoire qu’Aubry a déjà annoncé que le 1er janvier 2000 ne sera pas " une date couperet " et que la " période de transition " sera bel et bien mise en place. C’est à la demande du MEDEF que cet ajournement a été demandé ; Aubry y a consenti très vite et Notat, pour qui la parole d’un gouvernement et les souhaits du patronat sont parole d’Evangile, a dit " oui " comme d’habitude. Les autres disent " non " et lui emboîtent le pas…

L’unité d’action syndicale… pour soutenir le gouvernement et le patronat

Car aujourd’hui, l’heure est à l’unité syndicale. La semaine dernière, l’ensemble des syndicats - à l’exception de FO - ont appelé à des actions et manifestations " pour l’emploi ". Les manifestations qui ont eu lieu n’ont guère eu de succès et c’était bien leur but. Non seulement, les dirigeants syndicaux ont assuré le service minimum dans leur préparation mais leurs propos lénifiants sur la loi Aubry ne risquaient guère d’entraîner les salariés mécontents.

Les dirigeants de la CGT et de la CFDT donnent une illustration concrète de ce que la direction de la CGT entendait par " unité d’action " à son dernier congrès. Ils ont pesé de tout leur poids depuis le vote de la loi pour soutenir le gouvernement et faire avaler la pilule aux travailleurs. Accords de branche, accords dans les entreprises clés comme EDF-GDF, SNCF ou Aérospatiale, ils font tout pour faire accepter aux salariés la politique du patronat et du gouvernement.

Du côté des salariés, des craintes et un mécontentement profonds dont l’expression se heurte à des barrières politiques

Cette semaine d’action pour laquelle les dirigeants syndicaux n’avaient même pas prévu une manifestation nationale a pourtant permis à certains secteurs de salariés d’exprimer leur mécontentement : employés des grands magasins, d’Usinor, de la Direction des constructions navales. Ce mouvement s’exprime de façon sporadique profitant des appels syndicaux aussi timorés soient-ils, et il est bien plus profond que ne le laisse penser la faible participation à ces simagrées syndicales.

Mais l’attitude des directions syndicales et des partis de gauche est pour le moment un barrage difficile à franchir. Ce n’est pas que les travailleurs soient abusés par les mensonges répandus sur les effets de la loi Aubry. C’est qu’ils voient mal comment surmonter les obstacles qui sont devant eux : comment à la fois lutter contre le patronat, le gouvernement et les directions syndicales qui ont montré à la SNCF qu’elles étaient prêtes à peser de tout leur poids pour soutenir les accords ? 

L’émergence d’une force d’opposition ouvrière à la politique gouvernementale serait un encouragement à ceux qui voient clairement que les mesures du gouvernement, et notamment cette loi des trente cinq heures, sont autant d’attaques contre les salariés. Cela leur donnerait confiance pour exprimer largement et publiquement ce qu’ils pensent de cette politique et permettrait de vaincre les réticences et les doutes, d’affirmer haut et fort les revendications qui permettent de défendre nos droits.

J. K.

Le trou de la Sécu 99 : c’est au grand patronat de payer

Le trou de la Sécu en 99 devrait, selon les prévisions de la Commission des comptes de la Sécu, être de plus de cinq milliards de francs et cela sur un budget de 1250 milliards de francs (soit 2,24 % de déficit).

C’est le budget de l’assurance-maladie qui est le plus touché avec 12,3 milliards de déficit, en partie compensé par les excédents prévus des autres branches (vieillesse, allocations familiales).

Aussitôt, le gouvernement essaie de montrer du doigt les soi-disant responsables, ces médecins qui continueraient à prescrire des actes et provoqueraient alors un " dérapage des dépenses de médicaments ".

Alors les " solutions " ne vont pas se faire attendre. Le gouvernement veut faire encore plus d’économies et va faire encore plus pression sur les assurés sociaux pour qu’ils se soignent encore moins (sauf bien entendu s’ils ont les moyens de se passer de la Sécu). C’est la Caisse Nationale d’Assurance Maladie (CNAM) qui va faire les propositions, Caisse dont le directeur est Gilles Johannet qui a déclaré que ces résultats " ne sont pas bons " et dont le président est Jean-Marie Spaeth, le numéro 2 de la CFDT. Ils rêvent de faire mieux que Juppé.

Le plan prévu par la CNAM vise tout le monde et en premier lieu, les assurés sociaux. Il prévoit un contrôle encore plus grand et des stades différents de remboursements entre les " bons " et les " mauvais " patients, pouvant aller jusqu’à la suppression des remboursements. Ensuite, des attaques sont prévues contre les hôpitaux publics pour les " harmoniser " avec les cliniques privées qui font du profit et bénéficient de sérieuses remises de dettes de la part de la Sécu (au titre entre autres de la défense des emplois). Les médecins seront eux aussi divisés en deux catégories : les " sérieux ", qui appliqueront à la lettre les mesures du gouvernement et les autres, les " incompétents ", qui ne seront plus conventionnés par la Sécu. Les médecins seront ainsi classés selon leur docilité à appliquer les directives de la CNAM.

Mais en fait, le gouvernement ne veut surtout pas s’en prendre à ceux qui s’engraissent sur le soi-disant trou de la Sécurité sociale, au premier rang desquels il y a les industries pharmaceutiques. S’agissant des prescriptions remboursées par la Sécu, ces industries ont augmenté leur chiffre d’affaires de 30 % en cinq ans. Mais c’est l’ensemble des entreprises qui profitent du trou. Logiquement, elles cotisent à la Sécu mais, selon la CGT, leurs dettes accumulées s’élèvent depuis 1992 à 93 milliards de francs. L’argent pour combler ce trou et assurer une couverture médicale pour tous digne de ce nom existe donc.

Le gouvernement reproche aux malades de trop dépenser de médicaments. Hypocrisie lorsqu’on sait comment, dans les usines, les patrons font pression pour que les accidents du travail ne soient pas déclarés comme tels, avec parfois des primes collectives pour " 0 accident ". Du coup, 30 milliards de francs de dépenses, qui devraient être pris en charge par la branche " accidents du travail ", se retrouvent sur les comptes de la seule Caisse d’assurance maladie.

Le gouvernement voudrait nous émouvoir avec un déficit de la Sécurité sociale de moins de 2,3 %. En revanche, en cette période de guerre, il se garde bien d’envisager de lutter contre " le dérapage des dépenses d’armement ".

Référendum à la SNCF : la mascarade démocratique

Les fédérations CGT et CFDT de la SNCF ont décidément bien du mal avec les cheminots. Elles avaient décidé dès le départ, au sommet et sans consulter personne, de signer l’accord sur la réduction du temps de travail à la SNCF. " Syndicalisme de proposition " et solidarité gouvernementale obligent, il fallait aider Gayssot et Gallois à faire passer cet accord de flexibilité à la SNCF.

Dès qu’il a été annoncé, le projet de la direction avait soulevé l’hostilité des cheminots. Les fédérations CGT et CFDT ont alors joué la comédie des négociations à rallonge avec la direction pour pouvoir parler " d’avancées signi-ficatives ". Comme les cheminots n’étaient toujours pas convaincus, elles ont discuté en " rencontres bilatérales " et peaufiné le texte avec Gallois pour annoncer fièrement que " l’accord allait dans le bons sens ".

Les cheminots, et en particulier une grande partie des syndiqués CGT, pensaient et disaient exactement l’inverse. C’est ainsi qu’une pétition contre l’accord lancée par des militants à la base dans un nombre limité de secteurs avait recueilli en quelques jours des centaines de signatures. Puis, des milliers de cheminots se sont engouffrés dans un appel à la grève lancé chez les mécanos par la FGAC et relayé à la base par des militants de tous les syndicats. Les fédés CGT et CFDT ont tout fait pour que cette grève n’ait pas lieu. Elle a duré 10 jours et a rencontré la sympathie de toutes les catégories de cheminots. Ayant mis tout leur poids pour que cette grève ne s’étende pas plus, les fédérations pouvaient s’estimer sorties de l’auberge. Pour se dédouaner et lier les mains de tout le monde, elles ont voulu organiser avec la direction un semblant de consultation des cheminots.

Ce " référendum " a été un monument d’hypocrisie. Par une lettre envoyée par la poste à chaque cheminot la direction disait que " des organisations syndicales ", sans dire lesquelles, lui avaient demandé son assistance pour organiser cette consultation. Mais tout de suite, elle s’en lavait les mains en ajoutant que la consultation avait lieu " sous la seule et entière responsabilité des organisations syndicales organisatrices " (toujours sans dire lesquelles !). Suivait un bulletin de vote où il fallait " sans aucune inscription ni commentaire " (les organisateurs étaient méfiants, ils connaissent les cheminots…), non pas répondre franchement " oui " ou " non ", mais cocher la case " je considère que pour l’essentiel le texte proposé va dans le bons sens " ou la case " je considère que pour l’essentiel le texte proposé va dans le mauvais sens ". Même pour un " référendum " les " organi-sateurs " ne peuvent abandonner leur langue de jésuite !

Le bulletin de vote a été envoyé à tous les employés de la SNCF. Même au personnel contractuel, aux CDD et autres emplois précaires. Ceux à qui on ne demande jamais leur avis ont bien dû être surpris d’être cette fois " consultés ". Bien sûr, il n’y a eu ni publication de listes d’inscrits et de participants, ni dépouillement public.

Inutile de préciser que l’encadrement a été mobilisé, et la direction sûre de son coup organisait déjà des séminaires pour discuter avec ses cadres de l’application de l’accord.

Eh bien, d’après les premiers résultats qu’on avait pu avoir mardi soir, il semble que le feu d’artifice démocratique soit un pétard mouillé. Il n’y aurait eu qu’à peine 50 % de cheminots à participer à cette consultation. Et sur ces 50 %, seulement 60 % d’avis favorables. Ensemble, direction, cadres, et fédérations CGT et CFDT (plus de 73 % des voix aux élections professionnelles) n’ont même pas réussi à arracher l’assentiment d’un tiers des cheminots. Si cela se confirme, ce référendum apportera finalement une nouvelle preuve qu’une majorité des cheminots n’accepte pas de se laisser imposer un accord de flexibilité.

La direction et les fédérations syndicales ne renonceront sûrement pas à leur projet comme ça. La direction de la fédération CGT a d’ores et déjà, pour essayer de couper court à tout débat dans ses rangs, annoncé son intention de signer dans les jours qui viennent. Mais les cheminots ne renonceront sûrement pas non plus à leur opposition. Les partisans de l’accord ont abattu une carte biseautée. Les cheminots en ont bien d’autres dans leur sac. La lutte pour une véritable réduction du temps de travail, sans flexibilité ni blocage des salaires, avec embauches massives est plus que jamais à l’ordre du jour.