la sale guerre dans l’ex-Yougoslavie



 La guerre dans l’ex-Yougoslavie : Un tournant vers l’émergence d’un impérialisme européen, qui cherche à s’affirmer face à son rival américain

" Après l’euro, l’élaboration d’une politique de défense et de sécurité commune est le second grand chantier de l’Union européenne ", a déclaré Chirac à l’issue du 73ème sommet franco-allemand qui s’est tenu à Toulouse ce week-end. Cette réunion de Chirac et de Jospin avec le chancelier allemand Schröeder complète une réunion précédente, entre les gouvernements français et anglais, il y a six mois à Saint-Malo, où avait été conclu un accord sur le principe d’une défense européenne commune. Les dirigeants des trois pays les plus puissants d’Europe se sont ainsi mis d’accord sur la nécessité de constituer, à l’intérieur et sous l’égide de l’OTAN, une force armée européenne autonome, qu’ils comptent discuter les 3 et 4 juin lors du sommet de l’Union européenne à Cologne.

Même s'ils y interviennent sous commandement de l’OTAN, les Etats européens ne se sont pas fait forcer la main par l’impérialisme américain pour participer à la guerre. Contraints depuis 40 ans de reconnaître l’hégémonie de l’impérialisme américain, ils n’en ont pas moins toujours défendu les intérêts de trusts puissants qui participent au pillage des peuples à travers le monde. C’est bien en tant que brigands qui ont des intérêts communs avec l’impérialisme le plus fort qu’ils ont apporté leur soutien, sinon participé, aux guerres contre les peuples décidées par celui-ci, comme au Vietnam dans les années 60 et 70, ou en Irak en 91.

Mais la guerre actuelle s’inscrit dans un tournant dans la politique de l’impérialisme en général, et des impérialismes européens face à l’impérialisme américain. De la même façon que la création de l’euro s’est imposée comme une nécessité aux bourgeoisies européennes, pour faire face à la concurrence américaine et asiatique, alors que celle-ci est exacerbée par l’approfondissement de la crise économique, il leur devient aussi nécessaire de se doter d’une force militaire unifiée, capable d’agir sans avoir recours aux Etats-Unis. Dans un cas comme dans l’autre, cette évolution se fait sous l’égide des Etats-Unis qui sont prêts à accepter et même encourager la naissance d’une armée européenne commune pourvu qu’elle leur fasse allégeance, au sein de l’OTAN.

Il peut sembler paradoxal de voir les Etats-Unis favoriser l’émergence dans l’avenir d’un concurrent puissant, mais cela correspond aux intérêts immédiats de leurs trusts aussi bien sur le plan économique, avec la création grâce à l’euro d’un marché européen réellement unifié plus facile à pénétrer, que sur le plan militaire. Les dirigeants de la bourgeoisie américaine sont très conscients que leur Etat sera incapable de faire face sur plusieurs fronts à la fois, alors que l’aggravation de la crise économique, qui exacerbe les tensions sociales et internationales, ne peut que multiplier les foyers de guerres locales ou de révoltes populaires à briser. Or, avec la disparition de l’URSS, qui maintenait l’ordre contre les peuples dans sa zone, l’Europe de l’est et l’ancienne Asie soviétique, sont devenues des régions extrêmement instables.

Du côté des dirigeants des Etats européens, les déclarations sur la nécessité d’une Europe unifiée militairement se sont multipliées au cours de cette guerre, et les Quinze, l’Union européenne, ne cachent pas leur volonté de s’imposer dans les Balkans, comme en Europe de l’est, comme la puissance dominante. C’est dans ce but qu’ils ont mis au point récemment un projet de " pacte de stabilité " pour l’Europe du Sud-est, où l’Union européenne entend jouer un rôle de premier plan qui, selon les mots du ministre des Affaires étrangères, Hubert Védrine, " lui revient de droit ". Au cours de la même réunion, ils se sont même mis d’accord, malgré les réticences en particulier de la France, pour envisager l’intégration de cette zone dans l’Union européenne… à l’avenir.

C’est surtout l’Allemagne, qui est déjà l’impérialisme dominant dans cette région où par exemple le mark joue le rôle de seule monnaie sûre, qui pousse dans ce sens. La guerre actuelle constitue un tournant dans la politique de la bourgeoisie allemande : c’est la première fois depuis la fin de la deuxième guerre mondiale qu’elle a réussi à imposer à sa population que soient envoyées des troupes au combat, et c’est une façon de postuler à imposer son hégémonie sur les autres pays européens. Mais la Grande-Bretagne et la France sont aussi sur les rangs pour tenter de jouer les premiers rôles en Europe.

Car si la coopération des bourgeoisies européennes se réalise de fait, malgré leurs rivalités, ce n’est que sous l’aiguillon de la concurrence américaine et la nécessité d’unir leurs forces contre leurs classes ouvrières et contre les peuples qu’elles entendent se soumettre. Mais elles ne peuvent se résoudre à s’engager plus avant vers une réelle unification autrement qu’à travers des crises violentes, dont cette guerre est la première, et à la faveur desquelles un des impérialismes européens s’imposera aux autres.

Comme la création de l’euro, d’une Europe économique sous l’égide de la Banque centrale européenne, champ de ma-nœuvres des trusts qui concentrent leur puissance de frappe à travers des fusions accompagnées de milliers de licenciements, l’émergence d’une Europe impérialiste, unifiée militairement, ne peut se faire que contre les peuples, dans des rapports de force déterminés par la loi d’un plus fort, qui seul pourra faire taire les rivalités qui opposent les bourgeoisies européennes.

De fait, l’unité des puissances impérialistes européennes est loin d’être réalisée, même si toutes sont unanimes, sur le fond, dans cette guerre. Les classes ouvrières européennes bénéficient d’un répit dans le fait même que les bourgeoisies européennes sont incapables encore de créer l’Etat européen dont ont besoin leurs trusts. Et c’est précisément à travers les crises qui peuvent favoriser l’émergence de celui-ci, qu’apparaîtront de façon claire leurs objectifs réels, et l’opposition entre leurs intérêts et les intérêts de l’immense majorité des populations européennes.

G.T.

L’inculpation de Milosevic pour " crimes contre l’humanité " révèle l’hypocrisie des grandes puissances qui le considèrent toujours comme un interlocuteur privilégié

La secrétaire d’Etat américaine, Madeleine Albright, a piqué une grosse colère contre Louise Arbour, le procureur du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie lorsqu’elle a appris que Milosevic était inculpé pour " crimes contre l’humanité ". Tout son entourage s’est empressé de dire que c’est uniquement parce que Mme Arbour avait promis de la prévenir avant de l’annoncer officiellement. Mais il est plus probable que c’est la décision elle-même qui a embarrassé les dirigeants de l’OTAN.

Il paraît qu’ils avaient tous encouragé le Tribunal pénal international à instruire efficacement le dossier Milosevic. Mais ils ne s’attendaient pas à ce que Louise Arbour fasse preuve d’un zèle intempestif en annonçant son inculpation à chaud, quand la guerre bat son plein ainsi que les tractations diplomatiques avec Belgrade. Ils s’attendaient benoîtement à ce que les responsables du Tribunal aient assez de sens politique pour boucler l’instruction une fois que les grandes puissances auraient réglé le conflit à leur manière.

Cette décision précipitée leur force la main et les oblige à faire semblant de prendre au sérieux toute leur propagande sur le " petit Hitler des Balkans ", qui serait, d’après eux, l’unique responsable de cette guerre. Tous les " principes moraux " sur la nécessité de faire la guerre pour sauver le peuple kosovar de la purification ethnique sont jugés excellents pour les dirigeants impérialistes comme prétexte, comme panneau dans lequel ils voulaient faire tomber leurs opinions publiques. Mais il ne faudrait tout de même pas que ces " principes moraux " les gênent pour régler les problèmes quand ils veulent et avec qui ils veulent, en l’occurrence Milosevic !

Ravalant leur déconvenue, les dirigeants occidentaux ont salué solennellement l’indépendance du Tribunal international et l’inculpation de Milosevic, clamant avec un culot sans pareil qu’elle donnait une base juridique à une guerre qu’ils ont entamée il y a plus de deux mois sans aucune base juridique. L’attachement des brigands impérialistes aux principes juridiques a ainsi été satisfait après coup…

Mais ils considèrent tellement Milosevic comme un interlocuteur incontournable, privilégié et pour tout dire comme un partenaire, que quelques heures plus tard, des diplomates ont commencé à ergoter en faisant remarquer que Milosevic était seulement inculpé et devait bénéficier en tant que tel de " la présomption d’innocence ". L’entourage de Madeleine Albright n’a pas tardé à faire savoir qu’il " n’est pas interdit de se mettre à table avec le diable ". Certains commentateurs rappellent qu’après tout, le diplomate américain Richard Holbrooke avait commencé à négocier avec Karadzic et Mladic, les chefs nationalistes serbes de Bosnie ayant commis les pires atrocités, au moment même où ces gens-là venaient d’être inculpés pour génocide par le Tribunal international. Ces messieurs n’ont d’ailleurs toujours pas été arrêtés en dépit de la présence de 35 000 soldats de l’ONU en Bosnie.

Du côté du ministère des Affaires étrangères français, on a fait remarquer avec cynisme à propos de l’inculpation de Milosevic que : " si les juges disent la loi, les diplomates font la paix. " Mais pour l’instant, Chirac et Jospin font la guerre aux peuples des Balkans aux côtés de Clinton, Blair et Schröder.

Pourquoi veulent-ils traiter avec Milosevic ?

Si les dirigeants occidentaux tiennent tant à traiter avec Milosevic et personne d’autre, il y a plusieurs raisons. Parvenir à le faire céder, lui et non un quelconque sous-fifre, constituerait pour eux un succès politique de grande portée, un renforcement de leur crédibilité comme maîtres du monde à qui personne ne peut résister, ni un dictateur récalcitrant, ni des peuples cherchant à s’émanciper de leur tutelle. Qui plus est, comme le faisait remarquer un journaliste dans " le Figaro " du 28 mai, si une résolution sur le Kosovo finissait par être adoptée par les Nations unies avec l’accord des Russes, " il faudrait bien quelqu’un à Belgrade pour se porter garant de la suite… ". La suite, cela signifie fondamentalement la capacité à maintenir l’ordre dans l’ex-Yougoslavie dévastée par la guerre. Dans l’état actuel des choses, les grandes puissances estiment que Milosevic est le mieux à même de faire régner l’ordre face à des populations susceptibles de se révolter aussi bien contre l’OTAN que contre son régime.

Milosevic n’est pas " un homme fort " aussi facilement interchangeable que des dictateurs du Tiers-monde se contentant d’être à la tête de leur armée, exerçant la répression sans avoir besoin de déployer le moindre talent politique. Dans ce régime pluraliste de façade qu’est l’ex-Yougoslavie réduite à la Serbie et au Monténégro, il a prouvé aux couches dirigeantes serbes et aux Etats impérialistes, ses capacités à manœuvrer, à jongler avec les rapports de force, à réprimer et à tromper les classes populaires, à pousser à l’exil mais surtout à acheter ses opposants politiques en les associant au pouvoir et aux trafics en tous genres. Milosevic est le produit d’une sélection sévère sur plus de dix ans au sein du milieu des politiciens nationalistes serbes, toujours prêts à commettre un massacre ou à retourner leur veste pour garder leurs privilèges. Celui qui succédera à Milosevic aura bien du mal à s’imposer à tous les clans, à toutes les coteries et à être un relais efficace à l’ordre que les impérialistes veulent faire régner dans les Balkans. Seuls les peuples et les travailleurs peuvent déjouer les calculs des chefs de l’OTAN comme de Milosevic. L’épisode de son inculpation gênante dévoile leur hypocrisie et va contribuer à leur prise de conscience.

Samuel Holder

Les bombardements de plus en plus systématiques contre les populations prouvent à l'évidence que l'OTAN se prépare à poursuivre la guerre contre tous les peuples des Balkans

Les bombardements des avions de l'OTAN contre des objectifs civils tels qu'un sanatorium ou des lieux d'habitation se multiplient à une telle cadence que les raisons profondes de cette guerre ne peuvent plus être masquées par les discours humanitaires de Chirac et Jospin ou par les " excuses " ou les justifications fantaisistes de Jamie Shea, le porte-parole de l'OTAN. Le général Wesley Clark qui dirige les forces de l'OTAN a déclaré que : " c'est Milosevic et son régime que nous combattons, pas le peuple serbe ", mais en réalité, c'est exactement l'inverse. Les populations de Serbie, du Kosovo, de Voïvodine et du Monténégro encaissent toutes les destructions, les morts, les souffrances provoquées par les bombardements occidentaux qui se surajoutent aux exactions du régime de Milosevic.

Le but des stratèges de l'OTAN est de briser tous les peuples et en particulier le peuple serbe à un niveau tel qu'il soit incapable de réagir pour des années, qu'il soit incapable de renverser Milosevic ou celui qui lui succédera et qui l'opprimera de la même façon. Le but de l'OTAN est de semer un surcroît de haine tel entre les peuples des Balkans que tout réglement soit impossible et que la situation durablement pourrie par cette guerre rende indispensable la présence de troupes occidentales pour des années. Quoi qu'ils disent, les dirigeants de l'OTAN s'installent donc pour longtemps dans cette guerre et dans ses suites militaires. Par leur escalade guerrière, ils ont provoqué une catastrophe humaine de longue durée et des tensions sociales et nationales qu'ils auront les plus grandes difficultés à maîtriser même en employant les grands moyens.

Ils sont déjà incapables de freiner les tensions provoquées en Macédoine et en Albanie par l'afflux de réfugiés kosovars désespérés et maintenus dans un état sanitaire révoltant. Ils laissent la mafia albanaise prendre le contrôle d'un certain nombre de camps de réfugiés, ce qui contribue au maintien d'un " ordre " qui, pour eux, est bien préférable à une révolte. Mais la révolte des populations locales reste un risque majeur qui justifie la présence de plus en plus nombreuse de troupes de l'OTAN en Macédoine et en Albanie.

Dans l'immédiat, c'est au Monténégro officiellement neutre dans la guerre qu'une situation explosive est en train de mûrir pouvant déboucher sur une guerre civile déclenchée par une lutte entre les clans pro-occidentaux (représentés au pouvoir par le Premier ministre Milo Djukanovic) et les clans pro-Milosevic, minoritaires mais pouvant s'appuyer sur la présence de la Deuxième armée yougoslave qui cherche à disputer le contrôle des frontières aux douaniers de Djukanovic, exerce une pression musclée sur les médias et enrôle de force des jeunes Monténégrins fuyant la conscription. La marine yougoslave de Milosevic a ajouté à l'embargo pétrolier de l'OTAN sur Bar, le seul port du Monténégro, un blocus total pour provoquer l'asphyxie totale du pays. Dans ces conditions, un mouvement de révolte visant à l'indépendance totale du Montégro par rapport à la Serbie de Milosevic est en train de mûrir et les Alliés de l'OTAN ne pourront pas se tenir à l'écart de l'affrontement qui se prépare. Qu'ils la décident ou non à court terme, la guerre terrestre risque de s'imposer aux dirigeants de l'OTAN sous une forme qu'ils n'avaient en rien prévue et en aggravant le gâchis innommable qu'ils ont déclenché dans les Balkans.

S. H.

Vers une recrudescence du militarisme des Etats occidentaux contre les peuples et pour le plus grand profit des trusts de l'armement

Combien les Etats de l'Otan dépensent-ils pour détruire ? Il y a peu d'informations à ce sujet, les gouvernements préférant mettre en avant les sommes qui sont destinées à " l'aide aux réfugiés " ou aux plans de reconstruction. A la mi-avril, le gouvernement français a fait savoir que la guerre occasionnerait un surcoût budgétaire de 250 à 300 millions de francs par mois, mais il n'y a dans ce chiffre que les dépenses de fonctionnement et de personnel, et pas le remplacement des munitions détruites. Une bombe à guidage laser coûte à elle seule 600 000 F. Tous les Etats engagés dans la guerre ont annoncé des rallonges à leur budget, qui semblent se réévaluer régulièrement. Ainsi, alors que Clinton avait demandé au Sénat d'approuver un crédit supplémentaire de 6 milliards de dollars pour la guerre, celui-ci a finalement voté le 21 mai dernier un fonds d'urgence bien plus élevé de 15 milliards de dollars. La Banque d'affaires américaine Merril Lynch avait chiffré le coût de la guerre à 200 millions de dollars par jour, mais des experts évaluaient le 20 avril le coût de la guerre à ce jour à 8 à 11 milliards de dollars, et ce uniquement pour les Etats-Unis.

Ces dépenses qui seront supportées par les contribuables des pays en guerre, sont une aubaine pour les trusts de l'armement. Quel meilleur débouché à leurs productions que la guerre et la destruction de bombes et de missiles qui demandent à être sans cesse remplacés ? Alors que depuis le milieu des années 80, les Etats occidentaux avaient réduit leurs dépenses militaires (le budget américain de la défense avait baissé de 40 % depuis 85), la guerre actuelle pourrait bien constituer un tournant vers une recrudescence du militarisme. En janvier dernier, Clinton avait proposé la première augmentation du budget de la défense américaine depuis la fin de la guerre du Golfe.

Cette recrudescence du militarisme répond aux besoins d'une politique plus agressive des Etats impérialistes, dans cette période d'aggravation de la crise économique, mais elle répond également aux besoins des trusts de l'armement, qui ont achevé aux Etats-Unis un mouvement de concentration qui a donné naissance à trois géants de cette industrie (Boeing-McDonnell Douglas, Lockheed-Martin et Raython qui a acheté Hughes, filiale dans l'électronique militaire de General Motors, et Texas Instrument militaire). Aucun des anciens trusts nationaux d'Europe ne peut résister à la concurrence de tels mastodontes, et c'est pourquoi les trusts français, anglais, allemands et italiens ont engagé eux aussi un mouvement de concentration et de fusion, d'alliances européennes ponctuées de tous les coups bas que ces sociétés rivales s'échangent.

Mais ils n'ont pas d'autre choix que de concentrer leurs capitaux, d'autant plus que les marchés nationaux sont en passe d'être ouverts à la concurrence étrangère et que les trusts comme Dassault ou Matra, en France, n'auront plus le monopole de ce marché national. Les armements fabriqués pendant la guerre froide, en particulier les armes nucléaires, même si les bombes atomiques ne sont pas pour autant mises au rancart, sont dépassés et remplacés par le matériel utilisant l'électronique, les satellites ou le laser pour le guidage des missiles ou des bombes. Les investissements nécessaires à la mise au point de ces nouveaux matériels sont tellement importants que seuls des trusts puissants peuvent les réaliser. Et auxquels il faut d'autant plus trouver des débouchés, des marchés en expansion, alors que la concurrence fait rage à l'exportation. Aux marchés traditionnels du Proche-Orient et de l'Asie, se sont ajoutés les marchés de l'Europe de l'est autrefois équipés par l'URSS et de la même façon que les trusts américains ont pu placer en Europe occidentale leurs avions de combat et autres matériels en se servant de l'Otan, pour la raison officielle que les armées de l'Alliance atlantique doivent avoir des équipements qui peuvent se coordonner entre eux, ils s'en servent aujourd'hui pour vendre leur matériel aux pays de l'Est - Pologne, Hongrie, République Tchèque - qui viennent d'y entrer.

Comme la guerre du Golfe, en 91, la guerre contre l'ex-Yougoslavie sert de vitrine aux trusts de l'industrie militaire : les nouveaux bombardiers furtifs B2, qui peuvent lâcher des bombes de 500 kg et d'une tonne, quelles que soient les conditions météorologiques, justifient par leurs " succès " leur coût unitaire de 2,2 milliards de dollars, et les bombes au graphite, qui perturbent le fonctionnement de tous les appareils électriques, sont utilisées pour la première fois. Et ce sont autant d'arguments de ventes sur les marchés d'exportation.

Mais les marchés les plus sûrs restent néanmoins ceux constitués par les Etats nationaux, et alors que l'offensive des bourgeoisies réduit les capacités de consommation des populations, l'armement constitue le débouché le plus solide pour le capital.

La guerre actuelle, alors que se profile une récession de l'ensemble de l'économie mondiale, est, de ce point de vue, un avertissement sur ce que l'oligarchie financière est capable de faire en matière de gâchis, de destruction, de mort. Si les travailleurs et les peuples laissaient faire, ce que nous connaissons aujourd'hui pourrait n'être que les prémisses d'un renouveau du militarisme. Le capitalisme à l'heure de la mondialisation et du libéralisme obéit à la même logique barbare que celui des années 30, lors de la grande dépression. Il est prêt, si les besoins de ses profits l'exigent, à transformer toute l'économie en économie de guerre.

Galia Trépère

L’emploi d’armes radioactives dans la guerre contre l’ex-Yougoslavie : leur sale guerre

L’OTAN s’est vantée de mener soi-disant une " guerre propre ", faite avec le souci d’épargner des vies humaines, celles de ses soldats comme celles des populations civiles, en mettant en avant les performances techniques de ses avions et de ses chars. Le mensonge d’une guerre qui se ferait contre la dictature de Milosevic et non contre les population serbe et kosovare est révélé, entre autres, par des témoignages dont la presse commence à se faire l’écho, malgré la censure imposée par les puissances impérialistes. La haute technologie, mise au service de la destruction, est conçue pour détruire du matériel militaire et des vies humaines sur plusieurs générations. Les avions américains A-10 et les hélicoptères Apache, baptisés les uns et les autres du nom de " Tueurs de chars ", utilisent des munitions fabriquées avec de l’uranium appauvri (UA). Les munitions fabriquées avec de l’uranium appauvri, projetées à 1500 mètres par seconde, entrent dans le blindage d’un tank comme le couteau dans du beurre et peuvent transpercer 50 centimètres de béton armé sous trois mètres de terre ; en explosant, l’uranium appauvri libère des particules radioactives de radon et de beryllium. Dans une interview à " L’Humanité " du 19 mai, Charles Ferguson, physicien, ancien officier de l’armée américaine et partisan de la transparence des informations sur les armements explique : " lorsque les particules microscopiques vont se fixer sur des tissus aussi vulnérables que les poumons ou la moelle osseuse, les conséquences sont extrêmement graves. Là, on va toucher le matériel génétique... Au final, il y a de fortes chances pour que la personne développe un cancer ".

Obligées d’admettre l’utilisation d’uranium appauvri en ex-Yougos-lavie, les puissances impérialistes continuent à mentir en en démentant les conséquences dramatiques pour les populations : selon un des porte-parole de l’OTAN, le général allemand, Walter Jertz, " cet uranium n’est pas fortement radioactif. Vous pouvez trouver ce taux de radioactivité dans le sol et les roches ". Ce qui n’est pas dit, c’est que les munitions à base d’UA s’enflammant très rapidement au contact de l’air, les particules radioactives se dispersent, contaminant les sols, les eaux, et que le taux de radioactivité dépend du nombre d’obus tirés. L’OTAN annonce 16 000 munitions en tout genre larguées depuis trois semaines, de jour comme de nuit, sur la Serbie et le Kosovo et ce chiffre illustre les conséquences dramatiques, immédiates et à long terme, pour la population. Ce qui n’est pas dit non plus, c’est que l’utilisation de l’UA par les armées impérialistes ne coûte rien : l’UA est un déchet de l’industrie nucléaire et les Etats-Unis en possèdent 500 000 tonnes disponibles. La guerre contre les populations serbe et kosovare leur permet ainsi de régler le problème de stockage des déchets nucléaires !

Les munitions utilisant l’UA ont servi, pour la première fois, contre le peuple irakien, dans la guerre du Golfe. La révélation en a été faite quand les Etats-Unis ont été contraints de reconnaître publiquement son utilisation, - l’Irak ne possédant pas ce type d’armement -, suite à la contamination de chars et de véhicules de combat américains et à la mort de 15 de ses soldats, victimes d’erreurs de tirs entre troupes américaines. Les conséquences de l’UA pour les soldats américains comme pour les civils irakiens, notamment les enfants, n’ont pu être connues que par l’acharnement d’anciens soldats de la guerre du Golfe, de physiciens américains, comme de médecins irakiens, à faire éclater la vérité. Ce qui a été baptisé du nom de " syndrome de la guerre du Golfe " se traduit par des dysfonctionnements respiratoi-res, du foie, des reins, des pertes de mémoire, une pression artérielle anormalement basse. Actuellement, 100 000 des 700 000 soldats américains ayant participé à la guerre souffrent des conséquences du recours à l’emploi d’armes radioactives à base d’UA. En Irak, il est constaté la prolifération de cancers, de tumeurs chez les adultes, de leucémies chez les enfants et de naissances et d’avortements de fœtus présentant des malformations monstrueuses. Le bilan pour la populations irakienne est difficile à établir, compte tenu de la situation dans laquelle est maintenue aujourd’hui l’Irak qui manque de tous les moyens pour soigner les malades et décontaminer les sols. Selon un rapport de l’agence britannique à l’énergie atomique, publié en novembre 91, au moins 40 tonnes d’UA ont été laissées dans le désert par les armées impérialistes pouvant causer " 500 000 morts potentielles, chiffre théorique " au Koweït et en Irak.

Valérie Héas