Voix des Travailleurs a édité une affiche de soutien à la liste LO-LCR, nous invitons tous ceux qui veulent la coller à nous écrire
10 jours pour expliquer, convaincre, faire voter pour envoyer des députés du parti d'Arlette Laguiller et d'Alain Krivine au Parlement européen
La campagne électorale pour les élections européennes, lancée depuis des mois, n'arrive pas à commencer malgré l'approche des échéances du 13 juin. Cela est bien compréhensible tant il est évident que rien ne se décide dans ce parlement et que la seule chose que recherchent les grands partis, c'est de faire plébisciter, sinon approuver, leur politique par le maximum délecteurs possibles, laissant les vrais débats concernant l'Europe aux banques, aux grands groupes financiers et industriels.
Paradoxalement, dans ce contexte, la liste dArlette Laguiller et dAlain Krivine continue de rencontrer un large succès. L'affluence aux réunions publiques progresse, la sympathie rencontrée par la liste se renforce. Il est clair que ces élections sont loccasion que saffirme une force d'opposition ouvrière et populaire au gouvernement de la gauche plurielle.
Notre tendance, nayant pu que très partiellement, contrairement à ce que nous souhaitions, mener campagne avec les camarades de la LCR, du fait des pressions sectaires de Lutte ouvrière, plus soucieuse dans cette affaire de gérer ses intérêts d'appareil, d'organisation, que d'unité et de démocratie, mène sa propre campagne pour la liste. Nous avons édité un 4 pages, pour appeler au vote, ainsi qu'une affiche, de la même façon que partout où nous sommes, nous éditons notre propre matériel pour appeler aux meetings dArlette Laguiller et dAlain Krivine.
Mais lessentiel de notre campagne, doit être pour nous de construire avec tous ceux que nous convainquons de voter pour la liste, des liens politiques qui fassent que les uns et les autres, nous nous considérions du même parti au sens large du terme, le parti de tous ceux qui sont contre la guerre que mène ce gouvernement, de la même façon qu'il lutte contre les travailleurs au nom des intérêts des Bourses et des fonds de pension.
Oui, pour nous, mener campagne, cest aller au-delà du simple accord électoral entre la LCR et LO, où chacun se garde bien de prendre, tant vis-à-vis des militants que des électeurs, des engagements sur ce quils feront ensuite ensemble, une fois élus députés au Parlement européen. Notre campagne, cest dans les entreprises, les bureaux, les quartiers, tisser les liens politiques qui nous permettront par la suite de créer des cellules, des groupes de ce futur parti, un parti pour préparer les luttes.
Nous essayons de regrouper, là où nous le pouvons, la fraction la plus consciente, la plus avancée des électeurs, ceux qui ne veulent pas se contenter dun vote de protestation ou dindignation, qui nentendent pas laisser leur sort entre les mains de qui que ce soit, fût-ce des révolutionnaires, qui ne signent de chèque en blanc à personne, et entendent se donner les moyens de faire entendre leur voix.
Oui, il faut envoyer au Parlement européen des députés révolutionnaires, qui feront entendre la voix des travailleurs, des chômeurs, des exclus, des femmes et des jeunes, mais cela, ni Arlette Laguiller ni Alain Krivine ne peuvent le faire seuls. La force de leur voix sera la force de notre colère, de notre révolte, de notre lutte. Ils ne pourront peser que si nous pesons par nous-mêmes en faisant de la politique tous les jours, sur nos lieux de travail comme sur nos lieux d'habitation, pour défendre les intérêts du monde du travail.
Plus il y aura de voix qui se porteront sur la liste LO-LCR, plus ce sera un encouragement pour l'ensemble des travailleurs qui prendront cons-cience qu'ils sont des milliers à partager la même révolte, mais aussi cela sera un encouragement pour tous ceux qui veulent prendre en main leur propre sort, que ce soit d'anciens militants de gauche ou d'extrême-gauche déçus ou des jeunes se tournant vers la lutte.
Mais ceux-là ne pourront retrouver confiance pleinement que sils voient les vieilles organisations d'extrê-me-gauche tourner le dos clairement et sans ambiguïté à toutes les murs du passé, oscillant entre sectarisme et opportunisme.
C'est pourquoi mener campagne, pour nous, c'est à la fois défendre sans aucune réserve la liste unitaire, et en même temps défendre pour la suite les perspectives, telles que nous les comprenons, telles que nous les concevons en toute solidarité avec tous ceux qui sont dans le même camp et en même temps sans taire nos propres idées. Nous essayons de dégager et formuler des perspectives dans une dynamique globale, et non pas pour reprocher aux autres de ne pas faire ce qu'à notre avis ils devraient faire. Nous formulons des perspectives pour notre propre activité, sans agressivité ni plier aux censures, en acceptant par avance la confrontation, le jugement, à travers les relations démocratiques que nous entendons tisser avec toutes les tendances dont Lutte ouvrière, bien évidemment.
Défendre la perspective de la nécessité d'un regroupement dans le cadre démocratique de toutes les tendances révolutionnaires, dans la perspective d'offrir un cadre dès maintenant à tous ceux qui se tournent vers l'extrême-gauche, est l'axe autour duquel nous voulons renforcer, développer notre tendance, le plus largement possible. Cela ne veut nullement dire que nous sommes en concurrence avec les autres tendances. Si l'évolution de la situation et des faits nous démontre que nous avions tort, nous saurons changer d'avis. Notre tendance se considère comme un regroupement momentané de militants, résultant de la crise actuelle que traverse l'extrême-gauche. Nous entendons participer au débat qui se mène aujourd'hui, avec nos propres réponses. Notre existence est conditionnée par ce débat, ce qui ne signifie pas que nous ayons l'intention de nous développer en tant que tel, par nos seules forces, en concurrence avec les autres.
Si les perspectives que formule notre tendance sont justes, cela se vérifiera et c'est tout naturellement que notre tendance pourra se fondre dans un tout supérieur pour répondre aux nouvelles tâches et faire face aux nouveaux combats.
Une discussion est largement ouverte aujourd'hui, les barrières que la direction de Lutte ouvrière a voulu dresser contre nous s'effondrent parce qu'elles n'avaient aucun sens. Il ne peut être question aujourd'hui de refaire le coup de bluff de 95, il faudra aller jusqu'au bout de la logique de la situation nouvelle. Cette logique balaie la logique d'appareil, le sectarisme, pour imposer à chacun d'aller jusqu'au bout de lui-même, des transformations politiques qui s'imposent. Tous ceux qui ne sauront pas se plier aux exigences de la situation politique et sociale seront brutalement rejetés sur le côté, oubliés, comme seront oubliées les petites manuvres pour préserver les vieilles positions complètement dépassées.
Oui, nous nous tournons résolument vers l'avenir. Nous jetons toutes nos forces dans la campagne électorale pour préparer la suite, tisser des liens politiques à partir desquels naîtront de nouveaux groupes, entraîner, recruter, dans la perspective de ce futur parti d'Arlette Laguiller et d'Alain Krivine.
Le plus difficile dans cette tâche est de trouver les moyens de se faire comprendre de la jeunesse, les jeunes révolutionnaires aujourd'hui sont trop peu nombreux pour pouvoir trouver leur propre chemin, en s'émancipant de la domination morale et intellectuelle des vieilles générations, ce qui a tendance à les couper de leur propre milieu. Il est vital que les jeunes prennent toute leur place, qu'ils y soient encouragés, appelés, aidés, car il n'y aura pas de nouveau parti sans l'apport de ceux qui ne sont comptables en rien du passé, de ses faiblesses et de ses limites et qui ont toute la force et la liberté de ceux qui ouvrent la voie.
Nous situons toute notre activité dans cette perspective de l'émergence de ce nouveau parti d'Arlette Laguiller et d'Alain Krivine, c'est pourquoi notre propre campagne n'est nullement en contradiction avec les discussions que nous menons pour intégrer la Ligue communiste révolutionnaire, bien au contraire même, elle déblaye les derniers obstacles qu'il aurait pu y avoir dans cette voie-là.
Militant pour la même liste, militant dans la même perspective, agissant ensemble pour construire un parti d'opposition, un parti des travailleurs ouvert et démocratique, c'est tout naturellement que nous devrions pouvoir nous retrouver dans le même cadre organisationnel.
Yvan Lemaitre
Le Parti des Travailleurs et les élections européennes, une ridicule caricature de la logique petite-bourgeoise et sectaire
Le Parti des Travailleurs, dont une fraction qui en constitue l'ossature, se réclame du trotskysme, appelle à l'abstention aux élections du 13 juin. Et pour masquer aux yeux de leurs propres militants leur impuissance ridicule, les dirigeants du PT appellent à manifester le 5 juin, contre la guerre, les déréglementations, les privatisations et les licenciements, contre la monnaie unique et les diktats de la Banque centrale européenne et pour l'abrogation des traités de Maastricht et d'Amsterdam. Ouf, tout y est.
Une telle attitude politique prête à sourire. Mais une telle attitude n'est pas la conséquence d'on ne sait trop quelle aberration psychologique, mais la conséquence d'une logique politique dont malheureusement l'ensemble de l'extrême-gauche n'est peut-être pas complètement émancipée.
C'est la logique du sectarisme. Mais lui-même n'est pas non plus une perversion psychologique, il a des causes politiques et sociales.
A l'origine du sectarisme qui a conduit aux divisions et à l'émiettement de l'extrême-gauche, il y a une contradiction fondamentale qui résulte de l'isolement, du fait du stalinisme, des idées révolutionnaires dans un milieu petit-bourgeois qui n'était pas révolutionnaire. Isolées par rapport à une classe ouvrière dominée et prisonnière des illusions réformistes et de la censure stalinienne, les idées du marxisme révolutionnaire ont pris un contenu différent que celui de la lutte de classe pour s'adapter à un milieu petit-bourgeois, révolté par les trahisons réformistes et les crimes staliniens mais incapable de se dégager des raisonnements et de la logique des appareils. Sans liens réels avec la classe ouvrière, ils ne pouvaient penser leur activité comme celle de la classe ouvrière elle-même ou d'une fraction d'entre elle. Ils pensaient et agissaient comme des militants extérieurs à leur propre classe.
Sans base sociale réelle, le mouvement trotskyste n'a pas su trouver la base sociale d'une réelle démocratie vivante et s'est enfermé dans les stériles batailles de chapelles où le voisin devenait le rival, le concurrent.
La caricature qu'offre aujourd'hui le PCI au sein du PT est l'aboutissement de la logique de ces comportements, évolution arrivée probablement à son point de rupture tant l'isolement du monde du travail réel d'une petite bureaucratie moralement et politiquement corrompue est grand, au moment même où émerge une extrême-gauche ouvrière et populaire.
Cette caricature ne doit pas masquer les mécanismes de la logique politique qui y ont conduit, logique politique qui n'est pas propre au seul PCI, quelle que soit l'originalité étonnante de l'évolution de ce courant.
Toute politique qui consiste à se considérer comme concurrent en rivalité avec d'autres militants et d'autres tendances qui se réclament elles aussi du marxisme révolutionnaire, conduit, d'une façon ou d'une autre, à une dégénérescence. Et même si Lutte ouvrière a longtemps combattu ces défauts au sein du mouvement trotskyste, le fait qu'aujourd'hui elle se considère, selon ses propres propos, comme concurrente de la LCR, de même que le fait qu'elle refuse tout contact avec notre tendance, qu'elle nous combat autant qu'elle peut, aura la même logique désastreuse si les militants laissent faire, si nous-mêmes nous n'étions pas capables de forcer les barrages, en toute démocratie, pour ouvrir la discussion, en toute camaraderie et en toute fraternité.
Le mouvement trotskiste se trouve aujourd'hui devant l'immense tâche de jeter les bases d'un nouveau parti de la classe ouvrière. Nous ne pourrons réussir qu'en rompant radicalement avec ces murs de militants coupés de leur classe, incapables par leurs raisonnements comme par leur mode de militantisme, de se lier à elle, même quand ils occupent des responsabilités syndicales. Cela veut dire une démocratie, une transparence, une liberté de discussion dont la seule limite est l'abandon de la volonté d'uvrer pour l'émancipation des travailleurs.
Y. L.