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Afrique du Sud : Des élections sans surprise qui ne changeront pas le sort des Noirs à qui la bourgeoisie, et le gouvernement de Mandela à son service, font payer la crise, le chômage et la misère

Mercredi dernier se sont déroulées les premières élections législatives en Afrique du Sud depuis l’arrivée au pouvoir de Mandela il y a 5 ans, en avril 1994. L’ANC, au pouvoir depuis ces premières élections qui avaient suivi la chute de l’apartheid, était donnée gagnante, créditée de 59 à 65 % de voix et devait remporter la majorité des 400 sièges de députés à l’assemblée nationale et aux assemblées régionales. A plus de 80 ans, Mandela cède aujourd’hui le pouvoir à son successeur désigné, Thoba Mbeki, qui devra être élu par l’assemblée nationale, le 14 juin prochain. Si la victoire de l’ANC ne faisait pas de doute, la question était de savoir pour ses dirigeants avec quel score elle remporterait le scrutin (l’ANC avait recueilli en 94 plus de 62 % des voix), craignant une victoire très relative tant l’aggravation de la situation économique et sociale, l’explosion du chômage et de la criminalité dans le pays jettent un discrédit croissant sur le gouvernement et les dirigeants de l’ANC au pouvoir.

Le régime multiracial de Mandela, qui devait apporter la démocratie et l’amélioration des conditions d’existence des masses noires, est confronté aujourd’hui à une aggravation de la crise économique qui se traduit par un chômage massif, qui touche le tiers de la population, alors que 50 % d’entre elle vit en-dessous du seuil de pauvreté, et ce sont les masses noires qui en sont les premières victimes. Les iné-galités demeurent entre les 76,3 % de la population noire et les 12,7 % de blancs. Le chômage, l’accroissement de la criminalité et de la violence touchent avant tout la jeunesse et les travailleurs noirs dans les townships, les cités des banlieues des grandes villes dans lesquelles continuent de s’entasser les masses noires les plus pauvres. Près d'un travailleur noir sur deux est au chômage, et dans certaines provinces pauvres, comme le Cap Nord, ce taux atteint les deux tiers de la population active.

L’Afrique du Sud subit de plein fouet la chute du cours des matières premières sur les marchés mondiaux en particulier de l’or, dont elle est le premier producteur et qui représente 20 % de ses exportations. Confrontées à la chute de l’or, qui a perdu un tiers de sa valeur à l’échelle mondiale en un peu plus de 2 ans, beaucoup de mines d’or, qui emploient directement et dans les industries dépendantes 450 000 travailleurs, ont fermé leurs portes et licencié des milliers de mineurs. Pour faire face à l’aggravation de la concurrence sur les marchés mondiaux, le gouvernement a encouragé un gigantesque mouvement de concentration des dizaines de petites mines indépendantes en deux groupes principaux, qui s’est traduit par de nouveaux licenciements. L’ensemble des secteurs industriels a subi les effets de la crise asiatique de 1998 et les exportations ont fortement baissé.

Depuis 1994, 500 000 emplois ont disparu dont 100 000 dans les seules mines d’or.

Mais ce qui déçoit les masses noires qui espéraient l’amélioration de leur sort et auxquelles l’ANC avait promis un programme social leur donnant accès aux soins, à l’éducation et surtout au logement, (l’immense majorité de la population noire des townships vit encore sans eau ni électricité), c’est que le gouvernement bourgeois de l’ANC a, avant tout, favorisé l’accès aux affaires et aux postes de gestion d’une fraction de la petite-bourgeoisie et de la bourgeoisie noires, et les postes politiques et administratifs auxquels elle a accédé, permettent à une élite noire de s’enrichir par les trafics et la corruption. La politique libérale du régime de Mandela qui tourne le dos aux masses noires pauvres aggrave leur condition, car l’Afrique du Sud est soumise sur le marché mondial au diktat des grandes puissances, à leur dépendance concernant le prix des matières premières et les échanges commerciaux comme c’est le cas avec l’Europe qui a signé avec l’Afrique du Sud un contrat de libre échange, surtout favorable aux produits européens. Cela se traduit par une politique d’austérité pour les travailleurs et la course à la compétitivité dans les entreprises, comme l’exprime ce jeune patron d’une compagnie minière en pleine restructuration : " la question du pouvoir a longtemps dominé notre économie, il nous faut passer maintenant à une logique de compétitivité ".

La concurrence entre fractions nationalistes noires qui se partagent le pouvoir et l’exploitation des masses noires, comme avec les partis blancs proches de l’extrême-droite, dont le NNP, le Nouveau parti national qui a succédé au Parti national qui avait instauré l’apartheid dans le pays et s’appuie sur la corruption du régime pour sa politique raciste, a entraîné une vague de violence au cours de la campagne électorale, durant laquelle 2 000 personnes ont été tuées dans des affrontements violents ou assassinées. La campagne de 94 avait fait, quant à elle, plusieurs milliers de morts. Le résultat attendu de ces élections ne changera pas le sort de l’ensemble des travailleurs d’Afrique du Sud, qui n’ont d’autre voie pour en finir avec la crise, le chômage et la misère, que de s’unir pour lutter contre la propriété capitaliste.

Catherine Aulnay

Campagne de lynchage public pour briser Öcalan et humilier le peuple kurde

L’Etat turc veut faire du procès d’Abdullah Öcalan, le leader du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan), sa " victoire " sur le peuple kurde contre qui il mène depuis quinze ans une guerre de terreur. L’armée turque a fait au Kurdistan turc plus de 30 000 morts, détruit des milliers de villages, déplacé près de 3 millions de personnes. Cette terreur et ces massacres, l’Etat turc voudrait aujourd’hui en faire porter la responsabilité au peuple kurde, à travers le PKK et Öcalan.

Pour ce procès, le gouvernement et l’armée ont soigné la mise en scène : tribunal d’exception sur l’île prison d’Imrali ; mesures de " sécurité " qui interdisent aux journalistes de communiquer avec l’extérieur depuis le tribunal, n’autorisant que la télévision d’Etat à retransmettre (les discours des avocats de la défense n’ont pas été retransmis) ; présence dans le tribunal de personnes enveloppées du drapeau turc et arborant les photos de soldats morts au Kurdistan ; cette mise en scène vise tout à la fois à dresser l’opinion publique, à amplifier les réflexes nationalistes turcs et à humilier le peuple kurde. La comparution d’Öcalan dans une cage en verre entouré de soldats, comme la diffusion large des photos de sa capture, tuméfié, bâillonné et menotté, sont une provocation vis-à-vis des Kurdes.

Dans ce procès, tout est joué d’avance, et Öcalan sera probablement condamné à la pendaison pour " trahison " et " atteinte à l’intégrité territoriale du pays ", comme son ancien bras droit, Semdi Sakik, qui vient d’être condamné à mort le 20 mai. Mais le gouvernement veut bien plus que la mort d’Öcalan : il veut sa défaite, il voudrait le faire aller au bout du reniement et désavouer le combat de son peuple après l’avoir traqué pendant plusieurs mois et l’avoir totalement isolé depuis son arrestation.

A l’ouverture du procès, Öcalan est apparu brisé, s’excusant et déclarant : " je veux exprimer mon désir et ma détermination à travailler au service de l’Etat pour la paix et la fraternité […] le PKK ne doit plus s’opposer à l’Etat turc démocratique ". Mais ses " regrets " dits sur un ton mécanique, de commande, s’ils ne peuvent que jeter le trouble parmi la jeunesse kurde, dénoncent en même temps ce procès fabriqué de toutes pièces par l'Etat turc, acharné à briser Öcalan et à obtenir ses aveux. L’Etat turc a tout fait pour que ce procès ne se retourne pas en procès de la dictature elle-même, pour qu’Öcalan n’utilise pas le tribunal pour condamner la dictature qui opprime férocement le peuple kurde, et au-delà l’ensemble de la population pauvre turque.

En Occident, quelques voix se sont élevées pour dénoncer la " partialité " du tribunal, la présence d’un juge militaire, les difficultés pour les avocats d’avoir accès aux pièces du dossier, les pressions qu’ils subissent. Mais l’Etat turc sait qu’il peut compter sur le soutien plein et entier des pays impérialistes. Que ce soutien soit franchement exprimé comme celui des Etats-Unis, ou qu’il soit plus hypocrite comme celui de Chirac recevant, il y a quelques semaines, le Premier ministre turc, ou celui de la Grande-Bretagne qui vient d’interdire Med-TV, la seule télévision kurde dont l’émetteur se trouve à Londres, pour " incitation à la violence ".

Mais quels que soient la suite du procès et le verdict, sur lequel personne ne se fait d’illusion, la lutte du peuple kurde contre l’oppression et la misère ne peut que s’amplifier. Ce combat pour la dignité et la liberté de la population et de la jeunesse kurdes ne peut, à terme, que rejoindre celui des travailleurs et de la population pauvre turque. Et c’est justement cela que l’Etat turc voudrait rendre impossible, en dressant un mur de haine et de sang entre les deux communautés.

Carole Lucas

Mort dans un centre de rétention

Dans un communiqué, la Coordination nationale des sans-papiers dénonce la mort, le 27 mai, de Moshen Sliti au centre de rétention d'Arenc près de Marseille, centre souvent dénoncé pour ses conditions de détention.

Malade des reins, Moshen Sliti était détenu depuis cinq jours et devait être expulsé, condamné à la double peine, alors qu’il vivait en France depuis 19 ans et avait deux enfants français. Pris de " convulsions " selon le préfet, il n’a été conduit à l’hôpital que plusieurs heures plus tard et il est mort.

La mort de Moshen Sliti est une condamnation des lois anti-immigrés qui fabriquent les sans-papiers, les plongent dans la clandestinité avant de les expulser, parfois au mépris de leur vie.

La coordination nationale appelle à une manifestation à Paris le 5 juin à 15 h de la place Denfert-Rochereau à Matignon pour dénoncer la politique anti-immigrés du gouvernement et la répression qui l’accompagne (3000 sans-papiers sont actuellement en prison), les camps de rétention et les expulsions musclées et pour obtenir la régularisation de tous les sans-papiers

C.L.