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Solectron Canéjan : la course aux profits

Solectron, le 2ème groupe mondial de la sous-traitance électronique, comme toutes les entreprises, est confronté à l’augmentation de la concurrence due à l’aggravation de la crise pour trouver et même conserver ses marchés. Le problème de la direction est à la fois de gagner de nouveaux marchés, et de faire plus de profits. Et pour cela, elle cherche en permanence tous les moyens d’augmenter la productivité de notre travail.

L’année dernière, elle avait fait appel à un cabinet de consultants, l’Institut de Management de Ressources. Pendant 7 mois, les consultants venus de Paris étaient là tous les jours sur les postes pour nous observer, nous chronométrer, faire des rapports sur l’organisation de la production et sur notre comportement au travail. Le résultat a été l’augmentation de 30 % de la productivité. Mais dans la course à la concurrence, ce n’est pas suffisant, et une nouvelle équipe de direction de la production venant de Valéo vient d’être mise en place. Les pressions déjà importantes ont encore augmenté : elle piste nos faits et gestes toute la journée. Dans tous les secteurs les cadences augmentent et la direction a non seulement fait installer des chronos sur certains postes, mais en plus elle nous impose de nous chronométrer nous-mêmes.

Elle nous prépare aussi à accepter la modulation et la flexibilité. Cet été par exemple, certains d’entre nous ont dû décaler leurs congés pour que la direction puisse assurer ses commandes, et ces derniers temps, les chefs nous incitent fortement à prendre des congés dans les secteurs où il y a moins de travail. Et c’est tous les jours qu’il y a de nouvelles mutations de certains d’entre nous sans que nous sachions si c’est provisoire ou définitif. La direction nous considère comme des pions qu’elle peut déplacer selon son bon vouloir. Elle veut nous faire accepter n’importe quel poste à n’importe quelles conditions et n’importe quels horaires. Et si on n’est pas content, la menace de licenciement pèse et la direction passe même aux actes. Elle voudrait nous pousser à bout, et serait même bien contente qu’on demande nous-mêmes à être licenciés.

Elle essaye aussi de nous mettre en concurrence les uns avec les autres : une des mesures qu’elle a prise pour cela, c’est de mettre en place un nouveau mode d’attribution de la Prime Qualité Productivité, trimestrielle. Non seulement, elle ne la donne pas à tout le monde, mais en plus, elle veut nous faire croire que les sommes non touchées par certains seront redistribuées à d’autres collègues.

La concurrence, c’est ce qui fait marcher les patrons. Nous, nous savons bien que le travail se fait grâce à la coopération des travailleurs, et que c’est cela qui fait notre force.

 

Grève au dépôt de Paris sud-ouest : le ras-le-bol de la productivité

A la SNCF, des milliers d’emplois ont été supprimés dont 1500 en 1998, alors que l’augmentation du trafic provoquait un surcroît de travail auquel s’est ajoutée la Coupe du Monde. En conséquence, ce sont des congés refusés, des conditions de travail qui se dégradent, des règlements du travail non respectés, des accidents de travail en augmentation, etc.

Le dépôt Paris Sud-Ouest regroupe des conducteurs de la ligne C du RER, de grandes lignes, des trains de marchandises. Comme dans tous les services, le nombre de départs y est important car la Direction embauche sur Paris et mute en province, moyen de faire patienter et d’agiter la carotte du retour au pays.

Depuis des mois, les jeunes, que la Direction paye moins cher sous prétexte qu’ils ne peuvent être en formation pour apprendre à conduire tous les trains, ne font que des trains de banlieue et remplacent les conducteurs confirmés qui manquent dans les roulements. Ces jeunes sont l’objet de mille pressions et la Direction a mis à profit les vacances pour supprimer une prime jusque là accordée aux élèves.

Face à cette situation, les jeunes ont contacté les organisations syndicales pour mettre au point une plate-forme de revendications avec deux points principaux : à travail égal, salaire égal (plus de grade d’élève), et l’embauche de 44 agents pour combler les équipes dans les roulements. Après avoir organisé des délégations pour discuter avec la direction, envahi la réunion des délégués du personnel, les agents n’ont pas eu d’autre choix que de voter la grève le jeudi 17 septembre. Chaque jour, la prolongation de la grève est votée et les piquets de grève sont organisés pour discuter avec les non grévistes et les convaincre. C’est ainsi que la grève s’est développée et a pris confiance, les AG réunissent entre 90 et 130 grévistes.

La Direction a au début joué la fermeté et refusé en bloc de satisfaire les revendications. Mais de réunion en réunion sous le contrôle des grévistes, les petites reculades de la direction, si elles ne satisfont personne, donnent confiance aux grévistes. Par exemple, alors qu’elle refusait de nommer les élèves conducteurs avant 30 mois, elle ramènera ce délai à 28 mois, donnant ainsi satisfaction à dix agents dans l’espoir sans doute de diviser les jeunes. Ou encore sur les embauches, la direction a dû accepter la mise en place de cinq stages au lieu de quatre, alors que les grévistes en revendiquaient sept, et augmenter le nombre de stagiaires.

La Direction espère que les grévistes se contenteront de ces petites concessions et se fait plus intransigeante : " Nous n’avons plus rien à proposer ".

Elle contribue ainsi à faire naître parmi les grévistes le sentiment que nous menons une lutte contre une politique générale de baisse des coûts, et à ce que se discute l’idée d’un mouvement de tous les cheminots, comme de l’organisation de la solidarité.

Pour le moment, si la grève rencontre beaucoup de sympathie, il est difficile de l’étendre même si des militants d’autres établissements s’en font les défenseurs ou si les AG ont eu lieu pour discuter de la situation créée par la grève des agents du dépôt. C’est le cas en particulier parmi les contrôleurs de la gare de Paris-Austerlitz.

Au bout de deux semaines de grève, la Direction espère que la fatigue viendra à bout du mouvement. Mais la grève déclenchée mardi 29 par les cheminots de Paris Saint-Lazare renforce le mouvement. De fait est posé le problème de rassembler les forces afin de poser nos revendications pour empêcher la dégradation générale de la situation à la SNCF.

Grève dans le collège de Val de Reuil

Au collège Alphonse Allais de Val de Reuil, près de Louviers dans l’Eure, les professeurs se sont mis en grève vendredi 25 septembre. Ils réclament du personnel en plus, des surveillants en nombre suffisant pour assurer la bonne marche de ce collège situé dans un quartier difficile. Depuis lundi, ils ont fermé le lycée avec l’appui des parents d’élèves qui à près d’une cinquantaine ont rejoint les professeurs. Ils ont tous décrété le collège en ZEP (zone d’éducation prioritaire) avec les moyens que cela signifie. Les parents ont fait signer une pétition et en une heure et demie, c’est plus de 300 signatures qu’ils ont recueillies dans le quartier. De plus, ils demandent tous des dérogations massives pour inscrire leur enfant dans un autre collège vu les conditions de travail actuelles, ce que font les notables du coin qui mettent à l’abri dans d’autres lycées leurs enfants ! Un atelier de banderoles s’est mis en place, professeurs et parents ensemble : " Alphonse Allais perd son humour " ou " Nous allons jusqu’au bout, le collège Allais bout ". Evidemment, devant cet effervescence, dans un premier temps le rectorat a envoyé des médiateurs, psychologues qui ont conseillé de prendre du recul. Ils ont été mis dehors : ces médiateurs devaient prendre du recul oui, bien sûr, ont dit les grévistes, mais du recul géographique ! Suite à cela, professeurs et parents ont été reçus par le recteur d’Académie qui a pris des mesures, il a entériné ce que les professeurs et les parents avaient déjà fait : il a déclaré le collège en ZEP et fermé le collège mercredi pour raison de sécurité ; d’autre part, il a déclaré que les parents doivent réinscrire les élèves un par un et il a promis des aides-éducateurs. En fait, ce sont simplement des emplois-jeunes, ce que refusent aussi bien les professeurs que les parents qui demandent des surveillants. Comme ils avaient prévu d’aller faire connaître leurs problèmes au lycée Aristide Briand d’Evreux mercredi 30 septembre, le recteur s’est empressé de leur faire savoir qu’il se rendrait sur place au collège de Val de Reuil ce même jour. Ce mercredi, professeurs et parents attendaient le recteur pour obtenir la création de postes de surveillants et non des emplois jeunes…

 

Renault-Cléon : la mise en place de la loi Aubry

A l’usine de Renault-Cléon, près de Rouen, la direction a repris l’offensive sur le terrain des horaires des équipes en 2x8 et de nuit. Dans le bâtiment E où est fabriqué le moteur F, elle veut faire passer la production journalière de 3000 à 3400 moteurs d’ici décembre. Les chiffres pour début 99 font état d’une production de 3600 à 4000 moteurs par jour et cela sans embauches véritables, la direction ayant recours à l’intérim.

La direction a donc annoncé mardi 22 septembre la création d’une équipe de fin de semaine (VSD : vendredi-samedi-dimanche ) sur la base de 28 heures 30 de travail dans le secteur des chaînes de montage. Le temps d’ouverture des installations va passer de 106 heures à 129 heures par semaine. Renault veut aussi modifier les horaires des équipes en 2x8 pour éviter que le vendredi matin deux équipes ne soient présentes en même temps. Les travailleurs concernés ne feraient plus que 4 jours de travail d’équipe du matin ; par contre l’horaire de l’équipe d’après-midi serait 13 h - 21 h 50 au lieu de 20 h 30. La direction a fait ses calculs : elle estime que l’horaire moyen sur un cycle de 2 semaines serait de 34 heures et 12 minutes de travail effectif… Par là-même, et en parallèle avec sa volonté de faire travailler l’équipe de nuit à temps partiel sur la base de 30 heures en 4 nuits au lieu de 5, l’essentiel des travailleurs de Cléon se retrouveraient à moins de… 35 heures par ses coups de baguettes magiques. Et cela en toute légalité puisque la loi Aubry, taillée sur mesure pour le patronat, exclut les temps de pause (repas, repos…) du temps de travail effectif dans le mode de calcul pour les 35 heures. C’est l’article L2/4.4 : " La durée du travail effectif est le temps pendant lequel le salarié est à la disposition de l’employeur et doit se conformer à ses directives sans pouvoir librement vaquer à ses occupations personnelles ". A Cléon, en équipes, nous sommes payés sur la base de 40 heures 40 minutes de présence.

Pour arriver à 34 heures 12 minutes, la direction bascule hors du temps de travail la majorité des temps de pause et le repas. Actuellement, selon elle, nous ne ferions ainsi que 35 heures si l’on décompte 30 minutes de pause par équipe. Les travailleurs de Cléon ne sont pas dupes de cette arnaque que Renault veut mettre en place avec l’aide du gouvernement et la complicité des directions syndicales. La direction a beau présenter cet horaire comme étant provisoire, pendant trois mois, il a toutes les chances de se généraliser à l’ensemble de l’usine rapidement. De plus, les travailleurs concernés ont vite compris que la direction ne leur fera aucun cadeau. En partant des calculs de la direction 34 heures 12 minutes, ça ne fait pas 35 heures. Elle le récupérera d’une façon ou d’une autre. Cela fait l’équivalent de 5 jours de travail sur un an qui pourraient être pris sur les banques d’heures ou récupérés… le vendredi matin…

Dès le mercredi 23 septembre, les travailleurs de la chaîne de montage, rejoints par une partie de la Maintenance, ont spontanément débrayé une heure par équipe ainsi que les jeudi et vendredi de la même semaine. La direction de l’usine, qui sanctionnait depuis un an pour les diffusions de tracts dans l’atelier les militants CGT de ce secteur, pensait avoir les mains libres pour agir à sa guise. Pour la majorité des grévistes, ces horaires servent à masquer le fait que Renault refuse des embauches massives en CDI pour faire face aux augmentations de production.

A l’usine de Cléon où nous sommes plus de 5000, la direction ne pourra pas toujours faire son chantage à l’emploi pour écraser toute résistance. Les camarades de la Fonderie ont appris au retour des congés d’été que Renault s’apprête à vendre la fonderie au groupe Fiat. 400 travailleurs sont concernés et ils ont débrayé le lundi 28 septembre sur les 3 équipes pour avoir des garanties claires sur leur statut, leurs salaires et leurs conditions de travail à venir.

Les motifs de se battre sont donc nombreux. La direction qui organisait il y a peu de temps une fête pour les 40 ans de l’usine pourrait bien être à son tour… à la fête.

 

EDF-GDF : un accord antiouvrier annulé, des centaines d’autres en préparation

Le 22 septembre, la Cour d’appel de Paris a décidé d’annuler l’accord signé par la direction d’EDF-GDF et les syndicats CFDT, CGC et CFTC. Cet accord a été annulé à la suite du recours présenté par la CGT et FO qui représentent 75 % des salariés aux élections professionnelles.

Baptisé par la direction, " 15 000 embauches, un projet pour tous ", c’était une attaque ouverte contre les salariés de l’entreprise et les jeunes embauchés. La direction faisait baisser les salaires de milliers d’agents actuellement en poste en les faisant travailler 32 heures payées 35 au lieu des 38 actuelles et elle généralisait le travail partiel en contraignant les trois-quarts des jeunes embauchés à travailler 32 heures payées 32. L’objectif de la direction était clair : n’ayant pu imposer aux salariés dépendant du statut actuel des reculs suffisants, elle créait deux catégories de salariés dans l’entreprise : les anciens embauchés et les nouveaux auxquels, dès leur entrée, elle imposait tout ce qu’elle n’avait pas réussi à faire accepter aux autres.

C’est en se basant sur cette discrimination que la Cour d’appel a motivé son jugement. Aussitôt la direction d’EDF-GDF, relayée par les syndicats signataires de l’accord, a entamé une campagne disant que ce jugement met en péril les cinq mille embauches déjà effectuées et remet en cause celles qui étaient prévues. Elle tente de présenter les syndicats à l’origine de la plainte devant la Cour d’appel comme " archaïques et égoïstes ", prêts à remettre en cause l’embauche des jeunes pour défendre " des privilèges dépassés ". Il est difficile de dire quel écho cette campagne rencontre dans l’entreprise, les élections professionnelles du 15 octobre en donneront un aperçu. Mais pour que cette propagande patronale soit montrée pour ce qu’elle est et rejetée par les travailleurs qui ne sont pas dupes, encore faudrait-il proposer des perspectives radicalement opposées, exprimant nos intérêts. Or ce que les syndicats opposés au projet, et notamment la CGT, proposent comme alternative, c’est une " bonne  négociation " de la réduction du temps de travail en s’appuyant sur la loi Aubry dont Viannet vient de redire, à l’occasion du lancement du débat préparatoire au congrès confédéral de la CGT, qu’elle était une " chance historique. "

Alors tant mieux que cet accord antiouvrier ait été annulé et que la campagne contre les deux syndicats à l’origine de cette annulation ne rencontre qu’un écho limité. Mais pour faire triompher nos revendications, encore faut-il se préparer à se battre en toute lucidité.