Contre vents et tempêtes une fête réussie
Lambiance détendue et fraternelle de la deuxième fête unitaire Ligue Communiste Révolutionnaire - Voix des Travailleurs sur Bordeaux était à lopposé de la météo du week-end dernier. Sur les deux jours, la fête a enregistré plus de 800 entrées même si le temps en a dissuadé plus dun de venir, la fête se déroulant en plein air. Plein air mais bien abritée cependant, ce qui a permis à lensemble des forums dont quatre étaient des débats entre nos deux tendances, de se dérouler avec succès. La fête était un débat permanent, tous étaient contents de se retrouver ensemble et avaient le sentiment que cette deuxième fête unitaire représentait une petite étape. Nous étions prés de 300 au meeting avec Monique Nicolas pour la LCR et Gérard Barthélémy pour VDT. Nous reproduisons des extraits de lallocution de ce dernier.
" Chers camarades et amis,
Je voudrais dabord dire quelques mots, pour les remercier, de tous ceux qui nous ont permis dorganiser cette fête commune ( ) Cest grâce au dévouement, au travail enthousiaste et joyeux des camarades et sympathisants de nos deux tendances quaura pu, ce week-end, malgré tous les vents contraires, sexprimer une force cohérente dextrême-gauche sur cette ville et tous ensemble, nous en sommes fiers ( ) Notre force, nous la tirons de la démocratie et de lunité.
Cest pourquoi, je tiens à dire aussi que je regrette que les camarades de Lutte Ouvrière ne soient pas là à nos côtés, préférant le repli sectaire.
Nous le regrettons dautant que nous nous réjouissons que Lutte Ouvrière ait décidé de sorienter vers une liste commune avec la Ligue Communiste Révolutionnaire aux élections européennes. Nous nous en réjouissons parce que nous nous réjouissons de tout pas en avant qui uvre à lunité. (...)
Cest la même démarche qui nous a conduits à entamer des discussions avec la LCR sur les perspectives et les tâches du mouvement révolutionnaire aujourdhui, discussions qui impliquent pour nous la possibilité de rejoindre le cadre de la Ligue Communiste Révolutionnaire. Nous souhaitons la réussite de ces discussions car nous navons jamais voulu, après notre exclusion de Lutte Ouvrière, créer une nouvelle organisation. Voix des Travailleurs est une fraction de lensemble du mouvement révolutionnaire qui entend uvrer à son unification.
Oui, camarades, aujourdhui, nous devons agir dans lidée dunir les forces des révolutionnaires et bien au-delà, de regrouper les forces de tous ceux qui ne se reconnaissent pas dans la politique de lactuel gouvernement. ( )
Il est de mode aujourdhui de dénoncer le libéralisme. Même les chefs dEtat, devant la panique boursière qui menace les Etats-Unis et lEurope, se prennent à vouloir réformer le système financier mondial. Ce nest que mensonge et poudre aux yeux.
Il est illusoire voire mensonger de laisser croire quil sagirait de combattre les seuls excès de cette société, le libéralisme, que ce nest pas le système capitaliste dans son ensemble qui est en cause.
Cest la logique de ce système qui produit le chômage, lexclusion, la dégradation des conditions dexistence des travailleurs dans le même temps quil condamne des millions dhommes à la misère voire à la famine
Cette société, il nous appartient de la transformer de fond en comble. Cest la tâche historique du monde du travail de libérer la société de la domination de la propriété privée capitaliste pour permettre à toutes les forces collectives, socialisées, globalisées, mondialisées, de donner toute leur mesure pour permettre aux hommes de satisfaire lensemble de leurs besoins, quelle que soit leur origine sociale ou géographique.
Il y a 150 ans, dans le Manifeste Communiste, Marx décrivait la classe des travailleurs comme la seule classe capable démanciper toute lhumanité de la société de classes en sémancipant elle-même.
Depuis, toute lhistoire a confirmé sa condamnation sans appel de la propriété capitaliste dans le même temps que ceux quil désignait comme " ses fossoyeurs " sattachaient à travers de durs combats à réaliser leur uvre émancipatrice.
Ces combats ont donné naissance au mouvement socialiste à la fin du XIXème siècle puis au début du XXème, après la révolution doctobre 1917, au mouvement communiste. Ces deux mouvements ont fait faillite, vaincus par les coups de la bourgeoisie, mais aussi corrompus par les mensonges réformistes.
Le mouvement trotskyste dont se revendiquent nos deux tendances a été pendant les années de domination réformiste ou stalinienne le continuateur de la lutte des marxistes révolutionnaires pour lémancipation des travailleurs par eux-mêmes, combat indissociable du combat pour la liberté et la démocratie.
Aujourdhui, nous avons devant nous des perspectives immenses et un rôle déterminant à jouer dans lévolution dans laquelle va sengager le mouvement ouvrier pour se donner les moyens de compter politiquement et socialement. Le Parti socialiste et le Parti communiste sont totalement intégrés au système parlementaire bourgeois. La nécessité dun nouveau parti des travailleurs prend forme dans la conscience dune fraction du monde du travail qui en exprime le besoin dans ses luttes ou dans les élections. Pour contribuer à la naissance de ce nouveau parti, il nous faudra beaucoup daudace révolutionnaire, desprit démocratique, de sens de classe. Il faudra aussi retrouver toute la force de la jeunesse. Nous avons pleinement confiance car la jeunesse saura nous y aider. Elle saura retrouver les idées de son propre avenir pour leur redonner vie, les idées du socialisme et du communisme. "
Le procès Dassault : un air de famille
Le procès de Serge Dassault a repris en Belgique, après une interruption du 7 au 16 septembre, décidée par une justice compréhensive pour permettre à lavionneur français de vaquer à ses occupations, en loccurrence participer à un salon aéronautique en Grande-Bretagne où des contrats juteux se concluent. Serge Dassault est inculpé pour le versement de pots-de-vin en 1989 au profit des partis socialistes flamand et francophone pour obtenir le marché de la modernisation de chasseurs F-16 pour larmée belge. La société italienne Agusta est également inculpée pour avoir obtenu le marché de 46 hélicoptères grâce à ce que les prévenus appellent pudiquement des " dons ". Le montant des sommes versées par les deux compagnies française et italienne serait dau minimum 200 millions de francs belges.
Laffaire a éclaté en 1991 quand lancien vice-premier ministre socialiste, Cools, a été assassiné à la veille, paraît-il, de révéler un pot aux roses qui sentait plutôt le fumier. Le second cadavre de laffaire a été celui de lancien patron de la force aérienne belge, Lefebvre, qui sest suicidé en 1995. Toute la classe politique belge est compromise : quatre anciens ministres ont démissionné et sont inculpés aujourdhui, un ancien ministre des Affaires économiques et ancien secrétaire général de lOTAN, lancien ministre de lEconomie et une dizaine dautres politiciens, tous appartenant aux partis socialistes belges. A tel point que ce procès ne sest ouvert quaprès une série de rebondissements visant à lempêcher et que rien ne dit quil se concluera par des peines de prison ni même quil se tiendra jusquau bout. A louverture du procès, le 2 septembre, le président du tribunal sest exclamé : " Serge Dassault est là ", visiblement nen croyant pas ses yeux. Cela faisait deux ans que la justice belge essayait de récupérer lavionneur français qui refusait de mettre les pieds sur le sol belge craignant de se retrouver en prison comme cela avait été le cas pour son collègue, Didier Pineau-Valencienne, fait exceptionnel pour un patron. Mais quand on est patron on peut sentendre avec la justice et après que le mandat darrêt international lancé contre Dassault a été levé, il a pu débarquer sans problème en Belgique, arrivant tous les jours à bord de son avion personnel pour ne pas perdre de temps. Les quarante avocats qui assurent la défense des industriels et politiciens ont obtenu un succès notable en empêchant que le procès verbal dune perquisition effectuée à Paris en novembre 1995 dans lequel Serge Dassault, indigné de tant dinjustice à son égard, déclarait : " mais tout le monde verse des commissions ", ne soit pas versé au dossier. Et tout ce petit monde daffairistes et de politiciens de déclarer quil a été abusé, quil na rien compris, quil na rien vu. La palme revient à Serge Dassault qui vient de déclarer que ce nétait pas lui, que cétait sa mère, aujourdhui décédée, qui, brave femme, a voulu aider son fils à la mort du père, Marcel, pour lui mettre le pied à létrier en quelque sorte en laidant à obtenir le marché belge.
Les patrons quand ils sont entre eux ne sont pas hypocrites, ils reconnaissent que la propriété cest le vol. Le capitalisme reposant sur lappropriation du travail social ne peut pas exister sans corruption. La justice le sait parfaitement mais son rôle à elle cest de faire croire le contraire.
Aux CCP de Rouen : coup de colère
Au Centre des Chèques Postaux de Rouen, vendredi 25 septembre, cest à plus de 250 que nous avons envahi les couloirs du chef détablissement. Il faut dire que le mardi 22 septembre il avait annoncé quune partie du travail de la SED (service qui soccupe des encaissements bancaires), cest-à-dire 5 % du travail mensuel serait effectué par une société privée et il comptait en plus que cela serait effectif dès le lendemain le mercredi 23 septembre. Les employés de la SED nont pas laissé partir les chèques ce jour-là.
Vendredi, cest lensemble du service de la SED soutenu par une grosse majorité des autres services qui est allé trouver le directeur. Il sest voulu rassurant lors de lentrevue mettant en avant, comme argument pour justifier son projet, une meilleure " sécurisation " des opérations en cas de problèmes techniques par exemple selon lui.
Si les employés étaient soucieux de lavenir, avaient peur quune partie du travail soit cédé à la concurrence bancaire, ils nont pas été trompés par les motifs directoriaux. La " sécurisation " sentait trop larme anti-grève et ils ne se sont pas gênés pour le dire.
Tout le monde était content davoir marqué le coup mais était conscient que rien nétait réglé.
Elbeuf : mobilisation des sans-papiers
Depuis vendredi 18 septembre, le collectif des sans-papiers occupe la Maison des associations dElbeuf, salle qui appartient à la mairie.
Depuis, ils ont obtenu quatre régularisations, ainsi que des assurances écrites quaucun ne serait expulsé tant que tous les recours ne seraient pas examinés. Mais personne ne se fait dillusion sur la " bonne volonté " des autorités locales : cest le même préfet qui laisse les quatre camarades havrais se détruire la santé par leur grève de la faim.
Une vingtaine de sans-papiers reste sur place la nuit. Les premiers qui sétaient organisés voilà quatre mois ont été rejoints par dautres, dont certains viennent de lEure (Louviers, Evreux). Ces derniers envisagent à leur tour de lancer une occupation à Louviers. Les familles et les associations locales se relaient pour préparer les repas. Certains sans-papiers ont arrêté de travailler afin quil y ait toujours du monde qui occupe nuit et jour. Ils gardent le contact avec les sans-papiers du Havre, et ceux de Petit-Quevilly, dans la banlieue de Rouen. Ils ont reçu la visite de camarades sans-papiers de Saint-Bernard, venus dans la région à loccasion de la fête des révolutionnaires du 19 septembre. Ils sont aussi allés exprimer leur soutien aux grévistes de la faim de Créteil, le samedi 26.
Lundi 28, les sans-papiers et leur comité de soutien ont organisé un rassemblement en centre ville pour faire connaître leur lutte, et pour condamner lassassinat en Belgique de Sémira Adamou, morte étouffée par la police qui essayait de lexpulser. Cette manifestation a réuni 90 personnes, ce qui est un succès, dans la mesure où il ny avait eu que le bouche à oreille pour y inviter.
Dans la soirée sest tenue lassemblée générale hebdomadaire qui réunit les sans-papiers et leur comité de soutien, en tout une soixantaine de présents. Le point a été fait sur les dossiers. Un camarade mauritanien, ancien opposant politique dans son pays, a présenté lhistoire de son pays, où les Noirs sont victimes dun véritable régime raciste. Les divisions raciales en Mauritanie, a-t-il expliqué, nont rien de naturel : elles ont été fabriquées et entretenues par le pouvoir colonisateur français jusquen 1960, puis par les dictateurs militaires qui se sont succédé. Ensuite un sans-papiers mauritanien a raconté son parcours. Pour sêtre opposé à lesclavage en pratique sur le bateau dans lequel il travaillait, il a été frappé par la police, menacé de mort. Il a alors dû se cacher, puis abandonner sa famille. Il sest caché dans la soute dun bateau, dont il ne savait même pas la destination. Cest ainsi quil sest retrouvé à Bordeaux. Il nest pas question pour ce copain de revenir dans son pays, où il se sait menacé de mort, et où, même sil pouvait échapper à la mort, ce serait pour devenir esclave. Lémotion était forte lors de son récit et chacun reste déterminé à continuer la lutte.
Extrait dun communiqué des collectifs de sans-papiers dIle-de-France
(...) Nous, collectifs des sans-papiers dIle-de-France, continuerons à organiser la lutte. Des actions, rassemblements, manifestations sont dores et déjà prévus pour obtenir :
la régularisation de tous les sans-papiers avec une carte de dix ans
labrogation des lois Pasqua, Méhaignerie, Debré, Chevènement
labolition de la double peine
lamnistie des interdictions du territoire français
larrêt des expulsions et le retour des expulsés
la libération des sans-papiers emprisonnés pour défaut de papiers.
RASSEMBLEMENT DEVANT LASSEMBLEE NATIONALE ,
le jour de louverture de la session parlementaire, le 5 octobre à partir de 17 h 30, MANIFESTATION le samedi 31 octobre