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Fonds de pension : le gouvernement s’apprête à offrir l’argent des salariés aux groupes financiers

La chute vertigineuse des actions d’entreprises françaises, comme Alcatel ou la Société Générale il y a quelques jours, est l’occasion pour patrons et politiciens de revenir à la charge pour hâter la création de fonds de pension, système de retraite par capitalisation, pour laquelle le gouvernement va lancer à partir du 8 octobre une série de concertations avec entre autres les organisations syndicales.

Les PDG d’Alcatel et de la Société Générale ont en effet, plus ou moins ouvertement, rendu responsables de leur débâcle boursière les fonds anglais et américains qui possèdent une part importante de leurs actions. Le PDG de la Société Générale déclarait récemment : " Environ la moitié de notre capital est entre les mains de fonds étrangers, dont on sait qu'ils vendent à la moindre turbulence sur les marchés pour se recentrer sur les valeurs domestiques ", et 7,6 % des actions d’Alcatel appartiennent au plus gros d’entre eux, le groupe américain, Fidelity.

C’est d’ailleurs le cas de toutes les grosses entreprises françaises : 30 % pour Renault, 50 % pour Elf, Total, Usinor, Péchiney, 40 % pour Rhône-Poulenc ou PSA... On estime que 40 % environ de la capitalisation boursière en France est détenue par des investisseurs étrangers, de même que la dette de l’Etat.

Aussi, pour justifier la création de fonds de pension à la française, patrons et politiciens ajoutent à l’argument d’une crise des système de retraite par répartition un argument " patriotique ", que résumait Fabius, en novembre 1997 : " Je crois qu'il va falloir réfléchir ultra-rapidement à tout cela, car on ne peut laisser nos grandes entreprises partir à l'étranger ". C’est d’ailleurs l’argument le plus souvent avancé par les politiciens socialistes et leurs alliés. Sainjon, un dirigeant des Radicaux de gauche, l’a longuement développé dans le journal La Tribune : " Aujourd'hui, la majorité des entreprises françaises cotées au CAC 40 voient leur capital détenu, dans une proportion de 30 % à 50 %, par des fonds de pension américains ou anglais […] En cas de crise grave, ces sommes gigantesques pourraient être rapatriées dans leur pays d'origine laissant nos entreprises dans une situation catastrophique. Mais, plus grave, dans notre pays les créateurs de PME innovantes, fer de lance en terme d'emplois, sont souvent dans l'obligation de faire appel à des fonds étrangers […] Nous ne pouvons plus continuer ainsi, il faut donc rapidement réagir et générer un flux d'épargne longue au service de l'économie française ."

L’hypocrisie de ces bons apôtres n’a pas de bornes.

L’existence de fonds de pension en France permettrait aux groupes capitalistes de drainer des sommes énormes, bien plus considérables qu’ils le font déjà actuellement par le biais de tous les comptes bancaires, les portefeuilles de SICAV et vraisemblablement l’argent... des systèmes de retraites par répartition que leurs gestionnaires ne manquent sans doute pas de faire fructifier sur les marchés boursiers et financiers. Aux Etats-Unis, on estime à plus de 4 500 milliards de dollars le montant total des fonds de pension, concentré entre les mains de quelques groupes financiers depuis qu’une loi a autorisé les salariés à épargner au fonds de leur choix, et non plus dans des fonds attachés à leur entreprise.

Loin de raffermir l’économie française, l’existence des fonds de pension, outre qu’elle pourrait se conclure par l’engloutissement dans un krach des sommes destinées aux retraites, ne ferait que la fragiliser davantage, en augmentant la masse globale des capitaux qui ne connaissent aucune frontière dans leur recherche avide de profits.

 

En renflouant le fonds spéculatif LTCM, l’Etat américain cherche à empêcher la faillite du système bancaire tout entier

La semaine dernière, la banque centrale américaine, la FED, a annoncé un plan de sauvetage en catastrophe de Long Term Capital Management, la LTCM, un des plus gros fonds spéculatifs américains. Ces sociétés financières se spécialisent dans toutes les spéculations possibles, dettes des Etats des pays émergents, hausse ou baisse des monnaies, revente d’actions d’entreprises devant être fusionnées, etc, d’autant plus profitables qu’elles sont risquées. Mais après des années de profits colossaux, ces fonds, dont l’activité se porte sur des spéculations minées par le ralentissement de la production dû au rétrécissement de la consommation et donc des marchés, sont menacés de faillite. LTCM a annoncé des pertes équivalentes à plus de la moitié de son capital, 2 milliards de dollars. Mais c’est la partie émergente de l’iceberg, car LTCM comme tous ces fonds spéculatifs pratiquent ce que les spécialistes de la finance appellent " effet de levier ", en clair, l’art de spéculer avec l’argent qu’ils n’ont pas, mais qu’ils empruntent aux banques. Ainsi la LTCM qui possédait un peu moins de 5 milliards de dollars de capital, spéculait avec 80 et même 125 milliards de dollars, et c’est sans compter les engagements financiers qu’elle ne déclarait pas dans ses bilans, estimés par certains à 800 milliards de dollars. Tant que ses affaires marchaient bien, avec des rendements de l’ordre de plus de 30 % par an, ses clients, dont la mise de fonds devait être au minimum de 10 millions de dollars, n’exigeaient pas de transparence sur ses opérations.

La FED a immédiatement réagi à l’annonce de sa faillite, en exigeant des banques et sociétés qui avaient confié à LTCM des capitaux à faire fructifier, qu’elles renflouent cette dernière. Entre autres une des plus grosses banques du monde, la banque suisse UBS, qui en est actionnaire et vient d’annoncer par ailleurs d’énormes pertes, la Société Générale, Paribas...

Certains disent que la FED intervient parce que LTCM possède une part importante des obligations américaines, titres de la dette de l’Etat. C’est possible, mais l’Etat intervient également pour tenter d’empêcher la faillite en chaîne des sociétés financières de ce type, et des banques avec l’argent desquelles elles ont spéculé, grâce à toutes les possibilités légales, comme la libéralisation complète des marchés des capitaux que ce même Etat, suivi par les autres Etats impérialistes, leur avait offertes. Il joue les pompiers, mais les pompiers incendiaires, puisqu’en rachetant ou faisant racheter leurs dettes, il ne fait qu’injecter davantage de capitaux alimentant ces spéculations.

 

Ralston : grève et occupation de l’usine

Jeudi 24 septembre, la direction de Ralston a osé proposer un chèque de 70 000 francs pour chaque salarié prochainement licencié. Depuis des semaines, les salariés de Ralston exigeaient un emploi pour tous, plus un complément de 500 000 francs. Un emploi pour tous, ce n’est pas gagné. Sur les 334 salariés qui devaient être licenciés, il en reste au moins 79 dont le sort n’est pas encore connu. Il a été obtenu qu’une commission veille à ce que les patrons, futurs employeurs, ne soient pas des chasseurs de prime (licenciant dès que les primes sont touchées). Quant à la proposition patronale des 70 000 francs, cela a été pris comme une provocation.

Les salariés se sont mis vraiment en colère et la grève avec occupation a commencé lundi 28 septembre avec une participation massive des salariés. Au terme de la première journée de blocage, la direction a lâché 10 000 francs de plus. Cela n’a évidemment pas satisfait les grévistes mais ils ont fait avec humour la remarque qu’à 10 000 francs par jour, cela valait le coup de continuer la grève… Mardi matin, réunis en assemblée générale, les salariés ont voté la continuation : " Maintenant qu’on est parti, on ne s’arrête plus ". Le mouvement s’élargit aux plus hésitants. Des ouvrières du conditionnement non visées par le plan social, ont rejoint le piquet de grève. Il fallait aussi convaincre les camarades du dépôt de Martot (à 10 km de là) de rejoindre la grève, ce qui s’est fait.

Le mouvement est la fierté de chacun. Le " Journal d’Elbeuf " avait dénigré le mouvement en le présentant comme " mou ". Le camouflet ne s’est pas fait attendre. L’usine est bloquée depuis trois jours dans un ambiance joyeuse. Tout continue à être discuté et décidé au comité d’organisation et en assemblée générale. Des syndicalistes de la région viennent en délégation de soutien devant l’usine, les grévistes distribuent des tracts aux alentours.

Une quarantaine de grévistes sont allés chanter au nez du directeur, sur l’air du chant des Partisans, la dernière chanson de la grève : " Nous voulons travailler avec un salaire décent, sans assistanat, ni mendicité ni précarité… avec dignité ".

 

Les députés du PCF : "radicalement" à plat ventre devant le gouvernement

La semaine dernières se sont tenues à Dieppe les deux journées parlementaires des députés du PCF. Ce fut l'occasion pour certains d'" affirmer " leur différence par rapport à Robert Hue dans un cadre sans risque. Alain Bocquet s'est offert le luxe de créer un incident diplomatique avec le Parti socialiste en évoquant " la stratégie présidentielle de Lionel Jospin ". Aussitôt, il y a eu tout un petit remue-ménage politicien entre le PC et le PS : rien de sérieux, rien qui concerne les intérêts des travailleurs, donc sur ce terrain-là, Bocquet pourra renouveler ses insinuations perfides sans que la participation gouvernementale du PC n'en souffre. De son côté le député du Nord, Georges Hage, a exprimé son amertume d'avoir à jouer les godillots du gouvernement Jospin : " Au fil des jours et des événements, nous gérons et nous sommes voués à nous inscrire en alliés objectifs de la social-démocratie. " Il s'est cru obligé de citer Lénine hors de propos pour justifier son refus de voter le budget 1999.

Rien de bien grave puisque Hage a en même temps renouvelé sa confiance indéfectible dans la direction du Parti.

Les bémols que peuvent apporter des députés comme Hage, Bocquet, Hermier ou Gremetz aux discours de Hue ne changent rien quant au fond de la politique de participation au gouvernement Jospin et de caution de toutes les mesures prises en faveur du patronat. Mais les poses un peu plus " dures " ou un peu plus " molles " des uns ou des autres montrent simplement que ces politiciens s'accommodent très bien d'une politique social-démocrate aussi bien " objectivement " que " subjectivement " tout en ne voulant pas en faire les frais pour eux-mêmes électoralement. Les travailleurs ne peuvent que se détourner d'eux et de leurs calculs pour renouer avec les idées communistes authentiques.

 

Alcatel : 30 milliards donnés aux parasites de la finance

La direction d’Alcatel a décidé de lancer un programme de rachat de ses propres actions pour un montant qui pourrait atteindre 30 milliards de francs. Que va-t-elle faire des actions ainsi achetées ? Très vraisemblablement les détruire : détruire des actions, cela donne plus de valeur à celles qui restent et qui sont dès lors détenues par un nombre plus restreint d’actionnaires. La direction a même calculé qu’en rachetant 10 % du capital à un prix moyen de 700 F l’action, cela valoriserait de 3,61 % le bénéfice net par action.

Ces pratiques sont courantes désormais en France : des groupes comme Suez, la Seita, Danone ou Elf ont déjà mis sur pied des programmes d’achat et Schneider vient d’annoncer le rachat de 5 % de ses actions.

C’est cette même logique du profit qui avait mené Alcatel à fermer des dizaines d’usines et à licencier des dizaines de milliers de salariés. Après avoir détruit des usines, des emplois, Alcatel détruit des actions. La logique folle du profit, la logique du capitalisme, c’est une logique de destruction et de parasitisme.

Car ces dizaines de milliards ainsi gaspillés, combien d’emplois permettraient-ils de créer ? De combien auraient-ils pu permettre d’augmenter les salaires dans chacune de ces entreprises ? Entre le Capital et le Travail, il n’y a pas de moyen terme, c’est leur Bourse ou notre vie.