éditorial



Dictatures, guerres et misère : les peuples victimes des grandes puissances

La décision des Lords anglais de ne pas accorder l’immunité à Pinochet a provoqué un concert d’éloges de la part des gouvernants français. C’est sans risque de complications diplomatiques qu’ils se sont donnés des airs de farouches défenseurs des droits de l’homme : Pinochet est un dictateur à la retraite et il s’est fait soigner et piéger à Londres et non à Paris. Qui plus est, il a commis ses crimes avec l’aide des Etats-Unis dans un pays d’Amérique latine n’entrant pas directement dans la sphère d’influence et de pillage de la France.

Les déclarations de Chirac et Jospin à propos de Pinochet sur " les crimes qui ne doivent pas rester impunis " sont apparues rapidement dans toute leur hypocrisie au moment où ils s’apprêtaient à accueillir en grande pompe toute une brochette de dictateurs en pleine activité contre les peuples africains.

La plus encombrante de ces marionnettes sanglantes dont les grandes puissances et les grands groupes capitalistes tirent les ficelles était Kabila. Personne ne peut plus faire semblant d’ignorer que ce chef de guerre a pris le pouvoir au Congo-Kinshasa en massacrant des populations à grande échelle. Il tente actuellement de garder le pouvoir par les mêmes méthodes.

Les dirigeants de l’Etat français ont invité ce personnage pour le 20ème sommet franco-africain, en lui garantissant l’immunité pour qu’il ne lui arrive pas la même mésaventure qu’à Pinochet. Les autres dictateurs présents ne valent pas mieux que Kabila mais en tant qu’amis reconnus de la France, ils n’avaient pas de garanties à demander. D’une même voix, Chirac et Jospin nous ont expliqué que c’était pour la bonne cause, pour faire progresser la paix en Afrique !

Afin de sauver les apparences, Chirac a réussi à arracher aux différents dictateurs qui se font la guerre sur le territoire du Congo-Kinshasa, une vague promesse de cessez-le-feu. A peine rentré à son palace parisien, Kabila revenait sur sa parole. Cela n’a pas empêché la grande presse, du Figaro jusqu’à l’Humanité, de se féliciter du rôle positif joué par la France au sommet franco-africain.

Cela a pour but de masquer le rôle réel joué par les grandes puissances en Afrique, au premier rang desquelles se trouve l’Etat français intervenant pour le compte des grands groupes industriels et financiers français.

Cette domination des grandes puissances a des conséquences plus catastrophiques que jamais. Le quart de ce continent est actuellement ravagé par des guerres qui ont provoqué l’exode de millions de personnes. Les peuples africains s’enfoncent dans une misère effroyable.

Les richesses agricoles et minières de l’Afrique sont considérables mais elles sont pillées par quelques trusts qui font main basse dessus et qui imposent leur prix. La Cogema vient par exemple de réviser à la baisse le prix de l’uranium que lui livre le Niger, ce qui va ruiner un peu plus les finances de ce pays.

Sous couvert d’aide à l’Afrique et de contribution au maintien de la paix, l’Etat français finance généreusement les dictateurs en place, assure la formation de leurs soldats, fournit les fonds pour les équiper en armements de plus en plus efficaces livrés par Dassault ou par Matra. Les uns peuvent ainsi massacrer les populations qui les gênent ou faire face à leurs rivaux tandis que les autres réalisent des profits considérables. Le groupe Elf ne cache pas qu’il a financé au Congo-Brazzaville un chef de guerre puis son rival victorieux pour continuer à exploiter tranquillement les ressources pétrolières de ce pays.

Depuis des décennies, les gouvernants français de droite ou de gauche ont fait preuve d’un grand zèle pour briser les capacités de résistance des peuples africains au pillage de leurs richesses par les trusts. Ils ont conduit la même politique dans une complicité totale avec les dictateurs locaux. Ils complètent leurs agissements en pratiquant ici la répression contre les travailleurs immigrés fuyant la misère et la dictature de leur pays d’origine.

Il en va de même sur les autres continents. Dans le monde entier, des peuples entiers connaissent une existence infernale. Leur survie n’est plus assurée par rien. Sous les coups de boutoir d’un système financier et économique en plein délire, cette situation ne peut que s’aggraver.

La démocratie et la paix ne deviendront des biens communs à tous les peuples que si leurs besoins économiques et culturels sont pleinement satisfaits.

Pour cela, le seul recours des peuples est d’unir leurs forces. Il est de créer des liens entre les travailleurs des différents pays. Ils auront ainsi la force de mettre fin à cette appropriation de leur travail et des richesses du globe par une minorité de milliardaires parasites.

 

Un nouveau pas en avant

La semaine prochaine, " Voix des Travailleurs " passera à 6 pages et à 5 F.

Nous souhaitons ainsi donner une plus large possibilité d'expression à nos idées, aux débats qui s'organisent autour des perspectives de l'extrême-gauche et principalement de son intervention dans les entreprises, les bureaux, les cités, ainsi que parmi la jeunesse. La défense et l'illustration des perspectives que nous défendons pour l'ensemble du mouvement révolutionnaire nécessitent le plus de moyens possible. Pour cela, nous sollicitons l'aide et la solidarité et surtout les initiatives et la participation active du plus grand nombre possible de travailleurs et de jeunes.

Nous sommes à un nouveau tournant. C'est pour cette raison que nous sommes aussi amenés à modifier le sous-titre de l'intitulé de notre hebdomadaire. La semaine prochaine, " tendance pour un parti démocratique des travailleurs révolutionnaires (socialiste et communiste) " remplacera le sous-titre " tendance pour une organisation unique des marxistes révolutionnaires ".

Nous considérons toujours que le regroupement est indispensable. mais il s'inscrit dans une perspective plus large, celle de la constitution d'un nouveau parti.

Cette perspective est en fait celle de notre tendance depuis l'exclusion des militants qui en sont à son origine, il y a maintenant plus d'un an et demi, après leur exclusion de Lutte Ouvrière. Notre tendance est née de la volonté de faire de l'appel d'Arlette Laguiller au lendemain des élections de 95 à un nouveau parti des travailleurs, des chômeurs, des exclus et des jeunes, une politique pour lui donner " un contenu dynamique, concret et vivant ". Il y a un an, lorsque nous avons fusionné avec les camarades de la LST, nous avions les uns et les autres ce même objectif, mais il nous avait semblé plus juste à ce moment-là de donner à notre travail le but de contribuer d'abord à l'unification des différents courants marxistes. Plus juste et surtout plus en relation avec les possibilités immédiates.

Aujourd'hui, alors que la liste pour les élections européennes de Lutte Ouvrière et la LCR est créditée de plus de 5 %, voire pourrait faire un score égal ou supérieur à celle du Parti communiste, se limiter à la simple perspective d'unifier les tendances marxistes serait en-deçà des responsabilités des révolutionnaires. D'ores et déjà, se pose la question de la formation d'un nouveau parti d'extrême-gauche, parti large susceptible de regrouper les différentes tendances et fractions du mouvement révolutionnaire et au-delà, tous les militants ou groupes de militants issus de différents courants politiques de gauche, des syndicats ou des associations.

Nous avons tenté de formuler le programme comme le fonctionnement qui pourraient être ceux de cette future organisation en adoptant, en diffusant et en soumettant à la discussion un " projet de programme et de statuts pour un parti démocratique des travailleurs révolutionnaires (socialiste et communiste) ".

Et nous entendons indiquer la perspective pour laquelle travaillera notre tendance en modifiant l'intitulé de notre hebdomadaire.

Quand les camarades à l'origine de notre tendance ont été exclus de Lutte Ouvrière, nous écrivions " d'abord tenir, puis nous développer et tout peut basculer ". Nous avons tenu, nous avons commencé à nous développer et maintenant tout peut basculer. Que voulons-nous dire par cela ? Simplement que la logique désorganisatrice et paralysante des replis sectaires de LO ou des errements de la LCR ont cédé la place de fait à un début de collaboration et à la logique des regroupements. La discussion sur les perspectives et l'avenir est ouverte. Un regain de combativité et de militantisme se fait jour, la confiance se recrée, les échecs du passé s'effacent devant les projets nouveaux.

Notre tendance a, pensons-nous, un rôle à jouer dans cette évolution, un rôle important. Notre situation de fraction indépendante, à la croisée des principaux courants du trotskysme, nous donne plus de facilité, de liberté pour dégager les perspectives communes, favoriser le débat, agir pour l'unité et la démocratie qui sont indispensables à tout pas en avant.

Pour cela, camarade et ami lecteur, nous avons besoin de ton aide pour diffuser l'hebdomadaire de notre tendance, pour l'aider financièrement, mais aussi et surtout pour l'informer, en défendre et illustrer les orientations.

Les tâches auxquelles l'ensemble des révolutionnaires ont à faire face ne peuvent être accomplies que grâce aux initiatives de chacun.

Dans notre combat, chacun a sa place et il y a une place pour chacun.

 

Prison ferme pour quatre sans-papiers maliens : du mépris à la répression, la gauche au service de l’ordre bourgeois

Quatre travailleurs clandestins maliens ont été condamnés le 26 novembre à des peines de 3 mois à un an de prison ferme et à cinq ans d’interdiction du territoire français pour " refus de se soumettre à une mesure de reconduite à la frontière ". L’un d’eux, Sirine Diawara, condamné à un an, a été arrêté lors de l’audience et immédiatement emprisonné.

Ces quatre sans-papiers étaient parmi les 12 Maliens que la police avait arrêtés lors de l’évacuation d’une église parisienne qu’ils occupaient pour demander leur régularisation. Le 28 mars, elle avait tenté de les expulser en les embarquant de force à Roissy. Menottés aux pieds et aux poignets, bâillonnés et maîtrisés chacun par plusieurs CRS, ils avaient été embarqués dans un appareil d’Air-Afrique. Des militants d’extrême-gauche, associatifs et syndicaux avaient manifesté dans le hall de l’aéroport, dénonçant l’embarquement, et devant les protestations des passagers solidaires des sans-papiers, le commandant de bord avait refusé de décoller et les avait fait redescendre.

Des faits similaires se reproduisaient le lendemain et Chevènement avait dénoncé " l’incivisme fondamental " des organisations de soutien aux sans-papiers, " manipulées " par des " marxistes-léninistes internationalistes " et des " trotskistes anglais ".

En juin, le tribunal correctionnel avait relaxé les 12 Maliens pour absence de procès verbal constatant les " infractions ". Qu’à cela ne tienne, un fonctionnaire des Renseignements généraux qui n’avait pas assisté à l’embarquement a fait son rapport : les sans-papiers auraient d’après lui " reçu des conseils détaillés d’associations et de groupuscules d’extrême-gauche [...] de porter des coups aux fonctionnaires d’escorte pour tenter de les blesser ". La cour d’appel a dépassé les réquisitions de l’avocat général qui demandait 4 mois de prison, tenant à faire un exemple, essayant d’intimider les sans-papiers et ceux qui les soutiennent.

La police et la justice se conforment à la politique de Jospin qui déclarait il y a quelques mois : " La politique du gouvernement est une politique humaniste et réaliste [...] ceux qui ne peuvent être régularisés ont vocation à être reconduits à la frontière " et la semaine dernière : " On n’ira pas chercher les sans-papiers déboutés chez eux, mais si la police les contrôle, ils seront arrêtés et expulsés ". Chevènement, ce week-end, a repris du service contre les sans-papiers " qui entendent s’installer sur le territoire national au mépris de nos lois ", faisant la leçon au P.C. qui court, d’après lui, " après la petite bourgeoisie gauchiste ".

Il y a quelques jours, la préfecture de Paris avait fait interdire un rassemblement à Saint-Michel pour la régularisation des sans-papiers. 180 personnes y avaient été interpellées et conduites dans différents commissariats. Après plusieurs jours pour certains, ils avaient tous dû être relâchés.

Le Parti communiste, les Verts, le syndicat de la magistrature, le MRAP ont protesté contre la condamnation de Diawara. Un comité de soutien s’est par ailleurs constitué pour exiger la libération de Diawara et de ses camarades. Il revendique la régularisation globale avec une carte de séjour de dix ans pour tous, la fermeture des centres de rétention et la libération de tous les sans-papiers.